L’UE et la Chine cherchent des « solutions urgentes » aux restrictions sur les terres rares

Le ministre chinois du Commerce se rendra à Bruxelles « dans les prochains jours » pour discuter des restrictions imposées par Pékin sur les exportations de terres rares, a déclaré mardi 21 octobre le commissaire européen au Commerce, Maroš Šefčovič.

EURACTIV.com
German Finance Minister Welcoms European Commissioner Trade and Economic
Le commissaire européen au Commerce et à la Sécurité économique, Maroš Šefčovič. [Christian Marquardt/NurPhoto]

Le commissaire européen Maroš Šefčovič a indiqué aux journalistes à Strasbourg que le ministre chinois du Commerce, Wang Wentao, avait accepté son invitation après une visioconférence « constructive » de deux heures sur les contrôles récemment imposés par Pékin sur l’exportation des terres rares — une mesure qui a alarmé les décideurs politiques et les entreprises de l’UE.

La Chine représente environ 70 % de l’extraction mondiale de terres rares et 90 % de leur transformation. Cela donne à Pékin un véritable contrôle sur l’approvisionnement mondial en ces matériaux essentiels, utilisés pour produire un large éventail de technologies, des véhicules électriques aux avions de combat.

« J’ai invité les autorités chinoises à venir à Bruxelles dans les prochains jours pour trouver des solutions urgentes », a expliqué le commissaire Šefčovič, ajoutant que Wang Wentao avait accepté de venir.

« Je pense qu’après la conversation de ce matin, nous n’avons aucun intérêt à une escalade », a déclaré le commissaire slovaque, également chargé de la sécurité économique. « Cependant, cette situation jette une ombre sur nos relations. Il est donc essentiel de trouver rapidement une solution. »

La réunion se tiendra sous les auspices du « mécanisme amélioré de la chaîne d’approvisionnement » convenu lors du sommet UE-Chine à Pékin en juillet afin de remédier aux « goulets d’étranglement » en matière de minéraux, a indiqué Maroš Šefčovič.

« Nous avons convenu d’intensifier les contacts à tous les niveaux », a-t-il ajouté.

Le point de vue chinois

Un communiqué du ministère chinois du Commerce concernant l’appel de mardi indique également que les deux parties ont convenu de se rencontrer à Bruxelles « dès que possible » pour discuter des mesures prises par Pékin, mais ne précise pas si le ministre du Commerce y participera en personne.

Annoncées au début du mois, les mesures chinoises vont bien au-delà des restrictions sévères introduites en avril dernier, qui avaient déjà contraint certaines industries européennes à interrompre leur production.

Dans le cadre du nouveau régime d’exportation, les produits contenant ne serait-ce que des traces de terres rares chinoises devront obtenir une licence spéciale de Pékin avant de pouvoir être exportés.

L’utilisation de ces métaux pour des technologies militaires sera quant à elle « en principe » interdite.

Dans son communiqué, Pékin a affirmé que les nouvelles restrictions « constituent une mesure normale visant à améliorer son système de contrôle des exportations conformément aux lois et règlementations » et démontrent « la responsabilité de la Chine en tant que grande puissance dans le maintien de la paix et de la stabilité mondiales ».

Le communiqué mentionne également la ferme opposition de Pékin à la récente prise de contrôle par le gouvernement néerlandais du fabricant de puces Nexperia, filiale de la société mère chinoise Wingtech Technologies.

Cette décision, qui, selon les documents judiciaires, a été prise sous la forte pression des autorités américaines, a provoqué l’ire de Pékin et a conduit la filiale chinoise de l’entreprise, Nexperia China, à demander à son personnel d’ignorer les ordres du siège néerlandais.

Dans une déclaration publiée la semaine dernière, Nexperia a déclaré que Pékin lui avait interdit d’exporter des produits finis et des sous-composants depuis la Chine, où la plupart de ses puces sont assemblées. Elle a également informé ses clients qu’elle pourrait ne pas être en mesure d’honorer ses commandes.

Le conflit autour de Nexperia, qui fournit des puces à de grands constructeurs automobiles tels que BMW et Mercedes-Benz, a encore aggravé les difficultés de l’industrie automobile européenne, déjà confrontée aux droits de douane élevés imposés par Donald Trump et à la concurrence féroce des constructeurs chinois de véhicules électriques.

Cela a également exacerbé les tensions entre Bruxelles et Pékin, déjà tendues en raison de l’excédent commercial croissant de la Chine et de ses liens politiques et économiques de plus en plus étroits avec la Russie.

Le commissaire Šefčovič a toutefois déclaré mardi qu’il était « fréquemment en contact » avec les autorités néerlandaises et chinoises au sujet du litige Nexperia et qu’il était « rassuré par l’intention exprimée par les deux parties de désamorcer la situation ».

« Je pense que nous sommes tous pleinement conscients que le temps est un facteur essentiel dans cette affaire », a-t-il indiqué.