Mario Monti appelle à l'unité politique et craint un effet domino
Hier (13 juin), le premier ministre italien, Mario Monti, a demandé aux décideurs politiques de son pays de soutenir ses mesures économiques difficiles pour éviter que Rome ne devienne la prochaine victime de la crise de la dette. Moody's a dégradé l'Espagne et Chypre et la panique se fait déjà sentir en Grèce en amont du vote de dimanche qui pourrait entraîner la sortie du pays de la zone euro.
Hier (13 juin), le premier ministre italien, Mario Monti, a demandé aux décideurs politiques de son pays de soutenir ses mesures économiques difficiles pour éviter que Rome ne devienne la prochaine victime de la crise de la dette. Moody's a dégradé l'Espagne et Chypre et la panique se fait déjà sentir en Grèce en amont du vote de dimanche qui pourrait entraîner la sortie du pays de la zone euro.
Mario Monti, dont la cote de popularité a chuté en raison de la hausse des impôts et de la récession, a déclaré au parlement italien à Rome : « Nous devrions profiter de ces nouvelles difficultés pour redoubler d'efforts sur le front européen, mais aussi en matière de politiques italiennes. »
Quatre jours après que l'UE a décidé de prêter 100 milliards d'euros à l'Espagne pour sauver ses banques, Moody's a dégradé la note de la dette souveraine espagnole de trois crans de A3 à Baa3. L'agence de notation de crédit a expliqué que ce plan de sauvetage pour les banques ne ferait qu'accroître la dette publique du pays. Elle a d'ailleurs annoncé qu'elle pourrait encore dégrader la note espagnole en raison des difficultés que rencontre Madrid pour emprunter sur les marchés et de la faiblesse de son économie.
La pression des marchés sur l'Espagne a fait grimper le rendement de ses obligations de référence à dix ans à 6,75 % à la clôture hier, un nouveau record pour un pays de la zone euro.
Moody's a également abaissé la note de la dette souveraine chypriote de deux crans, de Ba1 à Ba3, citant le risque croissant que la Grèce sorte de la zone euro et sa situation budgétaire déjà difficile.
Panique en Grèce
Dans le même temps, les Grecs retirent leur argent des banques et font des réserves de nourriture en prévision du résultat des élections qui aura à n'en pas douter des retombées bien au-delà d'Athènes et pourrait menacer la stabilité économique et monétaire de l'Europe.
Selon les banquiers, jusqu'à 800 millions d'euros seraient retirés des grandes banques chaque jour et d'après les détaillants, une partie de cet argent est utilisée pour acheter des pâtes alimentaires et des conserves. Nombreux sont ceux qui craignent un retour de la drachme en raison des bruits qui courent sur l'éventuelle victoire de Syriza, le parti de la gauche radicale.
Un sondage réalisé par Reuters a révélé que 35 des 59 économistes interrogés pensaient que l'Espagne suivrait le chemin de la Grèce, de l'Irlande et du Portugal et demanderait donc un véritable renflouement dans les 12 mois à venir.
Cependant, 37 d'entre eux sont persuadés que la zone euro survivra pendant encore au moins un an sous sa forme actuelle, mais que son économie sera plus que faible étant donnés les obstacles auxquels sont confrontés les dirigeants européens s'agissant d'enrayer la crise de la dette souveraine qui fait des ravages depuis deux ans.
« Il ne s'agit pas de savoir si la crise empirera avant que la situation ne s'apaise, mais plutôt si elle devra empirer avant de s'améliorer », a expliqué Richard McGuire, stratège senior à la Rabobank International à Londres.
Barack Obama discute avec Herman Van Rompuy
La Maison Blanche s'inquiète et craint que l'incapacité de l'Europe à revenir sur le chemin de la croissance n'empêche la réélection de Barack Obama en novembre prochain. Le président américain a donc appelé le président du Conseil, Herman Van Rompuy, pour discuter de la crise financière, a affirmé un porte-parole à Bruxelles.
Le secrétaire américain au Trésor, Timothy Geithner, a ensuite déclaré que les dirigeants européens étaient toujours aussi déterminés à sauver l'euro.
Le premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, a expliqué à Madrid que même si chaque pays devait prendre ses propres mesures pour assainir ses finances publiques et former son économie, seule une intégration européenne renforcée pourrait résoudre la crise.
« Cette situation se règlera en prenant les mesures qui s'imposent à l'échelle nationale, mais il faudra aussi bien plus d'Europe et d'intégration », a-t-il déclaré. « Le plus urgent, c'est d'éclaircir la situation de la zone euro. »
L'Allemagne soutient Mario Monti
L'Allemagne a exhorté les Italiens à mettre en oeuvre les réformes économiques et budgétaires proposées par M. Monti pour éviter la catastrophe : « Si l'Italie continue à suivre M. Monti, les risques seront écartés », a déclaré le ministre allemand des finances, Wolfgang Schäuble, lors d'un entretien accordé à La Stampa lorsque le journaliste lui a demandé si Rome serait la prochaine victime des marchés.
M. Monti a ensuite rencontré M. Schäuble à Berlin et lui a expliqué que l'Italie s'apprêtait à vendre des biens publics, mais qu'elle n'avait pas besoin d'un nouveau programme d'austérité pour atteindre ses objectifs budgétaires.
En réponse à ceux qui, à Rome et dans les autres capitales, s'inquiètent des appels de l'Allemagne pour une harmonisation des budgets des pays de la zone euro, M. Monti, ancien commissaire européen, a déclaré qu'il était préférable de « partager de la souveraineté » au sein d'une union plutôt que de devoir se soumettre aux décisions des grandes puissances.
La troisième économie de la zone euro a émis des bons du Trésor à un taux de 4 % mercredi, un record sur les six mois, en raison des doutes exprimés quant à sa capacité à rembourser sa dette.
La dette publique de l'Italie (1900 milliards d'euros) équivaut à 120 % de son PIB, ce qui la place juste derrière la Grèce en termes de rapport dette/PIB. Il y a un mois, les obligations italiennes à un an n'étaient émises qu'à un taux de 2,34 %.
Peu d'indices sur l'issue du sommet
Les dirigeants européens prévoient d'appeler à une intégration bancaire et budgétaire renforcée et de renforcer la gouvernance de la zone euro lors du sommet de ce mois-ci, mais les projets de conclusions obtenus par Reuters restent vagues.
« Les récents événements ont prouvé la nécessité de renforcer l'union économique et monétaire », peut-on lire dans ces ébauches qui devraient faire l'objet d'un débat entre les ambassadeurs européens aujourd'hui (14 juin).
« Cette nouvelle étape se fondera sur le renforcement de l’intégration et de la coordination politiques. Des pièces maîtresses spécifiques en faveur d'une intégration budgétaire et bancaire renforcée étayée par une gouvernance renforcée de la zone euro seront nécessaires. »
Selon ce document, les dirigeants des 17 pays de la zone euro participeront à une autre réunion juste après le sommet des Vingt-Sept afin d'élaborer un calendrier pour ces réformes.