L’industrie du blé yéménite appelle à une action internationale pour éviter une famine de masse
En raison de la guerre en Ukraine, une action internationale urgente est nécessaire pour éviter une famine de masse au Yémen, selon le plus grand importateur de blé du pays qui a adressé une lettre aux dirigeants internationaux en amont d'un sommet des Nations unies cette semaine.
En raison de la guerre en Ukraine, une action internationale urgente est nécessaire pour éviter une famine de masse au Yémen, selon le plus grand importateur de blé du pays qui a adressé une lettre aux dirigeants internationaux en amont d’un sommet des Nations unies cette semaine.
Le Yémen est l’un des pays les plus touchés par l’insécurité alimentaire dans le monde. Selon les estimations de l’ONU, plus de 17,4 millions de Yéménites souffrent d’insécurité alimentaire, et près de 19 million devraient atteindre des « niveaux d’urgence de la faim » dans les mois à venir.
Ce pays d’Asie occidentale est en proie à une guerre civile depuis 2014, qui a fait plus de 233 000 morts, tandis qu’on décompte au moins un million de personnes déplacées.
Le pays achète environ un tiers de son blé à l’Ukraine et à la Russie. La flambée des prix mondiaux du blé et les turbulences des marchés, combinées à d’importantes perturbations de l’approvisionnement, ont vu les stocks alimentaires diminuer rapidement dans tout le pays.
Selon le groupe HSA, qui fabrique et fournit des biens et services essentiels à des organisations multinationales et à des communautés du Yémen dans toute la région ANMO (Afrique du Nord et Moyen-Orient), une perte aussi importante dans l’approvisionnement du blé pourrait aggraver la faim extrême et la famine de masse dans le pays.
« Le Yémen est confronté à la perspective de difficultés liées à l’accessibilité des aliments et à la chaîne d’approvisionnement mondiale à une échelle jamais vue auparavant », a averti le groupe HSA dans une déclaration publiée lundi 16 mai.
Dans le même temps, la société a souligné qu’elle craignait que les récentes restrictions à l’exportation du blé indien ne poussent la crise de la sécurité alimentaire au Yémen « vers un point de non-retour ».
Revenant sur une précédente déclaration du Premier ministre Narendra Modi selon laquelle l’Inde était « prête à nourrir le monde » en exportant ses stocks excédentaires, le gouvernement indien a publié vendredi 13 mai une notification interdisant les exportations de blé frais dans le but de préserver la sécurité alimentaire nationale.
Cette décision intervient après qu’une vague de chaleur qui a duré un mois à partir de la mi-mars a poussé le gouvernement indien à réduire les estimations de production d’au moins 5,7 %, passant de 111 millions de tonnes à 105 millions de tonnes.
La décision de l’Inde fait craindre une nouvelle hausse des prix alimentaires mondiaux, qui ont déjà atteint des niveaux record en raison d’une absence d’approvisionnement en blé après le début de la guerre en Ukraine.
Afin d’anticiper la catastrophe imminente au Yémen, le groupe HSA a tiré la sonnette d’alarme auprès des dirigeants internationaux en amont du sommet sur la sécurité alimentaire mondiale organisé par le gouvernement américain à l’ONU à New York mercredi (18 mai) et a fait des propositions politiques spécifiques.
Il s’agit notamment de donner aux importateurs de blé du Yémen un accès prioritaire aux approvisionnements en blé sur les marchés internationaux par le biais de la création d’un fonds spécial de financement aux importations. Cela permettrait aux importateurs de blé du Yémen d’accéder rapidement à un financement et à un fonds de roulement pour financer les achats de blé sur le marché mondial et couvrir le coût important de l’importation de produits alimentaires au Yémen.
Le groupe a également demandé à ce que les importateurs de produits alimentaires yéménites bénéficient de délais de paiement plus longs vis-à-vis de leurs fournisseurs internationaux, afin de faciliter l’obtention et l’exécution des contrats commerciaux.
Soulignant que le temps est compté, Nabil Hayel Saeed Anam, directeur général du groupe HSA pour la région du Yémen, a déclaré que les temps difficiles exigeaient des « actions audacieuses ».
Bien que le groupe ait déclaré que le secteur privé faisait tout ce qu’il pouvait pour améliorer la situation, il « ne peut garantir qu’[il] sera en mesure d’éviter la catastrophe dans les mois à venir ».
« Nous sommes prêts à travailler main dans la main avec nos partenaires internationaux et régionaux pour mettre en œuvre des mécanismes d’urgence afin de répondre à la crise de la sécurité alimentaire du Yémen. [Ceux-ci] permettront au secteur privé d’accéder aux importations de blé et de les financer dans l’immédiat », a-t-il déclaré.