Livraisons d’armes à Israël : les États européens en ordre dispersé
Un an après l’incursion du Hamas en territoire israélien et l’offensive d’Israël contre Gaza, les pays européens ne semblent pas décidés à s’accorder sur un arrêt des exportations d’armes vers l’État hébreu.
Un an après l’incursion du Hamas en territoire israélien et l’offensive d’Israël contre Gaza, les pays européens ne semblent pas décidés à s’accorder sur un arrêt des exportations d’armes vers l’État hébreu. Si l’Italie et l’Espagne ont décidé de cesser toute coopération, l’Allemagne affirme vouloir continuer ses livraisons.
« Seuls trois pays ont fourni des armes majeures à Israël entre 2019 et 2023 — les États-Unis, l’Allemagne et l’Italie —, mais de nombreux autres ont envoyé des composants militaires, des munitions ou des services », note l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI).
Parmi les 10 premiers pays exportateurs d’armes au monde, le SIPRI précise que l’Italie et l’Espagne ont cessé de signer des contrats militaires avec Israël, alors que la France continue de fournir des composants pour certains équipements.
L’étude du SIPRI se concentre sur la manière dont Israël importe des armes depuis le 7 octobre 2023, alors que le conflit menace d’entraîner toute la région dans la guerre. La semaine dernière, l’Iran a lancé 180 missiles sur Israël, en réponse au bombardement du Liban et à la mort du chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah.
Selon les Nations Unies, les attaques sur la bande de Gaza ont contraint 1,9 million de personnes (soit neuf personnes sur dix) à quitter leur domicile au cours de l’année écoulée, et ont causé la mort de plus de 40 000 individus. Les tentatives pour mettre fin au conflit par la voie diplomatique ont toutes échoué.
Des stratégies divergentes en Europe
Les atrocités commises sur le terrain et le risque d’embrasement régional ont poussé certains pays à interrompre leurs livraisons vers Israël, en particulier l’Italie et l’Espagne.
Emmanuel Macron a de son côté déclaré samedi 5 octobre que les exportations d’armes vers Israël devaient cesser, afin de permettre une issue diplomatique au conflit, alors que les États de l’Union européenne semblent partagés sur la conduite à tenir.
Israël dispose d’une solide industrie militaire, mais le pays a ces dix dernières années considérablement augmenté ses importations, souligne le SIPRI. L’État hébreu est même devenu le 15e plus gros importateur d’armes au monde entre 2019-2023, soit 2,1 % du total des importations.
À titre de comparaison, Israël occupait la 47e place de ce même classement entre 2009 et 2013, d’après les estimations du SIPRI. Selon les données de l’institut suédois, l’Allemagne aurait fourni 30 % des importations israéliennes d’« armes majeures » entre 2019 et 2023.
Il s’agissait principalement de frégates et de torpilles pour la marine israélienne et 8,5 % de la valeur de ces exportations concernaient des moteurs de véhicules blindés, « y compris ceux utilisés dans la guerre à Gaza », précise le SIPRI.
Selon Reuters, Berlin aurait cessé d’approuver de nouvelles exportations en direction d’Israël, après des pressions juridiques et politiques, le pays risquant d’enfreindre le droit international. Berlin n’a toutefois pas annoncé l’interdiction officielle des exportations vers l’État hébreu.
En septembre dernier, le chancelier Olaf Scholz avait même déclaré qu’il n’avait pas l’intention d’arrêter les livraisons de son pays. Cinquième exportateur mondial, l’Allemagne arrive juste derrière les États-Unis en ce qui concerne le soutien militaire à Israël.
Washington reste le premier fournisseur d’armes conventionnelles à Israël. Ces dernières représentant 69 % des importations militaires de ce pays, « dont des avions, des véhicules blindés, des missiles et des navires », selon le SIPRI.
L’Italie fournit également Israël, bien que sa contribution soit bien moindre. Les exportations concernaient des hélicoptères, des canons pour les frégates fournies par l’Allemagne et des pièces pour des F-35 fabriqués aux États-Unis.
Rome a toutefois cessé de signer des contrats avec Tel-Aviv après le 7 octobre 2023. Madrid, qui a reconnu la Palestine comme un État indépendant au début de l’année, a également mis fin à ses contrats d’armement.
Côté français, l’opacité demeure. Selon le SIPRI, aucun contrat d’armement majeur n’a été conclu entre les deux pays depuis 1998, mais des composants, notamment des pièces pour les drones qui surveillent Gaza, sont toujours envoyés, selon une enquête du média Disclose.
Le Royaume-Uni a continué à délivrer des autorisations d’exportation, mais aucune trace officielle de la nature des ventes n’est disponible.
Selon le SIPRI, la Russie et la Chine, aux 3e et 4e rangs des exportateurs mondiaux, « ne sont pas connues pour fournir des armes à Israël ». Les exportations de la Corée du Sud sont quant à elles « minimes ». Israël, 10e exportateur mondial, a bien sûr été exclu de l’analyse.
[Édité par Laurent Geslin & Anne-Sophie Gayet]