Mario Draghi promet une intervention de la BCE, mais sous conditions
La Banque centrale européenne a déçu les marchés hier (2 août) lorsqu'elle a annoncé qu'elle pourrait acheter des obligations italiennes et espagnoles, à la condition que les gouvernements de la zone euro décident de permettre au fonds de sauvetage de faire de même.
La Banque centrale européenne a déçu les marchés hier (2 août) lorsqu'elle a annoncé qu'elle pourrait acheter des obligations italiennes et espagnoles, à la condition que les gouvernements de la zone euro décident de permettre au fonds de sauvetage de faire de même.
Le président de la BCE, Mario Draghi, a indiqué que la banque n'interviendrait de toute façon pas avant septembre et qu'il faudrait que les pays en difficulté sur les marchés obligataires en fassent la demande tout en acceptant des conditions strictes et une certaine supervision.
Il a également indiqué que le président de la banque centrale allemande, Jens Weidmann, avait émis des réserves sur les achats d'obligations et que des efforts supplémentaires seraient nécessaires pour convaincre la Bundesbank avant le vote final sur les actions à mener.
Lors de la conférence de presse qui a suivi la réunion annuelle du Conseil des gouverneurs de la BCE, M. Draghi a déclaré que la banque envisagerait d'autres mesures non conventionnelles pour enrayer la crise de la dette.
Déception des marchés
« Le Conseil des gouverneurs, dans le cadre de son mandat de maintien de la stabilité des prix à moyen terme et dans le respect de son indépendance dans la définition de la politique monétaire, pourrait mener des opérations sur le marché ouvert d'une ampleur adéquate en vue d'atteindre son objectif », a déclaré M. Draghi après que la banque a maintenu les taux d'intérêt de la zone euro à un taux bas record (0,75 %).
Depuis 2010, la banque a déjà dépensé 210 milliards d'euros pour acheter des obligations dans le cadre de son programme pour les marchés de titres aujourd'hui en suspens, mais M. Draghi a affirmé que les efforts consentis seraient d'une nature différente à l'avenir, tant en termes d'ampleur que de conditionnalité.
Toute nouvelle action de la BCE dépendra de l'utilisation préalable du FESF et du MES par les gouvernements de la zone euro, a-t-il précisé.
« Les gouvernements doivent se tenir prêts à activer le MES/FESF sur le marché obligataire en cas de circonstances exceptionnelles sur les marchés financiers et de risques pour la stabilité financière », a-t-il expliqué.
Les marchés financiers ont été déçus par la nouvelle. Certains investisseurs avaient en effet interprété les propos de M. Draghi la semaine dernière comme un signe annonciateur d'une action imminente et non de mesures conditionnelles qui devront en plus attendre.
Les titres asiatiques et l'euro ont chuté ce vendredi (3 août) en raison de l'absence de mesures immédiates tant en Europe qu'aux Etats-Unis où la Réserve fédérale a fait une annonce similaire.
M. Draghi subissait la pression des investisseurs, des dirigeants européens et même des Etats-Unis qui souhaitaient qu'il tienne sa promesse et qu'il fasse tout ce qui était en son pouvoir pour sauver l'euro en faisant baisser les coûts d'emprunt.
La semaine dernière à Londres, il avait affirmé que la BCE ferait tout son possible, dans le cadre de son mandat, pour protéger l'union monétaire de l'effondrement, ce qui avait apaisé les marchés de la dette.
D'autres pays, surtout les Etats-Unis, ont intensifié la pression sur la BCE, au motif que la crise de la zone euro commence à peser lourd sur la croissance mondiale.
La Réserve fédérale américaine a quant à elle déçu les espoirs de certains investisseurs mercredi (1er août) en ne prenant aucune nouvelle mesure immédiate pour raviver l'économie.
La Fed n'a offert aucun nouveau stimulus monétaire, bien qu'elle ait annoncé que de nouveaux achats d'obligations pourraient être envisagés pour contribuer à la relance de l'économie américaine qui s'est essoufflée cette année.
Réserves de la Bundesbank
Dans le même temps, la BCE a les mains liées par les règles européennes qui l'empêchent de financer les gouvernements. Elle a émis un avis juridique en mars 2011, excluant de permettre aux MES de profiter des fonds de la BCE pour accroître sa puissance de feu.
La BCE devra également trouver un moyen de convaincre l'Allemagne, la plus grande économie de la zone euro et son principal contributeur. La Bundesbank rappelle régulièrement à la BCE les dangers inflationnistes inhérents aux mesures non conventionnelles comme les achats d'obligation. Elle ne se gêne pas non plus pour lui rappeler ses limites.
M. Draghi a annoncé que tous les membres du Conseil des gouverneurs avaient approuvé la déclaration de jeudi, sauf un, le président de la Bundesbank, Jens Weidmann.
« La décision de faire tout ce qu'il faudra pour conserver la stabilité de l'euro a été unanime », a déclaré M. Draghi.
« Il est clair, ce n'est pas un secret, que la Bundesbank émet des réserves sur le programme d'achat d'obligations. L'idée à présent est de disposer d'une marche à suivre, la commission de la politique monétaire, la commission des risques et des marchés y travailleront, puis [nous] prendrons une décision finale et les votes seront comptés. »
Ces propos sous-entendent la possibilité qu'il ne tienne pas compte du vote de la Bundesbank si nécessaire.