L’influence d’Elon Musk en Europe pourrait avoir des effets néfastes sur l’économie et les travailleurs

L’opposition farouche du milliardaire Elon Musk aux syndicats et son influence croissante parmi les chefs d’entreprise européens constituent une menace pour l'économie et les travailleurs de l’Union européenne (UE), selon la responsable de la plus grande organisation syndicale d’Europe.

EURACTIV.com
Esther Lynch vs Elon Musk
Elon Musk, qui codirigera un nouveau « Département de l’efficacité gouvernementale » (DOGE) dans la seconde administration Trump, est devenu un défenseur de plus en plus ouvert des causes d’extrême droite ces derniers mois, cultivant des liens chaleureux avec l’Italienne Giorgia Meloni, l’Argentin Javier Milei et, plus récemment, la dirigeante d’extrême droite de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), Alice Weidel. [Photo illustration by Esther Snippe for Euractiv. Photo credit: EPA, Getty Images, and Shutterstock]

BRUXELLES — L’opposition farouche du milliardaire Elon Musk aux syndicats et son influence croissante parmi les chefs d’entreprise européens constituent une menace pour l’économie et les travailleurs de l’Union européenne (UE), a averti la responsable de la plus grande organisation syndicale d’Europe.

Esther Lynch, secrétaire générale de la Confédération européenne des syndicats (European Trade Union Confederation), a déclaré aux journalistes ce mercredi que les opinions politiques et économiques « extrêmes » de l’homme le plus riche du monde devaient être « activement remises en question » afin d’éviter qu’elles ne se normalisent en Europe.

La dirigeante syndicale craint que les chefs d’entreprise européens ne cherchent à imiter les pratiques commerciales « antisyndicales » du propriétaire de Tesla dans les années à venir.

« Le rôle que [Elon] Musk jouera [dans la prochaine administration américaine] est particulièrement inquiétant, étant donné son opposition déclarée au modèle européen », a déclaré Esther Lynch, dont l’organisation représente 45 millions de travailleurs européens.

« Ma crainte est que d’autres chefs d’entreprises considèrent qu’il s’agit de quelque chose qu’ils devraient imiter en Europe […] [et] qu’à moins que ses idées ne soient activement remises en question, elles soient considérées comme normales et banales. Ce n’est pas le cas. Elles sont extrêmes et nuiront à la compétitivité européenne », a-t-elle continué.

Elon Musk, qui codirigera un nouveau « Département de l’efficacité gouvernementale » (DOGE) dans la seconde administration Trump, s’est prononcé de plus en plus souvent en faveur des causes de l’extrême droite ces derniers mois, cultivant des liens chaleureux avec l’Italienne Giorgia Meloni, l’Argentin Javier Milei et, plus récemment, la dirigeante du parti allemand d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD), Alice Weidel.

Le magnat de la technologie s’est également montré très critique à l’égard des droits de négociation collective. Depuis plusieurs mois, Tesla est engagé dans un bras de fer avec les syndicats au sujet des conditions de travail dans une usine de voitures électriques en Suède. Elon Musk a qualifié de « folle » la décision des travailleurs de se mettre en grève.

« Je ne suis pas d’accord avec l’idée des syndicats », a-t-il déclaré lors d’une interview en 2023. « Je pense que les syndicats essaient naturellement de créer de la négativité dans une entreprise et de créer une sorte de situation de seigneurs et paysans », a-t-il ajouté.

Dans sa déclaration, Esther Lynch a également mis en garde contre les liens étroits entre Elon Musk et le président élu américain Donald Trump.

Et pour cause : les positions antisyndicales du bras droit autoproclamé du futur président américain semblent avoir déteint sur ce dernier. Lors d’une discussion en direct organisée l’an dernier sur la plateforme de réseau social X, Donald Trump a fait l’éloge de la pratique d’Elon Musk consistant à licencier les employés grévistes.

Faisant allusion aux commentaires d’Elon Musk sur les « paysans », Esther Lynch a déclaré que « ce n’est pas la bonne façon d’aborder les choses. Ce n’est pas la façon dont nous abordons les choses en Europe. Ce n’est pas comme cela que nous avons réussi dans le passé, et ce n’est pas comme cela que nous pourrons réussir à l’avenir ».

« Les syndicats sont une force pour la compétitivité, contrairement à ce que [Elon] Musk et tous les grands noms de la technologie disent », a-t-elle ajouté.

Le secteur privé en cause

Les commentaires d’Esther Lynch interviennent à un moment où les taux de syndicalisation sont en baisse dans toute l’Europe. Le malaise grandit quant à l’état de l’économie européenne, qui a progressé environ un tiers plus lentement que les États-Unis l’année dernière.

Selon l’ETUC, l’UE a supprimé près d’un million d’emplois dans le secteur manufacturier depuis 2019, tandis que les salaires réels moyens ont baissé en 2022 et en 2023.

Pour Esther Lynch, comme pour certains dirigeants européens, le marasme économique de l’Europe est principalement dû à un manque d’investissement. La responsable syndicale ajoute que les 800 milliards d’euros de financement annuel supplémentaire proposés par l’ancien Premier ministre italien Mario Draghi sont « probablement un chiffre conservateur ».

Toutefois, Esther Lynch conteste le consensus croissant selon lequel le manque d’investissement résulte d’un « excès de réglementation ». Elle estime au contraire que le problème réside dans le fait que les entreprises décident de racheter des actions et de verser des dividendes plutôt que d’investir dans la recherche et le développement.

« Nous préférerions que le système politique défie davantage les défenseurs des entreprises, en particulier en ce qui concerne leur discours selon lequel ce qui freine l’Europe, c’est un ensemble de règles », a-t-elle déclaré.

« Nous savons que les investissements sont en baisse. Nous savons que les dividendes sont en hausse. Il est donc très clair que les entreprises ont fait des choix », a-t-elle ajouté.

Un fiasco fiscal ?

Se démarquant encore plus d’Elon Musk — qui s’est engagé à réduire de 2000 milliards de dollars le budget fédéral américain, soit 200 milliards de dollars de plus que le total de ses fonds discrétionnaires — Esther Lynch a déclaré que les politiques « d’austérité » de l’UE ne réussiraient pas à relancer l’économie chancelante.

Elle a continué en expliquant que les besoins d’investissement de l’Europe ne pourraient être satisfaits que si les nouvelles règles fiscales qui imposent des limites strictes aux dépenses publiques, étaient finalement abandonnées.

Toutefois, la dirigeante syndicale s’est également déclarée convaincue que ces règles seraient finalement abrogées. Elle a souligné que les principaux États membres de l’UE, dont l’Italie et la France, ne les respectent pas à l’heure actuelle.

Esther Lynch a également critiqué l’accent mis par la Commission sur la « compétitivité », estimant que l’accent devrait plutôt être mis sur la fourniture d’« emplois de qualité » aux travailleurs.

« L’ensemble du discours est victime de la mainmise des entreprises », a-t-elle ajouté.

[Édité par Alice Bergoënd et Anna Martino]