M. Juncker demande une « restructuration douce » de la dette grecque

Jean-Claude Juncker, premier ministre luxembourgeois et président de l'Eurogroupe, a demandé hier (17 mai) une « restructuration douce » de la dette de la Grèce à condition que le pays puisse mettre en place des réformes profondes et une privatisation « qui dépasse l'imagination ».

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Jean-Claude Juncker, premier ministre luxembourgeois et président de l'Eurogroupe, a demandé hier (17 mai) une « restructuration douce » de la dette de la Grèce à condition que le pays puisse mettre en place des réformes profondes et une privatisation « qui dépasse l'imagination ».

M. Juncker a déclaré que le cas de la Grèce n'était « pas comparable » à celui de l'Irlande et du Portugal, les deux autres pays à avoir bénéficié d'un renflouement de la part de l'UE et du FMI.

Quelques heures seulement après avoir présidé une réunion de la zone euro qui a donné lieu à l'approbation d'un programme de prêt d'urgence sur trois ans d'une valeur de 78 milliards d'euros pour le Portugal, M. Juncker a admis qu'une grande partie de cette réunion ministérielle avait en fait été dédiée à la situation en Grèce.

M. Juncker s'est exprimé lors de l'inauguration d'un nouveau groupe de réflexion à Bruxelles, le Government of the Future Centre, dirigé par l'ancienne commissaire bulgare Meglena Kuneva. Ce groupe de réflexion a reçu le soutien d'Accenture, une société de conseil mondiale, du College of Europe et du Lisbon Council, un groupe de réflexion économique assorti d'un réseau politique.

Ecart de compétitivité

Le chef de l'Eurogroupe a affirmé être en désaccord avec ceux qui mettent la Grèce « dans le même panier » que l'Irlande et le Portugal. Il a argué que le principal problème de la Grèce était sa régression en termes de compétitivité.

L'Irlande, quant à elle, a été confrontée à une bulle immobilière et à une crise bancaire, alors que le Portugal a subi une stagnation prolongée de sa croissance, a-t-il expliqué.

M. Juncker a expliqué que depuis son arrivée dans la zone euro, l'écart de compétitivité de la Grèce s'était creusé de 20 %, tandis que dans le même temps, l'Allemagne avait augmenté sa compétitivité de 20 %.

« La Grèce ne respecte pas complètement le programme d'assainissement économique sur lequel nous nous étions mis d'accord lorsque nous avons mis à disposition des autorités grecques des garanties d'une valeur de 110 milliards d'euros. Par conséquent, la Grèce devra adopter, ces prochains jours, des mesures correctives supplémentaires pour lutter contre le déficit budgétaire qui continue de s'aggraver au lieu de diminuer », a-t-il déclaré.

M. Juncker a ajouté que la Grèce devrait adopter des mesures « de très grande ampleur » pour gérer son faible potentiel de croissance et que le pays devrait procéder à une privatisation « dans une mesure qui dépasse l'imagination, même l'imagination hellénique ».

La Grèce devrait rapidement privatiser les actifs de la sphère publique pour un montant de 50 milliards d'euros, ainsi que son héritage national, afin de ramener sa dette à un niveau viable sur le moyen et le long terme, a continué M. Juncker.

« Cette dette n'est absolument pas viable pour le moment », a-t-il souligné.

Si Athènes adopte toutes ces mesures, elle pourra bénéficier d'une « restructuration douce », ce qui signifie que les échéances de remboursement seraient revues.

Toutefois, l'idée de M. Juncker semble aller à l'encontre d'une récente déclaration de la chancelière allemande, Angela Merkel, qui excluait toute restructuration de la dette des pays frappés par la crise avant 2013.

« Deux choses dont je suis fier »

D'une manière plus générale, M. Juncker a déclaré que l'élargissement et l'euro étaient les projets les plus importants de l'UE, sans lesquels le continent et l'Union auraient été encore bien plus vulnérables.

« Nous avons réalisé deux choses dont je suis fier », a-t-il insisté. Grâce à l'élargissement de l'UE, des pays d'Europe de l'Est, dont beaucoup étaient « prédestinés à s'affronter » ont été ramené à la sécurité, a expliqué M. Juncker.

Concernant l'euro, il a cité des chiffres selon lesquels la monnaie unique avait réduit l'inflation à des niveaux jamais atteints par le Deutsche Mark. Sans l'euro, les monnaies nordiques auraient été sous-évaluées et vice-versa, ce qui augurerait des développements « pernicieux », a-t-il argué.

M. Juncker s'est également exprimé en faveur d'une gouvernance économique forte et de l'introduction « d'un minimum de droits sociaux européens ». L'Europe n'est pas un gouvernement, mais les règles de l'Union compensent l'absence d'un gouvernement de l'UE, a-t-il dit. Concernant l'absence de dimension sociale dans les politiques européennes, qu'il a déplorée, il a déclaré qu'il ne demandait pas des salaires égaux, mais un minimum de règles dans la sphère sociale.

Sans nommer de pays en particulier, M. Juncker a regretté le récent conflit sur les frontières entre la France et l'Italie et le projet danois de réinstaurer des contrôles visibles aux frontières.

« Je suis très contrarié de voir qu'aujourd'hui, sans aucun débat, et sans prendre en considération le point de vue d'autrui, certains pays réintroduisent des contrôles aux frontières », a-t-il déclaré.

M. Juncker s'est plaint du fait que les « problèmes nationaux » aient prédominé sur les affaires européennes dernièrement.

« Si vous avez le choix entre l'avenue nationale et l'avenue européenne, même dans le doute, vous devez choisir l'avenue de l'Europe, car les avenues nationales ne mènent nulle part », a-t-il dit.

A la recherche de nouveaux projets

M. Juncker s'est également rappelé du temps où l'UE avait des « projets et des institutions fortes ». Dans ce qui peut être considéré comme une allusion au fait que la Commission européenne semble souvent agir dans l'intérêt des plus grands Etats membres, il a ajouté : « L'Europe a besoin d'institutions qui se respectent et qui restent respectables ».

M. Juncker a affirmé que l'Europe avait besoin de définir de nouveaux projets, citant la lutte contre la faim comme une possibilité.

« Tant que 25 enfants mourront chaque jour de la mort la plus brutale, à savoir la faim, l'Europe ne sera pas un succès […] Nous devrions avoir comme grand projet européen d'éliminer la faim et la pauvreté de la surface de la Terre. Ce devrait être un projet européen. L'Europe devrait parler aux autres, car les autres observent l'Europe », a-t-il déclaré.

Le chef de la zone euro s'est également dit triste de l'arrestation du responsable du FMI, Dominique Strauss-Kahn. Il a condamné les déclarations des ministres allemands et belges qui ont déjà demandé que le prochain chef du FMI soit originaire d'un pays de l'UE.

« La question [de savoir qui devrait être le prochain responsable du FMI] est indécente. Laissons la justice faire son travail », a-t-il dit sans équivoque.

Georgi Gotev

Traduit de l'anglais par EURACTIV