L’UE intensifie sa lutte contre la désinformation
L’UE va créer une nouvelle plateforme pour contrer les campagnes de désinformation menées par la Russie et la Chine. C’est ce qu’a déclaré mardi le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, alors que les délégations et les missions du bloc à l’étranger sont de plus en plus prises pour cibles.
L’Union européenne va créer une nouvelle plateforme pour contrer les campagnes de désinformation menées par la Russie et la Chine. C’est ce qu’a déclaré mardi (7 février) le chef de la diplomatie de l’UE, Josep Borrell, alors que les délégations et les missions du bloc à l’étranger sont de plus en plus prises pour cibles.
Un centre de partage et d’analyse de l’information au sein du Service européen pour l’action extérieure (SEAE) aura pour objectif de suivre les manipulations de l’information par des acteurs étrangers et de coordonner son action avec celle des 27 États membres et des acteurs de la société civile.
« Les régimes autoritaires essaient de créer de la désinformation et de la manipuler. Nous avons créé des instruments pour détecter et mettre au jour ces manipulations […], mais ce n’est pas suffisant et nous devons aller plus loin », a déclaré Josep Borrell lors d’un événement sur la question à Bruxelles.
Le chef de la diplomatie a également mis en garde contre une « nouvelle vague » de désinformation à travers des images, des vidéos et des sites web se faisant passer pour des médias. Il a comparé les acteurs actuels derrière la manipulation de l’information à Joseph Goebbels, qui avait été désigné chef de la propagande du parti nazi d’Adolf Hitler, à la différence que les acteurs actuels possèdent une capacité de diffusion plus importante en raison des réseaux sociaux et des services de messagerie.
« Nous devons comprendre comment ces campagnes de désinformation sont organisées […] pour identifier les acteurs de la manipulation », a ajouté M. Borrell.
L’idée est de disposer d’une plateforme décentralisée pour échanger des informations en temps réel avec les pays, les agences de cybersécurité et les ONG, afin de mieux comprendre les menaces et les récits de désinformation émergents et de réagir plus rapidement.
Cette initiative intervient alors que, près d’un an après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, l’UE s’efforce de lutter contre les tentatives russes de désinformation concernant la guerre.
La propagande soutenue par le Kremlin a notamment véhiculé un récit selon lequel les sanctions occidentales seraient responsables de la crise alimentaire mondiale et des perturbations de l’approvisionnement mondial en céréales et en engrais.
Depuis l’année dernière, l’Afrique et le Moyen-Orient sont particulièrement touchés par l’incapacité de l’Ukraine à expédier ses importantes récoltes de céréales depuis la mer Noire.
Les dirigeants de l’UE ont appelé à plusieurs reprises les pays africains à ne pas se laisser prendre au piège d’une campagne de propagande menée par la Russie, bien que, d’après les déclarations publiques des dirigeants régionaux, ces récits semblent toujours d’actualité.
Délégations et missions ciblées
Au-delà de la plateforme, M. Borrell a également annoncé qu’il prévoyait de renforcer les délégations de l’UE à l’étranger avec des experts en désinformation « afin que notre voix soit mieux entendue », dans « une bataille à long terme » qui « ne sera pas gagnée du jour au lendemain ».
« C’est l’une des batailles de notre temps et cette bataille doit être gagnée », a-t-il déclaré.
Les missions et opérations de l’UE sont de plus en plus souvent les « cibles » de la désinformation et de la manipulation de l’information par des acteurs étrangers, tandis que les délégations de l’UE « sont confrontées à un risque accru de devenir une cible de ces initiatives, avec des menaces pouvant mettre le personnel en danger », a expliqué un haut fonctionnaire de l’UE aux journalistes avant l’annonce.
L’un des exemples mentionnés par ce dernier est la mission de formation de l’Union en République centrafricaine, où des rapports selon lesquels des instructeurs de l’UE pourraient avoir fourni une formation aux forces locales contrôlées par le groupe mercenaire russe Wagner ont suscité des inquiétudes quant à l’influence déstabilisatrice accrue de Moscou dans la région.
Un autre exemple cité est celui de la mission d’État de droit de l’UE au Kosovo (EULEX), où les campagnes de désinformation contre la mission elle-même sont fréquentes, la Serbie et la Russie étant identifiées comme les principaux acteurs.
« Ce risque n’est pas seulement une question de réputation sur le web ou sur les réseaux sociaux, il est aussi question de menaces physiques — le personnel est ciblé individuellement, appelé “ennemis du peuple”, l’étape suivante, appelant à l’action, n’étant pas loin », a-t-il ajouté.
Un type de comportement
Dans un tout premier rapport, l’unité de désinformation de l’UE, la division Stratcom du SEAE, a noté que la plupart des manipulations d’informations par des puissances étrangères en 2022 étaient principalement axées sur des récits soutenant l’invasion de l’Ukraine par la Russie.
Selon les responsables de l’UE, cette nouvelle initiative vise à mieux comprendre les modèles de désinformation.
« Nous ne sommes pas là pour juger ce que les gens peuvent dire ou non, mais notre rôle est d’identifier ce que ces acteurs font, de suivre, de documenter et de dénoncer », a déclaré un haut fonctionnaire de l’UE aux journalistes avant la publication du rapport.
Le rapport a compilé, sur la base de 100 cas différents, des informations concernant les tactiques, techniques et procédés auxquels la Russie et la Chine recourent pour manipuler l’information.
Selon l’échantillon de données, les techniques utilisées sont principalement basées sur l’image et la vidéo, rendues disponibles en plusieurs langues et diffusées par un réseau dense d’acteurs.
Les contenus préjudiciables seraient souvent partagés au moyen de publications croisées entre plateformes, communautés et groupes, précise le rapport.
En outre, le rapport révèle que les canaux diplomatiques russes et chinois sont particulièrement impliqués, notamment par le biais de plateformes telles que Twitter, et que la désinformation et les autres manipulations de l’information apparaissant rarement dans une seule langue.
« Lorsqu’il s’agit de la Chine, il y a une certaine activité de reprise des récits, qui sont presque copiés par les acteurs chinois à partir de la stratégie russe », a déclaré un haut fonctionnaire de l’UE.
« Mais notre conclusion est qu’il n’y a pas de coordination spécifique, l’utilisation est plutôt opportuniste », a indiqué le fonctionnaire, ajoutant que les récits seraient souvent liés aux critiques de l’OTAN ou à l’existence d’armes biologiques.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]