L’UE devrait jouer un rôle plus actif au Moyen-Orient, selon la commissaire désignée à la Méditerranée
Dubravka Šuica, commissaire désignée à la Méditerranée, a dû répondre à des questions difficiles lors de son audition au Parlement européen mardi 5 novembre. Elle s’est engagée à protéger la région et à soutenir que l’UE doit jouer un rôle de premier plan au Moyen-Orient.
Dubravka Šuica, commissaire désignée à la Méditerranée, a dû répondre à des questions difficiles lors de son audition au Parlement européen mardi 5 novembre. Elle s’est engagée à protéger la région et à soutenir que l’Union européenne (UE) doit jouer un rôle de premier plan au Moyen-Orient.
L’aspirante commissaire croate, actuellement vice-présidente de la Commission européenne chargée de la Démocratie et la Démographie, a été auditionnée par la commission des Affaires étrangères (AFET), dont elle a d’ailleurs été vice-présidente lorsqu’elle était eurodéputée. Mardi, elle a répondu aux questions des eurodéputés sur la manière dont elle entend renforcer la région méditerranéenne ainsi que sur le rôle de l’UE au Moyen-Orient.
Durant les trois heures d’audition, elle a montré qu’elle maîtrisait le jargon européen et qu’elle avait de l’expérience au sein de la Commission. Elle a également pris soin de souligner l’importance stratégique de la Méditerranée, en utilisant son nom latin, Mare Nostrum.
Elle a reconnu la centralité historique de la région pour l’Europe, mais a mis en garde contre l’instabilité politique croissante, la fragilité de la croissance économique et les enjeux démographiques qui peuvent y être observés.
La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a chargé Dubravka Šuica de créer un « nouveau Pacte pour la Méditerranée », axé sur « la construction de partenariats globaux centrés sur l’investissement, la stabilité économique, l’emploi, l’énergie, les transports, la sécurité, la migration », comme on peut le lire dans sa lettre de mission.
Lorsque les eurodéputés lui ont demandé des précisions sur ce nouveau pacte, Dubravka Šuica a répondu de manière très vague, affirmant qu’il ne s’agissait que d’un « début » et qu’il engloberait des accords stratégiques globaux avec les nations nord-africaines et favoriserait la coopération régionale dans l’ensemble de la région méditerranéenne.
Moyen-Orient
Concernant la situation au Moyen-Orient, elle a souligné la nécessité d’une stratégie européenne unifiée, tout en exprimant sa profonde inquiétude face aux pertes humaines à Gaza et au Liban, appelant à un cessez-le-feu immédiat, à la libération de tous les otages israéliens et à des mesures urgentes pour remédier à la dévastation.
Les eurodéputés ont également interrogé la commissaire désignée croate sur la manière dont la Commission envisageait de s’engager dans le conflit entre Israël et la Palestine.
Dubravka Šuica a condamné l’interdiction par Israël de l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), suite à une question de l’eurodéputé socialiste Yannis Maniatis à ce sujet.
« Nous continuerons et je continuerai, une fois que ce sera confirmé, à financer à la fois l’Autorité palestinienne et l’UNRWA », a répondu Dubravka Šuica.
Pour l’instant, l’UNRWA est la seule organisation sur le terrain qui peut fournir une assistance humanitaire appropriée, selon elle. « Il y a d’autres organisations […], mais elles n’ont pas les capacités opérationnelles. »
En outre, Dubravka Šuica a souligné que l’UE devrait saisir l’occasion et élargir son rôle dans l’ensemble de la région.
« L’Union européenne devrait jouer un rôle de premier plan dans la création des conditions d’une paix et d’une stabilité durables dans la région », a-t-elle affirmé dans son allocution d’ouverture.
Le bloc devrait « non seulement financer, mais aussi jouer un rôle » dans la région, a-t-elle ajouté par la suite.
Migrations
Sur la question migratoire, Dubravka Šuica a longuement évoqué la nécessité de travailler avec le futur commissaire Magnus Brunner, qui sera chargé des affaires intérieures et de la migration au sein de la prochaine Commission.
Les eurodéputés ont également demandé des précisions concernant le projet de la candidate croate pour aider les États membres à renvoyer les migrants en situation irrégulière. Lors de l’un des moments les plus marquants de son audition, Dubravka Šuica a montré sa préparation en récitant mot pour mot les conclusions du sommet d’octobre du Conseil européen. Elle a insisté sur la nécessité d’accélérer la mise en œuvre du pacte, d’appliquer les lois existantes et de faire pression en faveur d’une nouvelle directive sur les retours.
Dubravka Šuica a souligné qu’il restait encore beaucoup à faire. « Nous n’avons pas été très bons », a-t-elle reconnu, évoquant le fait qu’environ 20 % seulement des « migrants illégaux » sont renvoyés dans leur pays d’origine.
Interrogée sur les partenariats actuels et futurs de l’UE, l’aspirante commissaire a cité les accords existants avec la Tunisie et l’Égypte et a noté que des négociations avaient été entamées avec la Jordanie, qualifiant le pays de « pays le plus stable de la région ».
Elle a ajouté que le Maroc était le prochain sur la liste, soulignant que « nous avons besoin les uns des autres ».
[Édité par Anne-Sophie Gayet]