Lutter contre la « fatigue » face aux sanctions contre la Russie
Également dans l'édition de mercredi : un avenir sombre se profile pour le SEAE
Vous lisez Rapporteur ce mercredi 23 septembre. Ici Bruno Waterfield à Bruxelles, en compagnie de Nicoletta Ionta.
À retenir :
🟢 Dombrovskis met en garde contre la « fatigue » face aux sanctions contre la Russie
🟢 Le service diplomatique de Kallas pourrait devenir un « squelette »
🟢 Macron exhorte Bruxelles à assouplir les normes de qualité des carburants
Sur le rond-point : Jouer au dieu du budget
L’édition d’aujourd’hui est sponsorisée par De Standaard.
Le quotidien flamand De Standaard, maintenant aussi en français
Du lundi au samedi, retrouvez une sélection de nos articles à ne pas manquer dans une édition numérique. Cette édition met l’accent sur la politique belge et internationale, l’économie, les opinions, le journalisme d’investigation et la culture. Abonnez-vous ici pour seulement 1 euro par semaine.
L’Europe, vue de Bruxelles
L’Europe doit résister à la « fatigue » croissante face aux sanctions contre la Russie et intensifier la pression économique, a averti Valdis Dombrovskis, après les efforts controversés menés par la France qui ont permis le retrait des oligarques Alicher Ousmanov et Mikhaïl Fridman de la liste noire de l’Union.
Les capitales nationales doivent « rester concentrées » et éviter d’affaiblir leur réponse, a déclaré le commissaire européen à l’Économie à mon collègue Thomas Moller-Nielsen après l’accord conclu mardi. « C’est exactement ce qu’attend la Russie. »
L’accord prolonge de trois ans les sanctions à l’encontre de personnes et d’entités proches de la Russie, tout en retirant Ousmanov et Fridman, tous deux sanctionnés depuis 2022, de la liste noire de l’Union. Il fait suite à plus d’une semaine de bras de fer diplomatique après la demande de Paris de retirer Ousmanov de la liste pour des raisons de « sécurité nationale ». Le Luxembourg militait depuis longtemps en faveur du retrait de Fridman de la liste.
Dombrovskis a reconnu « une certaine fatigue » après près de cinq ans de guerre, mais a déclaré que l’Union s’est engagée à soutenir l’Ukraine et à faire pression sur la Russie aussi longtemps que nécessaire. « Il est important de maintenir le cap. »
Des diplomates ont averti que cet accord crée un dangereux précédent en transformant les négociations sur les sanctions en un marchandage autour des intérêts nationaux. En juillet, la Grèce a retardé de plusieurs semaines l’adoption du 21e paquet de sanctions de l’UE tout en cherchant à obtenir une dérogation à l’interdiction d’exporter du gaz naturel liquéfié russe.
Interrogé sur la possibilité pour l’UE de mettre fin à l’exigence d’unanimité pour les sanctions, comme l’avaient précédemment évoqué l’Allemagne et Ursula von der Leyen, Dombrovskis a répondu que cette option n’est pas « envisageable dans l’immédiat ». Modifier les règles du traité nécessiterait en effet l’accord des 27 capitales.
Les pays baltes s’apprêtent à sanctionner les oligarques retirés de la liste noire
La Lettonie, l’Estonie et la Lituanie s’apprêtent à imposer des sanctions nationales à l’encontre d’Alicher Ousmanov et de Mikhaïl Fridman, après le retrait par l’UE des deux oligarques russes de sa liste noire.
Riga et Tallinn se sont abstenues lors du vote de l’UE mardi, tout comme la Belgique. Andrii Sybiha, ministre ukrainien des Affaires étrangères, a qualifié ces retraits de la liste noire « honteux et injustifiables » et a exhorté les autres capitales à imposer des sanctions nationales à l’encontre d’Ousmanov et de Fridman.
La France a quant à elle accepté d’étudier l’extension de sa force de dissuasion nucléaire à la Lettonie et s’est engagée à renforcer sa présence militaire dans ce pays. La Lettonie tiendra des élections le 3 octobre, et le Premier ministre Andris Kulbergs se bat pour conserver son avance dans les sondages. Lisez l’article complet.
Le SEAE, bientôt réduit à un « squelette »
Le Service européen pour l’action extérieure (SEAE), dirigé par la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas, devrait survivre à une réorganisation imminente. Les responsables préviennent toutefois qu’il pourrait être réduit à sa plus simple expression.
