L’UE approuve la fusion Microsoft-Activision, en désaccord avec les régulateurs britannique et américain

Les autorités de la concurrence de l’UE ont approuvé le rachat de la société de jeux Activision Blizzard par Microsoft, quelques semaines seulement après que les régulateurs britanniques ont bloqué cette opération.

Euractiv.com
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Cette acquisition de 69 milliards de dollars (63,5 millions d’euros) devrait être la plus importante réalisée par Microsoft à ce jour et faire du géant technologique l’une des plus grandes sociétés de jeux en termes de chiffre d’affaires. [SHUTTERSTOCK/sdx15]

Les autorités de la concurrence de l’UE ont approuvé, lundi (15 mai), le rachat de la société de jeux Activision Blizzard par Microsoft, quelques semaines seulement après que les régulateurs britanniques ont bloqué cette opération, qui constitue la plus grosse acquisition de Microsoft à ce jour.

La décision de la Commission européenne fait suite à une enquête visant à déterminer si la fusion menacerait la concurrence sur le marché des jeux, notamment en ce qui concerne l’accès à la franchise phare d’Activision, Call of Duty.

Microsoft a pris plusieurs mesures pour apaiser les inquiétudes de Bruxelles concernant l’opération, et la Commission européenne a déclaré lundi que les engagements pris par l’entreprise avaient entièrement répondu aux préoccupations initiales de l’autorité de régulation de la concurrence.

Cette acquisition de 69 milliards de dollars (63,5 millions d’euros) devrait être la plus importante réalisée par Microsoft à ce jour et faire du géant technologique l’une des plus grandes sociétés de jeux en termes de chiffre d’affaires.

Les efforts de Microsoft n’ont toutefois pas satisfait les autorités de l’autre côté de la Manche, où l’autorité britannique de la concurrence et des marchés (Competition and Markets Authority, CMA) a rejeté les solutions proposées par le géant américain en avril et bloqué l’acquisition.

Margrethe Vestager, commissaire européenne à la Concurrence, a déclaré que cette décision permettra « aux jeux populaires d’Activision d’être accessibles sur beaucoup plus d’appareils et pour plus de consommateurs qu’auparavant, grâce aux services de jeux vidéos accessibles en streaming ».

« Les engagements proposés par Microsoft permettront pour la première fois le streaming de ces jeux dans n’importe quel service de streaming de jeux dématérialisés, ce qui renforcera la concurrence et les opportunités de croissance. »

La décision de l’UE

La Commission a lancé une enquête approfondie sur l’opération en novembre dernier, après qu’une première évaluation a révélé qu’elle pourrait constituer une menace pour la concurrence sur le marché des jeux dématérialisés accessibles en streaming et dans la fourniture de systèmes d’exploitation pour PC.

L’autorité de la concurrence de l’UE craignait notamment que Microsoft ne réduise la concurrence dans ce domaine et ne renforce la position de Windows parmi les systèmes d’exploitation pour PC en rendant les jeux d’Activision accessibles uniquement depuis son propre service de jeux en streaming.

Le géant de la technologie a tenté d’apaiser les craintes de l’UE en signant des accords de dix ans avec des sociétés de jeux concurrentes, telles que Nintendo et Nvidia, afin de leur garantir un accès continu et égal à des titres tels que Call of Duty, si l’accord devait être mis en œuvre.

Microsoft a également pris certains engagements en réponse à l’enquête de l’exécutif européen, notamment celui d’offrir des licences gratuites aux consommateurs de l’Espace économique européen (EEE) et aux fournisseurs de services de jeu en streaming qui proposent des jeux Activision aux utilisateurs basés dans l’EEE.

La Commission a estimé que ces engagements représentaient une « amélioration significative » par rapport à la situation actuelle des jeux dématérialisés et qu’ils indiquaient que l’opération ne constituait plus une menace pour la concurrence, ouvrant ainsi la voie à l’approbation de l’opération lundi.

Bobby Kotick, PDG d’Activision, a déclaré que l’entreprise avait l’intention « d’accroître considérablement ses investissements et sa main-d’œuvre dans l’ensemble de l’UE, et nous sommes ravis des avantages que notre opération apportera aux joueurs en Europe et dans le monde entier ».

« L’Europe a joué un rôle essentiel dans le développement des jeux, en particulier des jeux mobiles, et nous espérons que les développeurs de jeux européens continueront à stimuler la croissance et l’innovation », a-t-il ajouté.

Brad Smith, président de Microsoft, a déclaré que la décision de l’UE « obligeait Microsoft à accorder automatiquement des licences pour les jeux populaires d’Activision Blizzard à des services de jeux dématérialisés concurrents. Cette décision s’appliquera à l’échelle mondiale et permettra à des millions de consommateurs dans le monde entier de jouer à ces jeux sur l’appareil de leur choix ».

La réaction du Royaume-Uni

L’autorité britannique, la CMA, a conclu son enquête fin avril par une décision contraire à celle de Bruxelles.

Dans des conclusions préliminaires publiées au début de l’année, l’organisme de surveillance a averti que le projet d’acquisition pourrait nuire à la concurrence sur plusieurs marchés, notamment ceux du matériel et des logiciels de jeux, et qu’il serait dans l’intérêt commercial de Microsoft de faire en sorte que les produits d’Activision soient exclusifs à son service de cloud.

Les mesures correctives proposées par Microsoft ont été jugées insuffisantes et l’autorité de régulation a finalement décidé de rejeter l’opération, une décision qualifiée par le géant de la technologie de « mauvais service rendu aux citoyens britanniques ».

Les deux entreprises concernées se sont engagées à faire appel de la décision de la CMA. Au début du mois de mai, la CMA a émis une ordonnance provisoire sur l’opération, empêchant Microsoft et Activision d’acquérir une part dans l’autre ou dans ses filiales sans autorisation écrite préalable.

En réponse à l’approbation de l’opération par Bruxelles, la CMA a déclaré qu’elle s’en tenait à sa décision.

« Les propositions de Microsoft, acceptées par la Commission européenne aujourd’hui, permettraient à Microsoft de fixer les conditions de ce marché pour les dix prochaines années », a déclaré l’organisme de surveillance dans un communiqué.

« Elles remplaceraient un marché libre, ouvert et concurrentiel par un marché soumis à une réglementation permanente des jeux que Microsoft vend, des plates-formes auxquelles elle les vend et des conditions de vente », a ajouté l’organisme, notant que « c’est l’une des raisons pour lesquelles le groupe indépendant de la CMA a rejeté les propositions de Microsoft et empêché cet accord ».

L’opération fait également l’objet d’un examen minutieux aux États-Unis, où la Commission fédérale du commerce (Federal Trade Commission, FTC) a déjà pris des mesures pour la bloquer, en déposant en décembre une plainte dénonçant les « antécédents de Microsoft en matière d’acquisition et d’utilisation de contenus de jeux de grande valeur pour supprimer la concurrence des consoles rivales ».

Une audition de la FTC sur le projet de fusion est prévue pour le 2 août prochain.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]