Marine Le Pen se bat pour sa survie politique devant la cour d’appel de Paris
Marine Le Pen joue une bonne partie de son avenir politique alors que s’ouvre à Paris l’appel de son procès dans l’affaire des assistants du Parlement européen, et que son dauphin Jordan Bardella est au plus haut dans les sondages.
C’est avec onze autres prévenus que la cheffe du Rassemblement national (RN) d’extrême droite se présente aujourd’hui devant la Cour d’appel de Paris. En première instance, elle avait été condamnée à quatre ans de prison, dont deux fermes aménageables avec bracelet électronique, et à cinq ans d’inéligibilité avec exécution provisoire.
Quelques heures après sa condamnation en mars 2025, Marine Le Pen avait dénoncé une « décision politique », expliquant que des millions de citoyens français étaient « indignés » de voir que « des juges ont mis en place des pratiques que l’on croyait réservées aux régimes autoritaires ».
Reste que le soutien populaire massif que celle qui a été trois fois candidate à l’élection présidentielle semblait espérer n’est jamais arrivée. Quelques milliers de personnes seulement s’étaient déplacées quelques jours plus tard pour l’acclamer devant le dôme des Invalides, et son dauphin Jordan Bardella semble depuis avoir la préférence des sondages.
En novembre dernier, Marine Le Pen avait expliqué renoncer à la présidentielle si elle devait être condamnée, lors du verdict de la Cour d’appel attendu au début de l’été, et elle répète depuis que le président du RN pourrait gagner à sa place en 2027.
Durant tout l’automne, Jordan Bardella a pu mesurer sa popularité, lors de la tournée de dédicaces ayant suivi la sortie de son dernier livre, tandis que sa mentore était coincée par d’interminables débats budgétaires à l’Assemblée.
Les capacités du jeune député européen à mener la bataille de la présidentielle continuent cependant à être questionnées à l’intérieur d’un parti dont la structure reste toujours très pyramidale. Pour couper court à toute spéculation, consigne a donc été passée en interne de ne pas s’épancher dans les médias.
Quelle stratégie pour le procès ?
En expliquant de nouveau fin décembre que la justice avait prononcé sa « mort » électorale, Le Pen semblait vouloir poursuivre sa stratégie très politique, alors même que les juges avaient en première instance estimé que la défense de la cheffe du RN avait été construite « au mépris de la manifestation de la vérité ».
Marine Le Pen choisira-t-elle cette fois de contester les faits sur le fonds ? Plusieurs autres prévenus pourraient vouloir insister sur les règles « changeantes » de l’institution européenne, et donc sur la non-intentionnalité des délits qui leur sont reprochés.
Ce ne sera pas chose aisée. Marine Le Pen a été condamnée pour avoir embauché comme assistants européens son garde du corps, la secrétaire et le directeur de cabinet de son père, Jean-Marie. Mais surtout pour avoir, en tant que présidente du RN, organisé un « système destiné à constituer une véritable manne financière pour le parti ».
L’avenir politique de Marine Le Pen va tenir à la capacité de ses deux avocats à obtenir une levée de l’exécution provisoire de sa peine d’inéligibilité, en attendant que la Cour de cassation rende un verdict définitif, ou à réduire à deux ans la durée de son inéligibilité. De quoi lui permettre de se lancer dans la campagne de la présidentielle.
Dans le cas contraire, c’est une nouvelle époque qui s’ouvrira.