Le SEAE conservera la responsabilité des 145 délégations de l’UE à travers le monde, mais on ignore combien d’entre elles resteront dotées d’un effectif complet. Leur financement dépendra en partie de l’issue des négociations sur le budget de l’Union pour la période 2028-2034.
Un responsable impliqué dans les négociations budgétaires a indiqué que les relations extérieures, y compris le réseau de délégations du SEAE, figureraient parmi les premiers domaines touchés si les gouvernements décidaient de réduire les dépenses.
La plupart des fonctionnaires du SEAE concernés par la réorganisation devraient être réaffectés à d’autres services de la Commission européenne, selon un responsable de la Commission. « Le SEAE sera un squelette d’ici deux ans », a déclaré ce responsable à Rapporteur.
Des diplomates ont indiqué que les pressions exercées par l’Allemagne et d’autres pays de l’UE pour réduire les coûts administratifs sont à l’origine de ces coupes, et que les tensions avec Ursula von der Leyen au sujet du contrôle de la politique étrangère constituent un autre facteur. « Kallas ne s’est pas aidée non plus », a déclaré un diplomate, faisant référence à une série de gaffes, notamment la comparaison entre Israël et l’Afrique du Sud de l’époque de l’apartheid.
La menace de veto de l’Espagne sur l’élargissement
La menace de l’Espagne de bloquer l’élargissement de l’UE à moins que le catalan, le basque et le galicien n’obtiennent le statut de langues officielles n’a pas paralysé les négociations d’adhésion, a déclaré Thomas Byrne, ministre irlandais chargé des Affaires européennes.
Les capitales poursuivraient les négociations avec le Monténégro, l’Ukraine, la Moldavie et l’Albanie malgré les objections de Madrid, a-t-il ajouté. La question linguistique ne fait pour l’instant pas partie du programme de travail de l’UE pour le Monténégro.
L’octroi du statut officiel à ces trois langues nécessiterait l’unanimité, a ajouté Byrne. L’Espagne doit « engager un dialogue politique » avec les gouvernements qui expriment des inquiétudes et résoudre les difficultés juridiques soulevées par les juristes du Conseil de l’UE.
Voici trois nouveaux articles d’Euractiv :
- La Hongrie rejette le plan ukrainien sur les carburants et l’alliance régionale
- Peut-on encore qualifier d’« hybride » la stratégie de la Russie contre l’UE ?
- Les hommes sont prêts pour la contraception, mais l’industrie pharmaceutique ne l’est pas
Rond-point Schuman
LA VIE APRÈS MAGYAR : Des cendres du MCC Bruxelles, contraint de fermer ses portes après la victoire de Péter Magyar sur Viktor Orbán lors des élections hongroises d’avril dernier, un nouveau projet voit le jour.
Après la décision du gouvernement de Magyar de ne plus régler les factures de ce think tank conservateur radical le mois dernier, son directeur, Frank Furedi, a démissionné. Trois semaines plus tard, il revient avec la Freedom and Sovereignty Initiative Europe (FSI Europe). S’appuyant sur l’équipe politique principale du MCC Bruxelles, cette initiative est lancée aujourd’hui, avec une conférence prévue le 14 octobre.
Cette nouvelle structure a pour objectif « de plaider en faveur d’une Europe composée d’États-nations souverains, sûrs et dynamiques – et de soutenir le mouvement patriotique en lui apportant les idées, les arguments et la portée dont il a besoin pour l’emporter », a déclaré Furedi.
JOUER AU DIEU DU CFP : Envie de jouer au dieu du budget ? Le nouveau navigateur budgétaire de l’UE de la Fondation Bertelsmann vous permet de jouer avec le budget 2028-2034, de comparer les propositions et d’élaborer vos propres scénarios.
Alors qu’António Costa fait pression pour parvenir à un accord d’ici décembre, que la présidence irlandaise du Conseil s’inquiète au sujet de sa future « négo box » et que les capitales se disputent les fonds, chacun a désormais l’occasion de constater à quel point il est difficile de faire tenir les chiffres.
