L’UE prête à avancer sur son prêt basé sur les actifs russes malgré les réserves belges
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a laissé entendre mercredi 26 novembre que la Commission européenne était prête à présenter une proposition législative visant à utiliser jusqu’à 185 milliards d’euros d’actifs de la Banque centrale de Russie immobilisés dans l’UE pour financer un prêt pour l’Ukraine.
La Belgique continue pourtant de mettre en garde contre les risques juridiques, financiers et géopolitiques associés à ce prêt dit « de réparation ». Le dispositif s’appuierait principalement sur les actifs russes gelés et conservés chez Euroclear, une chambre de compensation établie à Bruxelles.
« La prochaine étape consiste pour la Commission à présenter le texte juridique », a expliqué la présidente de la Commission au Parlement européen à Strasbourg. « Pour être très claire, je ne vois aucun scénario dans lequel les contribuables européens seraient les seuls à payer la facture. Cela n’est pas acceptable non plus. »
Ces déclarations confirment que, malgré la présentation la semaine dernière d’un document décrivant trois options possibles de financement (prêt, subventions bilatérales et dette commune de l’UE), la présidente de la Commission privilégie largement le prêt basé sur les actifs gelés.
L’utilisation des actifs de la Banque centrale russe détenus en Belgique, qui ont été gelés peu après l’invasion totale de l’Ukraine en février 2022, reste « le moyen le plus efficace de soutenir la défense et l’économie de l’Ukraine », a affirmé Ursula von der Leyen peu avant la diffusion du document.
Le document cite également les subventions bilatérales des États membres de l’UE et la dette commune européenne comme méthodes alternatives pour combler l’énorme déficit budgétaire de Kiev, estimé à 65 milliards de dollars en 2026 et 2027.
Mardi 25 novembre, à Strasbourg, la Haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Kaja Kallas, a également réaffirmé que le prêt de réparation restait la voie privilégiée par Bruxelles. L’Estonienne a tempéré les craintes de la Belgique quant à d’éventuelles représailles juridiques de la part de la Russie, selon des personnes qui ont assisté à sa réunion avec le groupe du Parti populaire européen (PPE, centre-droit).
Les partisans du prêt, notamment l’Allemagne, la France et les États baltes, affirment qu’il s’agit d’une bouée de sauvetage essentielle pour Kiev à un moment où les budgets de l’UE sont mis à rude épreuve.
La Belgique a quant à elle refusé de soutenir ce projet à moins que les risques juridiques et financiers ne soient partagés et que d’autres capitales de l’UE n’exploitent les actifs souverains russes détenus dans leurs propres juridictions. Le Premier ministre belge, Bart De Wever, a également déclaré qu’il craignait des représailles de la part de Moscou et une éventuelle atteinte à la réputation d’Euroclear si les actifs russes étaient mobilisés.
Eddy Wax a contribué à la rédaction de cet article.