L’UE doit gagner la « bataille des récits » avec Moscou et Pékin pour conserver son influence en Afrique
L’UE doit offrir aux États africains une alternative sérieuse à la Russie et la Chine pour gagner la bataille des récits sur le continent. C’est ce qu’a déclaré la commissaire européenne aux Partenariats internationaux aux eurodéputés mardi.
L’Union européenne doit offrir aux États africains une alternative sérieuse à la Russie et la Chine pour gagner la bataille des récits sur le continent. C’est ce qu’a déclaré la commissaire européenne aux Partenariats internationaux, Jutta Urpilainen, aux eurodéputés mardi (11 juillet).
Ces commentaires s’inscrivent dans le contexte du soutien à la Russie, de l’indifférence du continent africain face à la guerre en Ukraine et de l’influence croissante de Moscou et du groupe Wagner sur le territoire.
« Dans de nombreux pays d’Afrique, nous sommes confrontés à une bataille de récits », a déclaré Jutta Urpilainen au Parlement européen mardi lors d’un débat sur la stratégie de l’Union pour l’Afrique.
« Nous savons que, par exemple, la Russie est très active dans sa propagande et sa désinformation. Mais de plus en plus, nous sommes également confrontés à une bataille d’offres, sur ce que nous, partenaires, pouvons offrir à nos homologues africains », a-t-elle ajouté.
La stratégie « Global Gateway » est largement considérée comme la réponse de l’UE au programme d’infrastructure des Nouvelles routes de la soie (Belt and Road) de la Chine et promet de fournir 170 milliards d’euros d’investissements publics et privés aux États africains d’ici à 2027.
« Nous savons que l’approche de la Russie est très axée sur la sécurité, basée sur les services [des mercenaires] du groupe Wagner. La Chine s’est [pour sa part] concentrée sur des projets d’infrastructure matérielle à travers son initiative des Nouvelles routes de la soie, et notre approche est [la stratégie] Global Gateway », a-t-elle ajouté.
Pendant ce temps, l’exécutif européen négocie des accords sur les matières premières critiques avec des États d’Afrique, d’Amérique latine et des Caraïbes afin de réduire la trop grande dépendance de l’UE à l’égard de la Chine et d’accélérer sa transition écologique.
En juin par exemple, la Commission a conclu un accord avec la Namibie, et elle est en pourparlers avec le Chili afin de concilier les besoins de l’Union en minerais et matières premières critiques pour notre transition écologique avec les investissements visant à industrialiser les économies africaines et à développer les chaînes de valeur.
La guerre en Ukraine
Les fonctionnaires de l’UE et les diplomates nationaux ont été surpris par la position équivoque de nombreux États africains concernant l’invasion de l’Ukraine par la Russie, qui a intensifié le sentiment de concurrence géopolitique entre Bruxelles et Moscou, mais également avec des pays comme la Chine et les États-Unis.
La Commission a également augmenté ses ressources pour lutter contre les campagnes de désinformation russes sur les réseaux sociaux et d’autres plateformes dans la région du Sahel, où le groupe mercenaire Wagner, qui était jusqu’à récemment favorable au Kremlin, soutient les régimes militaires du Mali et du Burkina Faso.
« De mon point de vue, nous avons également une très bonne offre et une très bonne réponse sur la manière de lutter contre cette désinformation dans nos pays partenaires », a déclaré Mme Urpilainen.
Lors du sommet du Conseil européen de juin à Bruxelles, les dirigeants de l’UE ont confirmé leur soutien à l’Union africaine pour qu’elle devienne un membre à part entière du G20, et la Commission et les États membres de l’UE soutiennent l’attribution d’un siège africain au Conseil de sécurité des Nations unies.
De son côté, la Russie devrait renforcer ses relations avec le continent africain lors du sommet Russie-Afrique à Saint-Pétersbourg qui sera organisé par le président Vladimir Poutine à la fin du mois.
Mme Urpilainen a expliqué aux eurodéputés que pour de nombreux États africains, « il existe également des relations historiques avec la Russie », notamment le soutien du Kremlin aux luttes pour l’indépendance et la démocratie en Afrique du Sud, au Mozambique, en Angola et dans d’autres pays.
« Nous savons également que la Chine est un acteur économique très important dans beaucoup de nos pays partenaires. Je dirais donc qu’il y a différentes raisons pour lesquelles les pays partenaires hésitent à prendre parti dans ce conflit », a-t-elle déclaré.
La commissaire a ajouté que c’est « la raison pour laquelle il est si important de tendre la main [à l’Afrique] et de lui expliquer pourquoi nous devons condamner l’attaque de la Russie et pourquoi il est si important qu’elle nous soutienne, par exemple aux Nations Unies ».
[Édité par Anne-Sophie Gayet]