L'UE veut s'attaquer aux menaces qui pèsent sur les câbles de données sous-marins
En réponse aux fuites du gazoduc Nord Stream, la Commission européenne s’est engagée, mercredi (5 octobre), à renforcer la protection des câbles internet sous-marins, grâce à un plan en cinq points visant à améliorer les infrastructures stratégiques.
En réponse aux fuites du gazoduc Nord Stream, la Commission européenne s’est engagée, mercredi (5 octobre), à renforcer la protection des câbles internet sous-marins, grâce à un plan en cinq points visant à améliorer les infrastructures stratégiques.
Le probable sabotage par la Russie des gazoducs de la mer Baltique a attiré l’attention de Bruxelles sur les vulnérabilités potentielles des infrastructures stratégiques de l’Europe.
La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a mis en avant les câbles sous-marins qui « relient les citoyens et les entreprises européens au monde » lors d’un débat en séance plénière, mercredi, au Parlement européen.
Les câbles de données sous-marins transnationaux représentent 99 % des communications numériques du monde et, à ce titre, sont essentiels au fonctionnement normal de l’économie mondiale. Des potentielles attaques pourraient entraîner des interruptions de communication ou l’interception de données confidentielles.
« Il est dans l’intérêt de tous les Européens de mieux protéger cette infrastructure stratégique », a ajouté Mme von der Leyen.
C’est pourquoi, dans le cadre du plan en cinq points de la Commission, Mme von der Leyen a déclaré que l’UE devait être mieux préparée. Il convient de soumettre les infrastructures européennes à des tests de résistance, d’identifier les points faibles et de préparer les réactions aux dysfonctionnements, a-t-elle déclaré.
La capacité de réaction à travers le mécanisme de protection civile doit être accrue pour aider les États membres à faire face à de tels dysfonctionnements, a-t-elle poursuivi, ajoutant que la surveillance satellitaire devrait être utilisée pour détecter les menaces potentielles, et la coopération avec l’OTAN renforcée.
Des réseaux vulnérables
Bien que les menaces potentielles et la vulnérabilité des câbles internet sous-marins ne soient en rien nouvelles, dans un contexte de guerre l’attention est accrue.
« Au cours des dix dernières années, la Russie a investi de manière significative dans sa capacité de recherche en eaux profondes ou dans la capacité de sabotage telle que nous la connaissons depuis trois ans », a déclaré le député libéral Bart Groothuis lors de la session plénière de mercredi à Strasbourg.
Les événements du Nord Stream coïncident également avec deux incidents récents dans l’Arctique norvégien. Au début de l’année, un câble de fibre optique sous-marin qui relie une station terrestre satellitaire de Svalbard au continent norvégien a été coupé.
Par ailleurs, à la fin de 2021, plus de quatre kilomètres de câbles ont disparu au large des côtes norvégiennes. Dans ces deux cas, comme cela s’est produit après les incidents liés aux gazoducs, les autorités ont déclaré qu’ils étaient sans doute causés par l’activité humaine et qu’aucun phénomène naturel ne pouvait en être responsable.
Bien que la Russie ait nié avec véhémence son implication dans le sabotage des gazoducs, des enquêtes ont été réclamées et lancées.
Recommandations
En outre, un rapport récent du Parlement européen a suggéré que si la vulnérabilité des infrastructures maritimes fait l’objet d’une plus grande attention en raison de l’activité navale russe depuis 2014 et de la guerre en Ukraine, « la gouvernance européenne de la protection et de la résilience des câbles est encore en retard et doit être améliorée ».
L’analyse publiée en juin 2022 conclut que des menaces sur la connectivité de l’UE par la Russie, la Chine ou d’autres États, ainsi que par des réseaux extrémistes ou criminels, sont à prévoir et que l’UE a une résilience croissante, « ce qui signifie que l’impact des dommages mineurs peut être bien géré ».
Toutefois, le rapport indique également que plusieurs sites vulnérables existent. Il formule donc plusieurs recommandations pour améliorer la protection, à commencer par la sensibilisation.
Les auteurs ont conseillé de créer au sein de la Commission un groupe de coordination de la résilience des câbles, composé de représentants de l’industrie du câble et des États membres, afin de partager les informations et de servir de mécanisme de gestion des incidents.
Le rapport remarque que des outils sophistiqués de surveillance de la surface marine existent déjà en ce qui concerne la technologie nécessaire pour améliorer la protection. Pourtant, aucune des agences concernées, comme Frontex, n’a le mandat de surveiller les activités de surface à proximité des câbles. La capacité de réparation des câbles endommagés doit également être améliorée, selon le rapport.
Alors que le président de la Commission a repris certaines des recommandations de ce rapport, l’eurodéputé Bart Groothuis a affirmé que le nouveau plan de protection des infrastructures stratégiques sous l’eau était « loin de répondre aux besoins ».
M. Groothuis a également indiqué que, dans les mois à venir, le Parlement européen proposerait d’autres idées, telles que l’installation de capteurs sous l’eau afin d’utiliser les données de l’industrie ou le renforcement de l’Agence pour la sécurité maritime à Lisbonne, qui relie les flottes des garde-côtes européens.