L’ombre de Jean-Luc Mélenchon plane sur le congrès du PS

Les socialistes s’apprêtent, les 12 et 19 janvier, à élire – ou réélire – leur Premier secrétaire. Les différences entre les trois lignes qui s’affrontent relèvent bien davantage de la stratégie d’opposition et de l’attitude vis-à-vis de la NUPES que des sujets de fond.

Euractiv France
LFI and left-wing parties announce electoral agreement for 2022 legislative elections
Le Premier secrétaire sortant du Parti socialiste, Olivier Faure, avec Jean-Luc Mélenchon lors d'un meeting commun. L'essentiel des critiques à la ligne Faure concernent précisément l'alliance électorale avec la gauche radicale. [ EPA-EFE/CHRISTOPHE PETIT TESSON]

Les socialistes s’apprêtent, les 12 et 19 janvier, à élire – ou réélire – leur Premier secrétaire. Les différences entre les trois lignes qui s’affrontent relèvent bien davantage de la stratégie d’opposition et de l’attitude vis-à-vis de la NUPES que des sujets de fond.

Un congrès fortement chargé symboliquement se tient en ce mois de janvier pour le Parti socialiste (PS), revivifié par l’élection d’une trentaine de députés en juin dernier, après deux défaites cinglantes aux élections présidentielles de 2017 et 2022 (6,3 % et 1,7 %).

La NUPES et Jean-Luc Mélenchon, les nerfs de la guerre

C’est aussi le premier congrès après les élections législatives et l’accord électoral qui a abouti à la formation de la coalition de la gauche (NUPES)… C’est d’ailleurs sur leur attachement ou leur refus de la coalition regroupement des forces de gauche, et notamment avec la gauche radicale (La France insoumise) de Jean-Luc Mélenchon, que s’affrontent les candidats à la tête du PS.

Olivier Faure, Premier secrétaire sortant et candidat à sa propre succession, défend bec et ongles l’accord électoral, qui, selon lui, aurait permis d’éviter que le PS ne soit évincé de l’Assemblée nationale.

Mais à quel prix ? C’est ce que se demandent ses détracteurs, dont Hélène Geoffroy, également candidate au premier secrétariat. Elle reproche notamment à M. Faure de s’être soumis à Jean-Luc Mélenchon, et d’entraîner le socialisme avec lui dans sa chute.

Dans une interview à l’hebdomadaire Le Point parue mercredi (11 janvier), elle considère en effet que « le PS risque de disparaître par subordination s’il se met à la remorque de LFI mais aussi par inaction ».

Selon celle qui assure défendre « une gauche de gouvernement », le parti, dirigé par Olivier Faure depuis 2018, n’a « pas travaillé », en ce sens qu’il n’a pas su « dire la ligne que nous voulions porter », ni mener les « batailles culturelles » qui caractérisent la gauche. Une union de la gauche est néanmoins nécessaire, plaide Mme Geoffroy, mais devrait passer par un « contrat de projet » entre les forces de gauche.

Pour Nicolas Mayer-Rossignol, qui brigue aussi la direction du PS, la critique vis-à-vis de la NUPES est moins dure : il dénonce certes une « tambouille » électorale mais assure aussi prôner une union de la gauche.

La stratégie d’opposition, alignée ou pas derrière les insoumis semble inquiéter aussi les soutiens d’Olivier Faure lui-même. Dans une tribune publiée dans le JDD mardi, 45 parlementaires socialistes le soutenant, qualifient sa stratégie d’union avec LFI de « ligne de crête ». Ils s’avouent en effet « conscients de [leur] responsabilité […] car le chemin de l’union est périlleux et ne peut se traduire par des renoncements à nos orientations politiques fondamentales ».

Parmi celles-ci, les 45 signataires jugent utile de rappeler leur soutien à « la construction d’une Europe solidaire », par opposition – certes implicite – aux positions historiques de M. Mélenchon et de LFI, bien davantage eurosceptiques que les écologistes et les socialistes.

L’énergie nucléaire, dont LFI prône la sortie, cristallise également des tensions : Hélène Geoffroy refuse ici aussi l’alignement derrière la gauche radicale et assume défendre l’énergie nucléaire et la nécessité de nouveaux réacteurs sur des sites existants. Olivier Faure propose quant à lui un referendum sur le nucléaire, qu’il considère comme une « énergie de transition », et ne nécessitant pas de nouveaux investissements.

Olivier Faure favori, mais en recul ?

Si la ligne d’Olivier Faure semble favorite dans ce congrès, sa base paraît moins solide que lors du congrès de Villeurbanne en 2021, lorsqu’il battait Hélène Geoffroy avec 73,6 % des voix. En plus des éventuels désaccords vis-à-vis de l’alliance électorale de la NUPES, la candidature de Nicolas Mayer-Rossignol pourrait attirer une partie des adhérents qui auraient pu voter pour M. Faure.

Olivier Faure bénéficie certes d’un soutien de la part de nombreux élus, mais un tiers des députés pourtant élus grâce à l’accord de la NUPES n’ont pas signé la tribune le soutenant. Plus de la moitié des sénateurs (38 sur 64) ne l’ont pas fait non plus, tandis que les trois eurodéputés encartés au parti socialiste ont tous choisi d’appuyer la candidature du Premier secrétaire sortant.

Enfin, dans le dernier baromètre politique de l’Ifop, il apparaît que les sympathisants socialistes ont davantage confiance en des personnalités comme François Hollande et Bernard Cazeneuve, ancien président et ancien Premier ministre, qui ont très fortement critiqué l’alliance du PS avec M. Mélenchon.

Carole Delga, présidente de la région Occitanie qui soutient M. Mayer-Rossignol pour le congrès, obtient un meilleur score qu’Olivier Faure alors même qu’elle a soutenu des candidatures socialistes dissidentes face à la NUPES lors des élections législatives – contre l’avis de la direction nationale du parti. Malgré cela, Olivier Faure bénéficie d’une exposition médiatique nationale que ses concurrents Mme Geoffroy et M. Mayer-Rossignol n’ont pas, eux qui peinent à être vraiment connus en dehors du parti.

Quiconque sera élu Premier secrétaire, aura essentiellement une mission : rassembler, gagnants et vaincus, pour éviter que le parti – et avec lui le socialisme en France – ne disparaisse. Nicolas Mayer-Rossignol avertissait fin décembre sur « le risque d’une scission ».

Après le vote des adhérents socialistes de ce jeudi 12 janvier sur les textes d’orientation portés par les trois candidats, ceux-ci seront départagés le 19 janvier prochain. La rencontre conclusive du congrès se déroulera à la fin du mois de janvier, à Marseille.