La Hongrie se retrouve sans candidat à la présidence après le refus d'une légende des échecs

Judit Polgár, qui est devenue en 1991, à l'âge de 15 ans, la plus jeune grande maître du monde, estime ne pas avoir la force nécessaire pour « unir une nation divisée »

EURACTIV.com
Judit Polgár [Anna Pocaro/Variety via Getty Images]
BUDAPEST – La Hongrie se retrouve sans candidat pour remplacer Tamás Sulyok, destitué de ses fonctions de président, alors que la grande maîtresse d’échecs Judit Polgár a officiellement décliné la nomination du gouvernement.
Ce poste est vacant suite au départ forcé de Sulyok, nommé par l’ancien Premier ministre Viktor Orbán, dont le mandat a officiellement pris fin à minuit le 20 juillet, en vertu d’un amendement constitutionnel adopté par le parti Tisza, nouvellement au pouvoir.
La présidente de l’Assemblée nationale, Ágnes Forsthoffer, assure actuellement l’intérim à la présidence et gère les affaires de l’État jusqu’à l’élection d’un successeur permanent dans le délai de 30 jours prévu par la Constitution.

Le successeur de Sulyok n’exercera ses fonctions que pendant cinq ans au maximum, ou jusqu’à l’adoption de la nouvelle Constitution hongroise promise par le Premier ministre Péter Magyar.

Malgré la décision de Polgár de refuser cette nomination, des sources proches du parti Tisza ont indiqué à Euractiv que le gouvernement prévoit toujours de procéder à l’investiture d’un nouveau président le 20 août, jour de la fête nationale hongroise.
Un départ à contrecœur
Les tensions politiques se sont intensifiées samedi 18 juillet, lorsque Sulyok a annoncé avoir signé l’amendement constitutionnel qui scelle de fait son propre départ.
Dans une allocution vidéo, Sulyok a livré une critique cinglante de cette législation, la qualifiant d’« exemple historique grave et honteux d’abus de pouvoir politique » qui démantèle l’État démocratique hongrois post-1989 et prive la présidence de son rôle de contre-pouvoir indépendant.
Sulyok a expliqué qu’il ne dispose d’aucun outil juridique pour bloquer cette mesure, le président n’ayant pas le pouvoir de saisir la Cour constitutionnelle afin qu’elle procède à un examen de fond des amendements à la Constitution.
Dimanche 19 juillet, un groupe de seize personnalités hongroises issues des milieux scientifiques, culturels et sportifs a adressé une lettre ouverte à Forsthoffer, proposant que Polgár occupe ce poste.
« Une nation divisée »
Magyar a rapidement apporté son soutien à cette nomination sur Facebook, saluant les réalisations internationales de Polgár, son intégrité et sa position non partisane, qu’il juge particulièrement adaptées pour incarner l’unité nationale.
Cependant, Polgár a décliné cette offre plus tard dans la soirée de lundi, à l’issue d’un entretien en tête-à-tête avec Magyar, déclarant qu’elle ne se sent pas capable d’« unir une nation divisée ».
Polgár étant désormais hors course, des questions se posent à Budapest quant à d’éventuels candidats de remplacement. Parmi les noms les plus cités figure celui d’Andrea Rost, une chanteuse d’opéra de renommée mondiale qui siège actuellement au Parlement pour le parti Tisza. Le nom de Rost circule depuis longtemps comme celui d’une candidate potentielle, bien que le parti n’ait jamais officiellement confirmé ces rumeurs.
Dans le même temps, l’opposition a profité de cet échec pour lancer des attaques cinglantes contre le nouveau gouvernement, concentrant ses critiques sur les circonstances politiques du processus de sélection de Polgár plutôt que sur la légende des échecs elle-même. Les détracteurs ont accusé Magyar d’avoir agi de manière unilatérale et d’avoir contourné sa propre promesse de campagne, qui consistait à organiser une « consultation sociale » large et transparente avant de désigner un candidat.
Le directeur de la communication du Fidesz, Bertalan Havasi, est allé plus loin, qualifiant la situation politique d’« autocratie de la Tisza » où l’État de droit a cessé d’exister.
Havasi a affirmé que l’identité du candidat n’a absolument aucune importance dans le contexte constitutionnel actuel, qualifiant la mise en avant du nom de Polgár de « manœuvre de façade » destinée à détourner l’attention du public de la destitution inconstitutionnelle de Sulyok.
(cm, rh)