Malgré la baisse des contaminations en France, le Collectif Monkeypox appelle à ne pas « crier victoire trop vite »

L’épidémie de Monkeypox, apparue en mai dernier en Europe, semble peu à peu ralentir, selon les dernières déclarations du ministère de la Santé. Mais pour le Collectif Monkeypox, qui porte la voix des malades en France, la vigilance reste de mise.

Euractiv France
Monkeypox Vaccination in Los Angeles
Ailleurs sur la planète, la tendance est aussi à la baisse : 21% de cas en moins la semaine dernière dans le monde, selon Santé publique France. [<a href="https://www.epa.eu/photographers/etienne-laurent" target="_blank" rel="noopener">ETIENNE LAURENT/EPA</a>]

L’épidémie de Monkeypox, apparue en mai dernier en Europe, semble peu à peu ralentir, selon les dernières déclarations du ministère de la Santé. Mais pour le Collectif Monkeypox, qui porte la voix des malades en France, la vigilance reste de mise.

Joie au ministère de la Santé. Le professeur Jérôme Salomon annonce mardi (30 août), lors d’un point d’étape à la presse, un « ralentissement épidémique » du virus Monkeypox, ou variole du singe, en France.

« La prévention porte ses fruits », se félicite le directeur général de la Santé. « Les dernières données suggèrent qu’on a passé le pic de contamination », appuie Laëtitia Huiart, directrice scientifique de Santé publique France.

« C’est une bonne nouvelle, mais il ne faut pas crier victoire trop vite », prévient Sébastien, membre du Collectif Monkeypox crée il y a quelques jours, et qui rassemble les personnes qui ont, ou ont eu, le virus.

Contacté par EURACTIV, Sébastien ne cache pas sa déception : « On attendait un calendrier, un plan d’envergure, une vraie stratégie pour la suite. Là, on ne se projette pas vraiment. Ce point d’étape est assez décevant ».

Pour les associations comme Act Up, AIDES et le Collectif Monkeypox, il apparaît nécessaire d’accélérer la vaccination et de permettre à toutes les personnes à risque d’y avoir accès.

« L’Etat doit redoubler d’efforts pour éviter que le virus ne se propage. C’est dommage, on est passés à côté d’un véritable plan de vaccination », regrette le jeune homme, qui aurait aimé voir émerger une campagne de prévention et de sensibilisation.

140 000 doses au total

D’ici la fin de la semaine, 140 000 doses auront été livrées dans les 220 centres de vaccination répartis sur le territoire français qui proposent désormais des créneaux disponibles « à court terme », indique le ministère de la Santé.

L’offre vaccinale sera maintenue au moins jusqu’au début de l’année 2023 et tiendra compte de l’évolution de l’épidémie. L’ouverture de la vaccination à la population générale n’est pas à l’ordre du jour, précise encore le ministère.

Cependant, si la vaccination reste un « pilier stratégique », elle doit être combinée à des « efforts importants », rappelle le professeur Salomon.

En d’autres termes, l’adaptation des comportements individuels et collectifs, la prévention et l’isolation sont autant d’« outils efficaces » qui ont permis un ralentissement de l’épidémie.

Si le ministère de la Santé se montre plutôt optimiste face au virus, il faut « rester attentif » à son évolution, souligne le Pr Salomon et poursuivre les efforts afin de « tout faire pour réduire le nombre de personnes contaminées ».

D’autant que la période estivale présente quelques spécificités susceptibles de fausser une partie des résultats rappelle Mme Huiart. En ligne de mire, les retards de diagnostic et la modification des comportements.

« L’homophobie entrave la lutte contre l’épidémie »

Depuis le début de l’épidémie, le gouvernement a travaillé en étroite collaboration avec les associations LGBT de terrain. Le professeur Salomon a tenu à souligner la « mobilisation collective incroyable », avant de rappeler qu’il ne fallait pas stigmatiser les malades et la communauté gay.

« L’homophobie entrave la lutte contre l’épidémie. Certaines personnes ont de grandes difficultés à en parler à leur entourage. Cela amène parfois à des coming-out forcés », abonde Sébastien.

Avant d’ajouter : « Nous recevons beaucoup de remarques stigmatisantes sur la sexualité gay, il reste beaucoup à déconstruire ». Plus grave encore : « Ça empêche d’autres personnes de témoigner. Des personnes se taisent, on perd des témoignages précieux. »

« Il faut parler du virus et de la maladie sans tabou », soutient la directrice de Santé publique France.

Du côté de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), même son de cloche : « Il faut éviter la stigmatisation afin que les gens ne se cachent pas. C’est la plus grande menace », a déclaré le directeur de l’OMS pour l’Europe, le docteur Hans Henri Kluge lors d’un point presse plus tôt dans la journée.

Baisse des cas en Allemagne, Espagne, Portugal et Royaume-Uni

Ailleurs sur la planète, la tendance est aussi à la baisse : 21% de cas en moins la semaine dernière dans le monde, selon Santé publique France. L’OMS a également annoncé un recul de l’épidémie en Europe.

« Certains signes précurseurs encourageants, comme ceux observés en France, en Allemagne, au Portugal, en Espagne, au Royaume-Uni et dans d’autres pays, indiquent que l’épidémie pourrait ralentir », a déclaré le directeur de l’OMS pour l’Europe lors du point presse.

Tout comme en France, la vaccination seule n’a pas permis de faire reculer le nombre de contaminations, a précisé Dr Kluge. Une détection plus précoce du virus, l’isolement, la prévention mais aussi un travail approfondi sur le terrain avec les associations sont autant de facteurs qui ont permis le recul de l’épidémie.

A ce jour, plus de 22 000 cas de variole du singe ont été confirmés dans la région européenne, soit plus d’un tiers du total mondial.

« Pour progresser vers l’élimination dans notre région, nous devons intensifier nos efforts de toute urgence », a rappelé Dr Kluge.

Pour cela, l’OMS a publié cette semaine deux feuilles de route destinées aux gouvernements des pays européens afin de les aider à contrôler et éliminer la variole du singe.

« Nous sommes cependant convaincus que nous POURRONS éliminer la transmission interhumaine durable de la variole du singe dans la Région », a indiqué le Dr Kluge, avant de conclure que cela ne se ferait pas « sans la participation des communautés LGBT »

De leurs côtés, le Collectif Monkeypox, Act Up et AIDES sont attendus dans les prochains jours au ministère de la Santé pour participer à une réunion sur le virus.