L’UE et la Corée doivent coopérer face à la loi américaine sur l’inflation, selon un ministre sud-coréen

L’Union européenne et la Corée du Sud devraient coopérer dans leur réponse à la loi américaine sur la réduction de l’inflation (Inflation Reduction Act), a fait valoir le ministre sud-coréen du Commerce lors d’un entretien avec EURACTIV.

Euractiv.com
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Dukgeun Ahn, ministre du Commerce de la Corée du Sud. [[photo du ministère des Affaires étrangères de la Corée du Sud]]

L’Union européenne et la Corée du Sud devraient coopérer dans leur réponse à la loi américaine sur la réduction de l’inflation (Inflation Reduction Act, IRA), a fait valoir le ministre sud-coréen du Commerce, Duk-geun Ahn, lors d’un entretien avec EURACTIV.

M. Ahn a toutefois tenu à mettre en garde l’UE contre l’ouverture de la « boîte de Pandore » de la politique industrielle protectionniste car de nombreuses propositions européennes reprennent selon lui le même esprit que l’IRA.

L’Inflation Reduction Act prévoit des subventions à grande échelle en faveur des voitures électriques et des batteries produites aux États-Unis, discriminant ainsi les producteurs européens et sud-coréens.

« L’UE et la Corée ont une grande marge de manœuvre pour travailler ensemble et rendre le système [de la loi IRA] plus compatible avec l’OMC [Organisation mondiale du commerce], afin de ne pas causer de problèmes inutiles à des parties de notre industrie importantes sur le plan stratégique », a déclaré M. Ahn.

La Corée du Sud et l’UE disposent toutes deux d’une industrie automobile qui se sent menacée par le projet de loi américain. Tout en reconnaissant qu’il pourrait être très difficile de modifier la loi à court terme, M. Ahn a fait valoir que la situation pouvait être améliorée.

« Les États-Unis sont en quelque sorte limités par la structure discriminatoire de la loi », a-t-il déclaré. Il a également ajouté que l’UE et la Corée du Sud pourraient travailler avec l’administration américaine « pour minimiser l’impact discriminatoire de l’IRA ».

« Dans le cas où il devient évident qu’ils ne peuvent rien faire ou s’ils ne montrent aucune volonté de travailler avec nous pour trouver une solution adéquate, nous devrons trouver une autre alternative. »

La boîte de Pandore

S’il a plaidé pour une approche conjointe pour faire face aux États-Unis, le ministre du Commerce a également noté un changement d’attitude au sein de l’UE.

« L’UE a longtemps été un important gardien du système commercial mondial fondé sur l’État de droit, […] mais il existe de nombreuses propositions [européennes] qui reprennent fondamentalement le même esprit que l’IRA », a expliqué M. Ahn.

« Et si l’UE franchit cette limite, nous devrons faire face à l’ouverture de la boîte de Pandore. »

« Le Japon, la Corée, la Chine… chaque pays s’engagera dans cette course très difficile qui consiste à ignorer les règles du commerce mondial, que nous avons passé les dernières décennies à construire », a-t-il déclaré.

En outre, il a mis en garde contre une approche « myope » et « nationaliste » du commerce mondial.

Interrogé sur le développement économique très rapide et efficace de la Corée du Sud, rendu possible par sa politique industrielle, M. Ahn a déclaré que les interventions gouvernementales avaient pour la plupart cessé après l’adhésion du pays à l’OMC.

« Le rôle du gouvernement dans le développement du secteur industriel était très important, mais depuis l’entrée en vigueur du système de l’OMC, le gouvernement coréen ne s’est pratiquement plus engagé dans des politiques industrielles directes. »

Il a fait valoir que la politique industrielle devrait respecter les règles commerciales et qu’une réforme de l’OMC était nécessaire pour le permettre. Il a toutefois admis que réformer l’OMC serait difficile.

« C’est un sérieux défi, c’est comme la COP 27 », a-t-il déclaré, en référence aux réunions diplomatiques internationales sur le climat qui échouent régulièrement à amener la communauté internationale à réduire ses émissions de gaz à effet de serre.

Un meilleur accès au marché coréen de l’éolien en mer

Le ministre coréen du Commerce était à Bruxelles début décembre à l’occasion de la réunion annuelle entre l’UE et la Corée du Sud pour discuter des questions de mise en œuvre de leur accord commun de libre-échange ainsi que pour examiner d’autres questions commerciales.

Au cours de cette réunion, Bruxelles et Séoul se sont par exemple entendues sur les principes du commerce numérique qui pourraient jeter les bases d’un futur accord commercial en la matière.

La délégation sud-coréenne s’est également engagée à œuvrer à la suppression des exigences de contenu en produits nationaux pour leurs parcs éoliens en mer, que les producteurs d’éoliennes de l’UE perçoivent comme discriminatoires.

« D’ici un an, nous réformerons cette mesure », a indiqué M. Ahn à EURACTIV.

La « forteresse » du MACF

Le ministre sud-coréen est également venu à Bruxelles afin de faire part de ses inquiétudes concernant le mécanisme européen d’ajustement carbone aux frontières (MACF). Celui-ci vise à tarifer les émissions de CO2 des marchandises importées. Cette mesure est en cours de négociation entre le Parlement européen et les États membres de l’UE.

« Nous comprenons qu’il s’agit d’un outil politique très important », a indiqué M. Ahn, « mais la façon dont le MACF est élaboré soulève beaucoup d’inquiétudes pour notre industrie. » Des préoccupations similaires ont également été soulevées par un certain nombre de dirigeants africains.

M. Ahn a exprimé l’espoir que l’UE puisse concevoir le mécanisme de manière à ne pas « causer trop de problèmes au système mondial », avançant que cela aiderait également l’UE à diffuser le MACF dans le monde entier.

« Je ne pense pas que l’objectif global de l’UE soit de lancer un système à l’intérieur de l’Union européenne, puis de construire une forteresse MACF ici [dans l’UE]. »

M. Ahn estime donc que l’introduction du MACF doit se faire en concertation plus étroite avec les partenaires commerciaux de l’UE.

Le ministre sud-coréen a conclu en avertissant que si l’UE « gère mal l’ensemble du processus », alors il serait possible que l’on considère ce mécanisme comme « un IRA européen ».

[Édité par Anne-Sophie Gayet]