L'interdiction d'entrée des soldats russes vidée de sa substance
Également dans l'édition de vendredi : les colonies israéliennes, l'élargissement, l'interdiction des réseaux sociaux
Vous lisez Rapporteur ce vendredi 10 juillet. Ici Eddy Wax à Bruxelles, accompagné de Nicoletta Ionta.
À retenir :
🟢 Le prochain train de sanctions contre la Russie vidé de sa substance
🟢 L’UE envisage des sanctions contre les colonies et les colons israéliens
🟢 L’élargissement devrait avancer à petits pas mardi
L’Europe, vue de Bruxelles
La France, l’Italie et la Grèce ont fait pression pour édulcorer considérablement une initiative menée par les pays baltes visant à interdire l’entrée dans l’UE aux anciens soldats russes.
Cette mesure, défendue par l’Estonie et la Lituanie avant d’être officiellement proposée par la Commission européenne dans le cadre de son dernier paquet de sanctions contre la Russie, prévoyait à l’origine une interdiction générale de visa pour les Russes ayant combattu en Ukraine, invoquant la menace pour la sécurité que représentent les combattants de retour au pays.
Mais sous la pression des pays qui continuent de tirer un avantage économique du tourisme russe, la proposition a été revue à la baisse. Les ambassadeurs examineront cette mesure aujourd’hui, parallèlement au reste du 21e paquet de sanctions.
Certaines capitales ont demandé une définition plus ciblée ou plus restrictive, en raison de préoccupations quant à sa faisabilité technique et du souhait de laisser une plus grande marge d’appréciation aux autorités nationales chargées des visas.
Une source diplomatique a indiqué que la proposition a été restreinte pour ne concerner que les visas de courte durée délivrés aux personnes ayant activement participé aux combats ou contribué à des opérations militaires, plutôt qu’à toute personne impliquée dans la guerre.
D’autres diplomates ont présenté ce compromis comme une première étape susceptible d’être renforcée ultérieurement, mais ont averti que les soldats russes démobilisés pourraient constituer un risque pour la sécurité si la guerre prenait fin avant la mise en place de mesures plus strictes.
Comme Rapporteur a été le premier à le révéler, c’est la France qui a délivré le plus grand nombre de visas à des ressortissants russes en 2025, année où l’UE a accordé plus de 477 000 visas de ce type.
Un compromis se dessine également pour apaiser la soi-disant alliance maritime des pays qui tirent profit du transit de l’énergie russe. La Grèce a obtenu un assouplissement des dispositions restreignant le transit du GNL russe vers des pays non membres de l’UE en échange de son soutien au gel du plafond du prix du pétrole, qui vise à réduire les revenus alimentant l’économie de guerre russe.
Lisez l’article complet de Thomas Moller-Nielsen et de son équipe.
Exclusif : de nouvelles sanctions contre Israël en préparation
Préparez-vous à quelques jours décisifs dans les relations entre l’UE et Israël – et à un test majeur pour Kaja Kallas.
Le Service européen pour l’action extérieure prépare de nouvelles sanctions visant les colons israéliens extrémistes en Cisjordanie, ainsi que de nouvelles mesures contre le Hamas, ont indiqué trois sources à Rapporteur. Ces sanctions viseraient six entités de colonies, a précisé une source.
La Commission, de son côté, a transmis aux capitales un document présentant les options juridiques permettant d’interdire le commerce avec les colonies illégales de Cisjordanie, une information que Nicoletta et moi-même avons révélée en exclusivité jeudi. Ne vous attendez toutefois pas à un accord lundi, lorsque les ministres des Affaires étrangères – ainsi que les représentants de l’Autorité palestinienne – seront en ville.
Ce document, rédigé par le cabinet d’Ursula von der Leyen et son secrétaire général, indique clairement que la Commission considère cette initiative comme un geste politique, nécessitant l’unanimité des 27 États membres, un seuil qui reste largement hors de portée.
Il n’est pas non plus certain que l’une des trois options présentées puisse obtenir une majorité qualifiée. Les ministres des Affaires étrangères débattront de ces propositions lundi. Lisez notre article complet.
Lundi également, l’UE accueillera le Groupe des donateurs pour la Palestine, le forum qu’elle utilise pour inciter l’Autorité palestinienne à mener des réformes en échange d’un soutien financier. Des responsables américains et certaines personnalités israéliennes du secteur de la sécurité craignent toutefois que les paiements dits « pay-for-slay » versés par l’Autorité palestinienne aux terroristes condamnés et à leurs familles en Cisjordanie aient simplement perdu en visibilité plutôt que d’avoir pris fin. Lisez le reportage complet de Björn Stritzel.
L’élargissement avance à petits pas
Quatre pays candidats à l’UE devraient enregistrer des progrès progressifs dans leurs démarches d’adhésion mardi prochain, juste avant la pause estivale de Bruxelles.
L’Ukraine et la Moldavie devraient ouvrir le deuxième des six volets de réformes, couvrant les relations extérieures et la politique étrangère, bien que de nombreux pays de l’UE aient espéré que Kiev aille plus loin.
Quant au Monténégro (le premier de la classe) et à l’Albanie, autre favori, ils visent à clore trois chapitres chacun. Le Monténégro devrait clore les chapitres relatifs à la politique de la concurrence, à l’union douanière et à la politique des transports, sous réserve de l’approbation finale des gouvernements nationaux de l’UE.
L’Albanie vise les domaines de la science et de la recherche, de l’éducation et de la culture, ainsi que des relations extérieures.
