L’UE reformule sa proposition sur les relations Serbie-Kosovo, Pristina vise l’adhésion
L’Union européenne a remis une version actualisée de sa proposition de normalisation des relations entre le Kosovo et la Serbie aux deux pays des Balkans occidentaux, avec un calendrier et un aperçu des mesures.
L’Union européenne a remis une version actualisée de sa proposition de normalisation des relations entre le Kosovo et la Serbie aux deux pays des Balkans occidentaux, avec un calendrier et un aperçu des mesures, selon nos informations.
Le projet de proposition actualisé a été reçu par les deux parties avant le début d’un sommet UE-Balkans occidentaux à Tirana. Un accord final devrait être conclu dans moins d’un an, a confié à EURACTIV un haut fonctionnaire de l’UE en marge du sommet mardi (6 décembre), sous couvert d’anonymat.
« Après avoir écouté les deux parties, nous avons reformulé la proposition, […] elle a été peaufinée », a expliqué le fonctionnaire.
La proposition contient une annexe « avec un calendrier d’actions clair indiquant quand et comment les choses doivent se passer », a-t-il ajouté.
« Il y a beaucoup de choses qui font [de cette proposition] un grand pas en avant par rapport à la situation actuelle […]. Ce n’est pas une reconnaissance totale […] mais c’est une normalisation complète des relations », a-t-il encore ajouté.
Le Kosovo a déclaré son indépendance de la Serbie en 2008, mais Belgrade a juré de ne jamais reconnaître le pays. Cinq États membres de l’UE, l’Espagne, la Slovaquie, Chypre, la Roumanie et la Grèce, mais aussi la Russie, ont également refusé de reconnaître officiellement l’indépendance du Kosovo.
Interrogé sur le calendrier de la mise en œuvre potentielle de l’accord, le fonctionnaire européen a déclaré que, bien que cela dépende « de la volonté des parties », il s’attend à des résultats dans « beaucoup moins d’un an ».
À son arrivée au sommet UE-Balkans occidentaux à Tirana, le chef de la diplomatie de l’UE, Josep Borrell, a confirmé aux journalistes que les deux parties avaient reçu la version actualisée de la proposition et qu’il s’attendait à des « discussions sérieuses ».
La Serbie et le Kosovo se sont engagés en 2013 dans un dialogue facilité par l’UE pour résoudre les questions en suspens, mais peu de progrès ont été réalisés jusqu’à présent. Parvenir à un accord avec Pristina et normaliser les relations reste l’une des principales conditions préalables à l’adhésion de la Serbie à l’Union européenne.
Le nouveau texte de la proposition était en cours d’élaboration et a été temporairement suspendu en raison des tensions entre Belgrade et Pristina, qui se sont récemment exacerbées lorsque les autorités du Kosovo ont décidé d’imposer le remplacement des plaques d’immatriculation serbes dans les régions dominées par la minorité serbe par des plaques kosovares.
S’adressant aux journalistes en marge de la conférence de Tirana, M. Borrell a déclaré que l’accord sur les plaques d’immatriculation avait « créé un nouvel élan pour progresser vers la normalisation dans les mois à venir ».
En effet, le mois dernier, Belgrade et Pristina ont conclu un accord sous l’égide de l’UE afin de mettre un terme à ce dangereux différend, qui, selon les Occidentaux, aurait pu déclencher de nouvelles violences ethniques dans cette région encore instable.
À leur arrivée au sommet mardi, la présidente du Kosovo, Vjosa Osmani, et le président serbe, Aleksandar Vučić, ont tous deux déclaré qu’ils restaient attachés au dialogue facilité par l’UE. Ainsi, ils ont désamorcé les tensions dues à la joute verbale de la semaine dernière entre M. Vučić et le Premier ministre kosovar, Albin Kurti, qui les a poussés à menacer de boycotter le sommet de Tirana.
Le Kosovo va déposer une demande d’adhésion à l’UE
La présidente du Kosovo, Vjosa Osmani, a déclaré à son arrivée que Pristina soumettrait une demande d’adhésion à l’UE d’ici la fin de l’année, promettant de s’engager dans les pourparlers avec la Serbie, facilités par Bruxelles, pour résoudre les différends en suspens.
« Je vais l’annoncer aujourd’hui ici devant tous les dirigeants de l’UE : le Kosovo soumettra sa demande d’adhésion à l’UE d’ici la fin de l’année », a-t-elle affirmé devant les journalistes.
« Nous pensons que le dialogue mené par l’UE et pleinement soutenu par les États-Unis d’Amérique est le seul moyen de parvenir à un accord final centré sur la reconnaissance mutuelle », a-t-elle ajouté.
M. Vučić a également exprimé son engagement envers le dialogue avec le Kosovo facilité par l’UE.
« Mais en même temps, nous devons protéger nos intérêts conformément à la constitution », a-t-il expliqué à son arrivée, faisant référence au fait que la constitution de la Serbie considère que le Kosovo fait partie intégrante de la Serbie, ce qui exclut formellement toute reconnaissance par Belgrade.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]