L’UE déploie une mission d’observation de la frontière entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan

Les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne ont convenu lundi (17 octobre) d’envoyer une mission d’observation à court terme le long de la frontière entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, mais des questions subsistent quant à la planification à long terme de cette dernière.

EURACTIV.com depuis Luxembourg
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Cette équipe comprendra « jusqu’à 40 experts de l’UE chargés de surveiller la situation du côté arménien de la frontière internationale avec l’Azerbaïdjan », peut-on lire dans un communiqué du Conseil européen. [Twitter/Toivo Klaar]

Les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne ont convenu lundi (17 octobre) d’envoyer une mission d’observation à court terme le long de la frontière entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, mais des questions subsistent quant aux objectifs finaux et la planification à long terme de cette dernière.

Cette décision intervient à la suite d’affrontements meurtriers survenus au mois de septembre, qui ont fait craindre un nouveau conflit généralisé dans la région et ont conduit à des discussions de médiation quadripartites à Prague plus tôt dans le mois.

L’Arménie et l’Azerbaïdjan ont déjà mené deux guerres pour le territoire contesté du Haut-Karabakh, en 2020 et dans les années 1990. Le dernier affrontement a eu lieu à la frontière entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan précisément.

La mission d’observation a été convenue entre le président français Emmanuel Macron et le président du Conseil européen Charles Michel, ainsi que le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev et le Premier ministre arménien Nikol Pashinyan.

Elle fait suite à une demande officielle adressée par le ministre arménien des Affaires étrangères, Ararat Mirzoyan, au chef de la diplomatie de l’UE, Josep Borrell, en septembre.

Cette équipe comprendra « jusqu’à 40 experts de l’UE chargés de surveiller la situation du côté arménien de la frontière internationale avec l’Azerbaïdjan », peut-on lire dans un communiqué du Conseil européen.

Elle aura « pour objectif de surveiller, d’analyser et de rendre compte de la situation dans la région » et ne durera « en principe » pas plus de deux mois, a-t-il précisé.

Une équipe préparatoire est déjà arrivée à Erevan vendredi dernier (14 octobre) pour évaluer les besoins et l’emplacement et négocier le cadre de la mission avec la partie arménienne, les responsables de l’UE ayant déclaré que la signature finale du document de la mission ne devrait être qu’une formalité.

Les observateurs seront détachés de la mission d’observation de l’UE en Géorgie (EUMM Géorgie), ce qui, selon les fonctionnaires européens, est un choix délibéré car ils ont déjà une expérience de la région du Caucase, des missions frontalières locales et répondent aux exigences linguistiques.

Cette décision est motivée par une question de rapidité, car la mise en place d’une nouvelle mission de politique de sécurité et de défense commune (PSDC) aurait pris trop de temps, ont déclaré des responsables de l’UE au fait de la question.

Toutefois, alors que le délai de déploiement a été fixé à deux mois, les fonctionnaires européens estiment qu’une solution plus permanente, comme une EUMM Arménie, sera nécessaire sur le long terme.

Certains États membres de l’UE ont également exprimé leur inquiétude quant à la nécessité de renforcer le personnel de la mission de l’UE en Géorgie, pour laquelle un appel à candidatures a été publié cette semaine.

Un nouveau cycle de pourparlers de médiation entre les deux parties au conflit sur la délimitation des frontières devrait se tenir prochainement à Bruxelles, ce qui constituerait la troisième tentative depuis mai.

« La situation reste très dangereuse, l’instabilité est élevée et le ressentiment après 30 ans de conflit est grand », a déclaré Toivo Klaar, le représentant spécial de l’UE (RSUE) pour le Caucase du Sud et la crise en Géorgie, devant une commission du Parlement européen la semaine dernière.

« Il n’y a pas beaucoup d’acteurs internationaux autres que nous, c’est pourquoi nous devons être encore plus impliqués », a-t-il ajouté.

« Ce qui s’est passé le 24 février s’est traduit par un énorme manque de confiance de la part de pays qui entretenaient auparavant une […] relation spéciale avec la Russie », a déclaré un haut fonctionnaire européen avant la conclusion de l’accord.

« Les parties [au conflit] se tournent désormais vers nous ; les parties ont de plus en plus le sentiment que nous pouvons mieux répondre à la situation que la Russie ne peut plus le faire », a-t-il ajouté.

« Le fait est qu’elles pensent maintenant que nous pouvons être, premièrement, un intermédiaire honnête, et deuxièmement, que nous promettons des choses pour l’avenir que la Russie ne peut pas promettre : nous promettons un rapprochement avec l’Union européenne », a ajouté le haut fonctionnaire européen.

Confrontée à une pénurie d’énergie et désireuse de se passer des combustibles fossiles russes en raison de la guerre en Ukraine, l’UE s’est tournée vers d’autres fournisseurs de gaz, notamment l’Azerbaïdjan.

Pourtant, Emmanuel Macron a froissé Bakou la semaine dernière en déclarant que « nous n’abandonnerons pas les Arméniens » alors que « l’Azerbaïdjan a lancé plusieurs offensives le long de la frontière ».

Moscou, qui a critiqué le président français pour ses remarques, maintient environ 2 000 soldats en Arménie.