Les obstacles à l’interdiction des réseaux sociaux pour les enfants
Une interdiction des réseaux sociaux pour les enfants à l’échelle de l’UE pourrait s’avérer plus facile à annoncer qu’à mettre en œuvre.
Comme l’a rapporté ma collègue Anupriya Datta, Ursula von der Leyen devrait dévoiler en septembre des mesures visant à interdire de fait l’accès des mineurs aux réseaux sociaux, ce qui constituerait le signal le plus fort jamais envoyé par Bruxelles pour montrer qu’elle est prête à agir alors que les gouvernements nationaux mettent en place leurs propres restrictions.
Cette dynamique politique masque toutefois plusieurs questions en suspens, notamment celle de l’âge minimum à fixer, du fonctionnement du consentement parental et de la question de savoir si les restrictions doivent s’appliquer à l’ensemble des plateformes ou uniquement à certaines fonctionnalités. Lisez l’article complet d’Anupriya.
Déblocage des fonds de relance européens pour la Hongrie
Les ministres des Finances doivent donner aujourd’hui leur feu vert au plan de relance Covid révisé de la Hongrie, qui permettrait au pays de recevoir 10,4 milliards d’euros, m’indique Victoria Becker.
Depuis l’entrée en fonction de Péter Magyar, son gouvernement a fait adopter à la hâte des réformes visant à débloquer des milliards de fonds gelés en raison de préoccupations liées à l’État de droit et à la corruption.
Budapest doit encore satisfaire aux « super-étapes » fixées par la Commission en matière de mesures de lutte contre la corruption, de transparence et de réformes relatives à l’État de droit avant la date butoir du 31 août, après laquelle les fonds de relance expireraient. L’approbation du plan révisé nécessite le soutien des 27 ministres.
Voici trois nouveaux articles d’Euractiv :
- Les efforts de Pékin pour se rapprocher des pays nordiques se heurtent à une méfiance persistante
- Le KNDS met en garde contre la stratégie de défense « suffisante » de l’UE
- Un géant automobile chinois s’implante dans un port clé de l’OTAN et inquiète les experts en sécurité
Les capitales
BERLIN 🇩🇪
L’économie allemande montre des premiers signes de reprise, a déclaré jeudi Friedrich Merz, soulignant la progression de la production, des exportations et des commandes. Dans une déclaration de politique générale, il a indiqué que plus de 3 000 nouvelles entreprises ont été créées jusqu’en juin, un chiffre presque équivalent au total enregistré pour l’ensemble de l’année dernière. Les partis d’opposition ont critiqué les réformes prévues concernant les arrêts maladie, les qualifiant de « monstre bureaucratique ».
– Björn Stritzel
MADRID 🇪🇸
La plus haute juridiction pénale espagnole a ordonné jeudi que BBVA et son ancien président, Francisco González, soient jugés pour une affaire présumée d’espionnage industriel. Le parquet accuse l’ancienne direction de la banque d’avoir engagé l’ancien commissaire de police José Manuel Villarejo pour mener des activités de renseignement illicites entre 2004 et 2016. Il réclame 173 ans de prison pour González, 174 ans pour Villarejo et une amende de 181 millions d’euros pour BBVA.
– Inés Fernández-Pontes
ATHÈNES 🇬🇷
La Grèce s’oppose à toute initiative américaine visant à réintégrer la Turquie dans le programme d’avions de chasse F-35, a déclaré le ministre de la Défense Nikos Dendias alors que Donald Trump a laissé entendre, lors du sommet de l’OTAN, que Washington serait prêt à lever les sanctions contre Ankara. Dendias a estimé que les États-Unis devraient se demander si la fourniture de F-35 à un pays qui continue de menacer un État membre de l’UE servirait les intérêts américains. Lisez l’article complet.
– Sarantis Michalopoulos
BRATISLAVA 🇸🇰
Le responsable de la sécurité des chemins de fer slovaques, Ján Gróf, a rencontré des membres du Parti libéral-démocrate russe, proche du Kremlin, lors d’une visite à Saint-Pétersbourg fin juin, a déclaré jeudi l’homme politique de l’opposition Peter Bátor, en s’appuyant sur des photos publiées. Bátor a qualifié Gróf de risque pour la sécurité en raison de son accès à des informations, notamment concernant les transports militaires vers l’Ukraine. Gróf nie toute malversation, affirmant s’être rendu en Russie en tant que touriste et n’avoir partagé aucune information liée à son travail.
– Natália Silenská
SOFIA 🇧🇬
Le Premier ministre Roumen Radev a déclaré jeudi que les accords énergétiques conclus avec la Turquie en marge du sommet de l’OTAN de cette semaine feraient de la Bulgarie une porte d’entrée pour l’approvisionnement en gaz de l’Europe centrale et orientale. Ses commentaires font suite à un protocole gelant pour 15 mois le contrat « take-or-pay » controversé conclu avec BOTAŞ. Vendredi, les ministres des Finances de l’UE doivent se prononcer sur la mise en place d’une procédure pour déficit excessif à l’encontre de la Bulgarie.
– Konstantin Karadjov
Editrices.teur : Eddy Wax, Nicoletta Ionta, Christina Zhao, Sofia Mandilara
Contributrices.teurs : Sarantis Michalopoulos, Thomas Moller-Nielsen, Victoria Becker, Anupriya Datta, Claudie Moreau
Traductrice : Clara Vassent