L’UE souhaite renforcer la coopération « stratégique » avec les pays du Golfe

L’UE envisage de resserrer les liens avec le Conseil de coopération du Golfe sur les questions économiques et de sécurité régionale lors du premier sommet entre les deux parties qui se tiendra la semaine prochaine à Bruxelles.

EURACTIV.com
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Les dirigeants de l’UE devraient rencontrer leurs six homologues des pays du Golfe à Bruxelles le 16 octobre prochain, à l’occasion du premier sommet de haut niveau UE-CCG. [Consilium/Union européenne]

L’Union européenne (UE) envisage de resserrer les liens avec le Conseil de coopération du Golfe (CCG) sur les questions économiques et de sécurité régionale lors du premier sommet entre les deux parties qui se tiendra la semaine prochaine à Bruxelles.

Les dirigeants de l’UE devraient rencontrer leurs six homologues des pays du Golfe — Arabie saoudite, Bahreïn, Émirats arabes unis, Koweït, Oman et Qatar — à Bruxelles le 16 octobre prochain, à l’occasion du premier sommet de haut niveau UE-CCG.

Le CCG, dont le siège se trouve à Riyad, capitale de l’Arabie saoudite, est un organisme régional qui vise la coopération politique et économique entre les six États du Golfe.

« [L’une des priorités en termes de résultats de la rencontre UE-CCG] est un message politique selon lequel nous voulons rendre notre relation plus stratégique », a expliqué Charles Michel, président du Conseil européen à Euractiv.

La déclaration commune du sommet, un exercice d’équilibriste

La déclaration commune qui sera publiée à l’issue du sommet montrera si les deux parties ont réussi à surmonter le délicat exercice d’équilibre que constitue sa rédaction. Le texte a par ailleurs déjà été ajusté à plusieurs reprises ces dernières semaines.

Plusieurs diplomates de l’UE ont indiqué à Euractiv que la déclaration devrait couvrir un large éventail de questions de coopération sectorielle. Ils ne s’attendent donc pas à ce que la déclaration contienne des prises de position fermes.

La déclaration commune devrait refléter l’ambition des deux régions mais, en même temps, tempérer les attentes concernant une coopération de grande envergure sur les accords de libre-échange et la libéralisation des visas.

« Le commerce sera le thème le plus important, auquel s’ajouteront l’énergie et le climat, la connectivité, l’aide humanitaire, le dialogue sur la sécurité, les contacts entre les peuples et les droits humains », a expliqué un diplomate de l’UE.

« Un certain nombre d’États membres ont demandé des textes plus forts sur l’Ukraine et la dénonciation de la Russie ainsi que sur le contournement des sanctions, certains poussent pour des textes plus forts sur le genre et les droits de l’Homme », a indiqué un second diplomate européen.

Géopolitique

Les États membres de l’UE, longtemps habitués à considérer la coopération avec les États du Golfe à travers un prisme américain, se sont attelés ces dernières années à un rééquilibrage de leurs relations avec la région.

Au cours de l’année écoulée, et en particulier depuis le début de la guerre entre Israël et le Hamas, l’UE a cherché à renforcer ses liens avec les acteurs de la région.

Plus récemment, une nouvelle coalition internationale visant à trouver une solution à deux États à la guerre Israël-Palestine a gagné du terrain à la suite de pourparlers organisés par l’UE en marge de l’Assemblée générale des Nations unies.

D’après certains diplomates, Bruxelles pourrait explorer la portée de cette coopération lors de la rencontre UE-CCG la semaine prochaine, étant donné qu’il existe un large consensus sur la condamnation à la fois de l’incursion du Hamas le 7 octobre 2023 et de la guerre d’Israël contre Gaza, ainsi que sur la nécessité de désamorcer les tensions dans la région — compte tenu de la situation au Liban.

« Sur les sujets géopolitiques — le Moyen-Orient, la guerre de la Russie contre l’Ukraine, d’autres guerres et conflits comme en Afrique et au Soudan — nous voulons nous engager avec [le CCG] et les encourager à jouer un rôle plus important dans la défense d’un équilibre fondé sur des règles [et un soutien accru à la charte de l’ONU] », a expliqué Charles Michel.

Mais ce dernier point pourrait être difficile à faire entendre, estiment les diplomates de l’UE, alors que Bruxelles tente désespérément de se distancer des accusations de deux poids deux mesures dans ses réponses à la guerre en Ukraine et à celle à Gaza.

« Il n’est pas possible que nous parvenions à faire grand-chose lors de ce sommet, pas avec l’Ukraine et le Moyen-Orient élargi qui sont en feu simultanément », a déclaré un troisième diplomate de l’UE.

« Et il ne suffit pas de répéter que la Russie est un partenaire géopolitique peu fiable en raison de ses liens évidents avec l’Iran », ont-ils ajouté, faisant référence aux relations de plus en plus difficiles entre la région et Moscou.

L’axe Moscou-Téhéran a en effet suscité des inquiétudes dans le Golfe à propos des armes fournies par la Russie aux rebelles houthis pro-iraniens, qui sont toujours en guerre contre l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis.

Commerce

La Commission européenne estime qu’il est désormais plus facile de conclure des accords bilatéraux avec les différents pays de la région, indiquent des personnes au fait du sujet — les efforts visant à conclure un accord de région à région étant restés vains depuis le début des discussions en 1990.

Frustrés par l’absence de progrès dans ce domaine, les Émirats arabes unis ont fait pression sur Bruxelles pour qu’elle entame des négociations sur un pacte commercial distinct des pourparlers du CCG, rapportait Reuters en mars.

Dans le même temps, les Européens craignent que les négociations sur les accords commerciaux bilatéraux ne risquent de provoquer l’hostilité d’autres pays — tels que l’Arabie saoudite — qui préféreraient un accord de région à région.

L’ouverture de tels pourparlers bilatéraux nécessiterait un nouveau mandat de la part des États membres de l’UE, ce qui, selon les diplomates européens, pourrait prendre plusieurs mois.

Dans le même temps, les Émirats arabes unis entretiennent des liens étroits avec la Russie, ce qui a incité les pays occidentaux à faire pression sur le pays pour qu’il prenne des mesures contre les entreprises qui échappent aux sanctions occidentales à l’encontre de Moscou en passant par son territoire.

Toutefois, les clauses juridiquement contraignantes sur les droits humains, les normes environnementales et la formulation spécifique sur les marchés publics sont susceptibles de rester des points de friction de longue date si les négociations se poursuivent.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]