Les capitales
PARIS 🇫🇷
Emmanuel Macron a exhorté Bruxelles à assouplir temporairement les normes européennes de qualité des carburants afin de stimuler la production européenne de gazole et de kérosène, tout en mettant en garde contre une pénurie de pétrole imminente. Dans une lettre adressée à Ursula von der Leyen, le président français a indiqué que cette mesure pourrait augmenter la production des raffineries de 5 à 20 %. Il a également proposé d’augmenter la part autorisée de biocarburants dans le gazole B7 et de reporter l’application des règles de déclaration relatives au méthane. Lisez l’article complet.
– Stefano Porciello
BUDAPEST 🇭🇺
Le procureur général par intérim hongrois a demandé au Parlement de lever l’immunité du Premier ministre Péter Magyar et de deux anciens ministres dans le cadre d’enquêtes pénales distinctes. Magyar fait l’objet d’une accusation de vol liée à un incident survenu dans une boîte de nuit en 2024, qu’il qualifie de coup monté. Les anciens ministres Balázs Hankó et Miklós Seszták sont respectivement accusés de détournement de fonds et de corruption. Ces demandes constituent les premières mesures prises à l’encontre de hauts responsables du gouvernement de Viktor Orbán dans le cadre d’allégations de corruption.
– Christina Zhao
MADRID 🇪🇸
La Cour constitutionnelle espagnole a commencé à examiner les recours formés contre le refus de la Cour suprême d’appliquer une amnistie aux accusations de détournement de fonds liées au référendum sur l’indépendance de la Catalogne de 2017. Les juges ont laissé entendre qu’ils soutiennent l’application de l’amnistie à l’ancien ministre catalan Jordi Turull, mais n’ont pas encore rendu leur décision. Une décision en sa faveur pourrait renforcer les arguments en faveur du retour d’exil de l’ancien dirigeant catalan Carles Puigdemont, qui fait toujours l’objet d’un mandat d’arrêt.
– Inés Fernández-Pontes
VILNIUS 🇱🇹
Une nouvelle rotation de troupes américaines se dirige vers la Lituanie, a déclaré le président Gitanas Nausėda, alors que les pays baltes s’inquiètent de la présence militaire de Washington en Europe. Vilnius a fait valoir qu’un déploiement américain soutenu est essentiel pour dissuader la Russie. La Lituanie renforce également la protection de ses infrastructures critiques, notamment en prévoyant de renforcer les défenses contre les drones dans une sous-station électrique dont la construction est prévue près de la frontière russe.
– Charles Szumski
PODGORICA 🇲🇪
Une réunion de l’UE prévue mardi pour clore davantage de chapitres dans les négociations d’adhésion du Monténégro a été reportée sans explication, ce qui complique les efforts de Podgorica pour clore tous les chapitres restants d’ici la fin de l’année. La prochaine occasion pourrait être une réunion des ministres de l’UE le 13 octobre, bien qu’aucune nouvelle date n’ait été fixée. Par ailleurs, le Parlement votera jeudi sur la destitution éventuelle du président Andrija Mandić suite aux condoléances adressées à la famille du criminel de guerre Ratko Mladić.
– Bronwyn Jones
BRATISLAVA 🇸🇰
Robert Fico a appelé à la tenue d’un sommet des dirigeants de l’UE sur la crise pétrolière, accusant Bruxelles de laisser les capitales se débrouiller seules face à la flambée des prix des carburants. Alors que les prix à la pompe avoisinent les 2 € le litre, son gouvernement discutera aujourd’hui de mesures à prendre, notamment d’un éventuel accord avec Slovnaft, le principal raffineur slovaque. Les cours mondiaux du pétrole et des carburants ont augmenté dans le contexte du conflit au Moyen-Orient.
– Natália Silenská
SOFIA 🇧🇬
Les candidatures pour l’élection présidentielle bulgare du 25 octobre ont été clôturées mardi, le leader nationaliste Kostadin Kostadinov figurant parmi les derniers candidats à s’être présentés. La présidente sortante Iliyana Yotova est confrontée à la candidature de l’ancien Premier ministre par intérim Andrey Gyurov. L’Ukraine est devenue un sujet de division : Yotova s’oppose à l’adhésion de la Bulgarie à la « coalition des volontaires » franco-britannique, tandis que Gyurov a mis en avant la ligne pro-européenne du pays.
– Konstantin Karadjov
Editrices.teurs : Bruno Waterfield, Nicoletta Ionta, Christina Zhao, Sofia Mandilara, Charles Szumski
Contributeurs.trice : Sarantis Michalopoulos, Thomas Moller-Nielsen, Victoria Becker
Traductrice : Clara Vassent