L’Ukraine tente de mobiliser l’ONU pour protéger ses centrales nucléaires

Alors que la Russie devrait comme chaque année viser les infrastructures énergétiques ukrainiennes à l'approche de l'hiver, Kiev négocie avec l'Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) pour installer des observateurs près de ses centrales nucléaires, afin de protéger l’approvisionnement électrique du pays.

EURACTIV.com
Fire breaks out in Zaporizhzhia nuclear power plant
Une capture d'écran d'une vidéo publiée par le président ukrainien Volodymyr Zelenskyy montre un incendie dans la centrale nucléaire de Zaporizhzhia à Zaporijjia, en Ukraine, le 11 août 2024. [Ukrainian Presidency / Handout/Anadolu via Getty Images]

Alors que la Russie devrait comme chaque année viser les infrastructures énergétiques ukrainiennes à l’approche de l’hiver, Kiev négocie avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) pour installer des observateurs près de ses centrales nucléaires, afin de protéger l’approvisionnement électrique du pays.

« Le nucléaire est à l’heure actuelle notre principale source d’énergie, et jusqu’à présent, c’est la seule que les Russes n’ont pas ciblée directement », explique à Euractiv Yuliia Kyian, directrice générale de la planification stratégique et de l’intégration européenne au sein du ministère ukrainien de l’Énergie.

Moscou pourrait cependant décider de cibler les sous-stations connectées aux centrales nucléaires, continue Yuliia Kyian, ce qui obligerait l’Ukraine a les arrêter.

Depuis février 2022, les forces russes ont pris pour cible à plusieurs reprises les installations énergétiques ukrainiennes. Des millions de civils ont subi des coupures d’électricité. En avril dernier, la centrale électrique de Trypillya, près de Kiev, avait été détruite.

La semaine dernière, le président Volodymyr Zelensky a estimé devant les Nations unies que la Russie prévoyait même des frappes sur les centrales nucléaires elles-mêmes, mettant en garde contre une éventuelle « catastrophe nucléaire ».

Les villes de Rivne et Khmelnytskyï sont considérées comme des zones à risque, tout comme la centrale de Pivdennoukrainsk. Celle de Zaporijjia est occupée par la Russie depuis 2022, et celle de Tchernobyl est à l’arrêt.

« Les Russes savent que nous dépendons du nucléaire et, puisqu’ils ne peuvent frapper directement les centrales nucléaires, ils ont décidé de cibler les infrastructures qui les entourent », explique encore Yuliia Kyian.

Le mois dernier, l’organe de surveillance nucléaire des Nations unies a mis en garde contre une détérioration significative de la sécurité de la centrale électrique de Zaporijjia, la plus grande d’Europe, avec ses six réacteurs.

Cette dernière a été occupée par les forces russes durant les premiers jours de la guerre et a été plusieurs fois visée par des attaques, dont les deux camps se rejettent la responsabilité.

Les lignes électriques autour de la centrale de Zaporijjia ont aussi été coupées à plusieurs reprises, entrainant le risque d’une panne électrique qui pourrait conduire un accident nucléaire.

« Notre priorité absolue est de protéger ces installations critiques et nous menons des négociations pour déployer de nouvelles missions de l’AIEA », continue Yuliia Kyian.

Le déploiement de ces missions « montrerait au monde que le bon fonctionnement de ces installations est un élément essentiel de la sûreté et de la sécurité nucléaires », ajoute-t-elle.

« Nous ne disposons pas d’une défense aérienne suffisante, nous ne pouvons donc nous priver d’aucune option pour protéger ces installations, y compris d’actions diplomatiques. »

Yuliia Kyian n’a pas précisé l’état d’avancement des négociations avec l’AIEA. Elle a toutefois indiqué que la question avait été soulevée auprès de plusieurs partenaires internationaux, dont l’Union européenne (UE).

La possibilité de telles missions a été confirmée par le directeur général de l’AIEA, Rafael Grossi, lors d’une réunion avec le président ukrainien le mois dernier.

[Édité par Anna Martino et Laurent Geslin]