L’UE veut pousser Pékin à participer au financement de la lutte contre le changement climatique

À l’approche de la prochaine conférence mondiale sur le climat (COP29), l’Union européenne (UE) insiste pour que la Chine et les autres grands pays émetteurs paient une juste part du financement de la lutte contre le changement climatique.

Euractiv.com
La recherche d'un accord sur le futur cadre de financement de la lutte contre le changement climatique s'est avérée délicate, car les donateurs actuels souhaitent que les grands émetteurs, comme la Chine, participent à l'avenir. [[EPA-EFE/CHRISTOPHER NEUNDORF]]

À l’approche de la prochaine conférence mondiale sur le climat (COP29), l’Union européenne (UE) insiste pour que la Chine et les autres grands pays émetteurs paient une juste part du financement de la lutte contre le changement climatique et de l’adaptation à celui-ci.

Le financement de la lutte contre le changement climatique et des mesures nécessaires pour s’y adapter seront au cœur de la COP29, la conférence annuelle sur le climat qui se tiendra à Bakou, en Azerbaïdjan, au mois de novembre. Les pays les plus riches du globe sont actuellement censés transférer chaque année 100 milliards de dollars d’aide aux pays ayant les plus faible revenus. Ce dispositif devrait désormais être remplacé par un nouveau cadre à partir de 2025.

La question est au cœur de la politique climatique mondiale. Les pays à plus faible revenu affirment qu’ils doivent être soutenus dans leurs efforts de décarbonation et d’adaptation au changement climatique, d’autant plus que les pays les plus riches sont responsables de la majeure partie des émissions.

Un nouveau Fonds « pertes et dommages » avait été convenu lors de négociations mondiales en 2022. Il s’agit du principal mécanisme pour aider les pays à faible revenu à faire face aux impacts liés au changement climatique.

Au milieu de ce débat, la Chine se trouve dans une position délicate.

L’UE, le plus grand contributeur au financement de la lutte contre le changement climatique, exhorte depuis longtemps Pékin à participer à ce financement au lieu de se réfugier derrière son statut de pays en développement, qui lui avait été attribué en 1992. Chaque fois que les Européens rencontrent les Chinois, le sujet est à l’ordre du jour.

Mi-août, les gouvernements des États membres de l’UE et la Commission européenne ont affirmé que les pays « dont les émissions de gaz à effet de serre et les capacités économiques sont élevées » devraient « se joindre à l’effort », dans un document soumis à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) par la présidence hongroise du Conseil de l’UE et la Commission européenne.

Les députés européens, qui prépareront une position du Parlement européen pour alimenter la position de négociation globale de l’UE, cherchent maintenant à faire monter la pression.

« Pour faire des progrès significatifs, le financement de la lutte contre le changement climatique doit être équitable et refléter l’équilibre économique et les responsabilités de toutes les grandes puissances mondiales », affirme l’eurodéputé socialiste espagnol Javi López (Socialistes et Démocrates européens), l’un des responsables de l’élaboration de la position du Parlement avant la COP29 de Bakou.

En plus de pousser à l’augmentation du nombre de donateurs, la résolution qu’il négocie avec d’autres législateurs rappelle que l’UE est de loin le plus grand contributeur, avec près de 30 milliards d’euros. L’eurodéputé espagnol indique que « la pleine opérationnalisation » du Fonds « pertes et dommages » devrait être « un point permanent » de l’ordre du jour à Bakou.

Les eurodéputés envisagent également de faire pression pour une « refonte des critères » utilisés pour déterminer les pays qui doivent faire des dons et ceux qui doivent recevoir des financements, a indiqué l’eurodéputé allemand Peter Liese, qui mène souvent le Parti populaire européen (PPE) de centre droit sur les questions climatiques.

La catégorisation initiale, qui remonte à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques de 1992, est désormais considérée comme obsolète, puisque de nouvelles puissances économiques ont émergé.

« La Chine, l’Arabie saoudite et d’autres pays émettent depuis longtemps plus d’émissions par habitant que l’Union européenne et sont également extrêmement puissants sur le plan financier », explique Peter Liese. Et d’ajouter que le PPE soutenait une mise à jour de la catégorisation.

Lena Schilling, eurodéputée autrichienne écologiste qui négocie la résolution de la COP29, déclare que « le monde de 1992 » est révolu depuis longtemps et que « des pays comme l’Arabie saoudite ou les Émirats arabes unis, mais aussi la Chine, ont à la fois des émissions élevées et la capacité de contribuer financièrement ».

La Chine est la deuxième économie mondiale et émet le plus de CO2 de tous les pays, alors que son statut officiel de pays en développement l’exempte de contribuer au financement de la lutte contre le changement climatique — un statut sur lequel insiste souvent le gouvernement chinois.

Le Canada et la Suisse, traditionnellement alliés à l’UE en matière d’action climatique, ont déjà fait des propositions concrètes pour inclure la Chine et d’autres grands pays émetteurs.

Berne suggère que les dix plus gros émetteurs dont le PIB par habitant est supérieur à 22 000 dollars, ajustés au pouvoir d’achat, soient tenus de contribuer au financement. Le Canada envisage pour sa part un seuil de 20 000 dollars.

« Nous n’avons pas encore pu examiner en détail les propositions canadienne et suisse, mais je pense personnellement qu’elles constituent un pas dans la bonne direction », affirme Peter Liese.

Les propositions étaient « une base sur laquelle les discussions peuvent être poursuivies », souligne Lena Schilling.

Mais d’abord, le Parlement européen doit trouver une position commune — un processus qui a été lancé fin juillet, après l’élection de Lena Schilling, Javi López et de leurs co-négociateurs, et qui se poursuivra lors d’une réunion des eurodéputés chargés des questions environnementales ce mercredi 4 septembre.

Le mandat de négociation officiel de l’UE sera ensuite adopté par les États membres. « Je pense que le Conseil est sur la bonne voie dans ce dossier », s’est réjoui Peter Liese.

[Édité par Anne-Sophie Gayet et Anna Martino]