L’UE plaide pour des liens renforcés avec le Golfe face au rapprochement Russie-Iran et la crise au Moyen-Orient
Selon le représentant spécial de l’UE pour la région du Golfe, Luigi Di Maio, le renforcement des liens avec la région du Golfe sera vital pour contrer le rapprochement Russie-Iran ainsi que pour faire face aux crises au Moyen-Orient.
Selon le représentant spécial de l’Union européenne (UE) pour la région du Golfe, Luigi Di Maio, le renforcement des liens avec la région du Golfe sera vital pour contrer le rapprochement Russie-Iran ainsi que pour faire face aux crises au Moyen-Orient.
« Nous ne regardons pas seulement la sécurité régionale dans le Golfe — mais il est certain que nos principales préoccupations communes sont la mer Rouge, Gaza, le Liban, ainsi que l’Iran et la manière dont il se comporte envers Israël [et la Russie] », explique Luigi Di Maio à la veille du premier sommet UE-Conseil de coopération des États arabes du Golfe de mercredi 16 octobre.
Au cours de cette rencontre, les Européens chercheront à resserrer les liens avec le Golfe dans les domaines du commerce, de l’énergie, de la sécurité régionale, des échanges interpersonnels (libéralisation des visas) et des relations entre les institutions.
Cette année, l’UE a mis en place quatre nouveaux formats de coopération, dont un dialogue structuré sur la sécurité au niveau des hauts fonctionnaires, un forum conjoint des ministres des Affaires étrangères sur la sécurité et la coopération régionales, une formation commune des diplomates et la toute première Chambre de commerce européenne.
Pourtant, les diplomates européens s’interrogent sur la capacité de l’Union à exercer une réelle influence dans la région.
Pour Luigi Di Maio, « il est très important de comprendre que ce sommet conjoint ne sort pas de nulle part à cause de la crise [au Moyen-Orient], mais qu’il a été planifié avant pour permettre la collaboration sur tout type de coopération multilatérale ».
« Le message principal est le sommet lui-même : nous avons besoin les uns des autres plus que par le passé pour faire face à ce nouvel ordre mondial », confie-t-il.
L’axe Moscou-Téhéran inquiète
Un rapprochement avec les pays du Golfe serait « précieux », en particulier en raison des liens étroits de la région avec Moscou. Cela pourrait notamment permettre d’« essayer de convaincre la Russie de respecter la souveraineté territoriale de l’Ukraine », argumente Luigi Di Maio.
« Nous avons une préoccupation commune concernant un acteur régional qui coopère avec la Russie contre l’Ukraine, à savoir l’Iran », poursuit-il.
Plus tôt dans la journée de lundi, l’UE a approuvé un paquet de sanctions à l’encontre de hauts fonctionnaires et d’entités iraniennes en réponse au transfert de missiles balistiques par Téhéran à la Russie.
« Nous avons été très clairs avec tous les acteurs de la région. L’Iran a coché toutes les cases de la liste des choses à ne pas faire en matière de coopération militaire : missiles balistiques, drones, agents, l’axe de résistance qui frappe nos navires en mer Rouge, statut flou de son programme nucléaire, attaque directe contre Israël et citoyens européens en prison », énumère Luigi Di Maio.
Le renforcement de l’axe Russie-Iran suscite également de plus en plus d’inquiétudes dans le Golfe en raison des armes fournies par Moscou aux rebelles houthis pro-Téhéran actifs en mer Rouge, qui restent en guerre contre l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis.
L’Iran devenant un partenaire stratégique de la Russie, il s’agit d’une question que les deux régions « doivent affronter ensemble », selon Luigi Di Maio, qui affirme également les relations étroites qu’entretiennent des pays du Golfe avec Téhéran sur certains aspects pourraient être utiles.
Gestion de crise
« Dans la région elle-même, nous ne devons pas craindre l’activisme d’autres acteurs géopolitiques, mais plutôt notre propre inactivité », explique Luigi Di Maio.
La récente stratégie de l’UE pour le Golfe, élaborée avant le début de la guerre lancée par la Russie en Ukraine en février 2022, visait à combler les lacunes observées ces dernières décennies.
Selon le représentant spécial de l’UE pour le Golfe, la récente alliance mondiale en faveur d’une solution à deux États à la guerre israélo-palestinienne est « un bon exemple » de la manière dont les initiatives conjointes peuvent fonctionner.
Ainsi, les discussions organisées conjointement par l’Arabie saoudite, l’UE, la Norvège et une série d’autres pays en marge de l’Assemblée générale des Nations unies le mois dernier ont permis d’explorer de nouvelles pistes de solutions pour une paix et une solution à deux États pour la Palestine et Israël.
« Cela montre qu’il existe de nombreuses initiatives que nous mettons en œuvre avec les pays du Golfe parce qu’ils veulent être et qu’ils parviennent à être essentiels pour la coopération multilatérale […] parce qu’ils mettent en œuvre un nouveau type de politique étrangère », souligne Luigi Di Maio.
« Nous saluons ces initiatives parce que les Émirats arabes unis participent aux accords d’Abraham avec le Royaume de Bahreïn ; le Qatar est crucial pour un cessez-le-feu, et ce n’est qu’avec eux que nous pourrons probablement avoir un jour un cessez-le-feu à Gaza ; et l’Arabie saoudite sera très, très importante pour la mise en œuvre de la solution à deux États », poursuit-il.
Interrogé sur les accusations selon lesquelles l’UE ferait deux poids deux mesures (sur l’Ukraine et Gaza notamment), Luigi Di Maio affirme que la seule manière d’aborder la question est « d’être crédible et de le dire chaque fois que quelque chose ne va pas ».
« Le principal problème que nous rencontrons est que nous, communauté internationale, sommes malheureusement arrivés un peu tard dans la crise [au Moyen-Orient] », déplore le représentant de l’UE.
« Nous parlons aujourd’hui du Liban, mais la résolution 1701 des Nations unies existe depuis des décennies et n’a pas été mise en œuvre ; il en va de même pour la solution à deux États, pour laquelle les accords d’Oslo existent depuis 1993 », explique-t-il.
Selon Luigi Di Maio, il faudrait donc envisager davantage le long terme.
« Nous ne devrions pas nous tromper à nouveau [en travaillant] sans impliquer les pays du Golfe, car c’est l’une des critiques qu’ils ont formulées au cours des dernières décennies », conclut-il.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]