Mario Monti révèle sa stratégie, la France et l’Espagne sont sous pression

Le nouveau gouvernement italien a annoncé des réformes radicales pour enrayer la crise de la dette qui, hier (17 novembre), a entraîné la hausse des coûts d’emprunt de la France et de l’Espagne, et a fait descendre des dizaines de milliers de Grecs dans les rues d’Athènes. EURACTIV Italie, Grèce et France ont participé à cet article.

EURACTIV.com
Monti at the Italian senate.jpg
Monti at the Italian senate.jpg

Le nouveau gouvernement italien a annoncé des réformes radicales pour enrayer la crise de la dette qui, hier (17 novembre), a entraîné la hausse des coûts d’emprunt de la France et de l’Espagne, et a fait descendre des dizaines de milliers de Grecs dans les rues d’Athènes. EURACTIV Italie, Grèce et France ont participé à cet article.

Le nouveau premier ministre italien, Mario Monti, a obtenu la confiance du sénat lors d'un vote où il a présenté un programme ambitieux pour stimuler la croissance italienne et sortir le pays de la crise. Il a invité les législateurs à prendre leurs responsabilités et à œuvrer en faveur de l'unité nationale.

« Nous ne pourrons contribuer aux réformes de l'Europe que si nous ne sommes pas perçus comme le maillon faible de l'UE », a déclaré M. Monti, qui est devenu mercredi le chef d'un gouvernement composé d'experts, suite à la démission de M. Berlusconi la semaine dernière.

Alors que l'instabilité financière internationale menace la monnaie unique, l'ancien commissaire européen Mario Monti a déclaré que son gouvernement se pencherait sur des mesures concernant le marché du travail et le système des retraites, et visant à lutter contre la fraude fiscale et encourager la croissance des entreprises. Mais il a également exhorté l'UE à prendre conscience des retombées éventuelles si l'Italie devrait être livrée à son propre sort.

« L'avenir de l'euro dépend de ce que l'Italie décidera dans les prochaines semaines. Pas seulement, mais en partie », a affirmé M. Mont, prévenant que l'échec de la monnaie commune serait un coup dur pour l'UE et ses institutions, et replacerait l'Union dans « la même situation que dans les années 1950 ».

M. Monti a également annoncé que les Italiens devraient faire des sacrifices dans les mois à venir, mais que ces sacrifices seraient justes et répartis équitablement. Ces mesures impliqueraient une révision des avantages sociaux, avec la modification du système des retraites et du système fiscal.

« Nous devons nous concentrer sur trois piliers : la rigueur budgétaire, la croissance économique et l'équité sociale », a expliqué M. Monti.

Il doit à présent remporter le vote de confiance à la chambre des députés, la chambre basse, aujourd'hui, ce qui ne devrait pas poser problème.

Des manifestations de masse à Athènes

Dans la capitale grecque, au moins 50 000 personnes ont défilé au rythme des tambours, devant les devantures fermées des magasins, en brandissant des drapeaux rouges et en scandant « l'UE, le FMI, dehors ! », alors que la police aspergeait de gaz lacrymogène des jeunes vêtus de noir.

Les écoles, les universités et de nombreux commerces sont restés fermés toute la journée, et le réseau des transports en commun était très perturbé.

Les manifestations ont débuté au lendemain de l'entrée en fonction du nouveau gouvernement d'unité nationale dirigé par Lucas Papademos, chargé d'imposer à sa population des sacrifices encore plus importants. Il s'agit du premier test public pour la coalition hétéroclite composée de trois partis et menée par le premier ministre technocrate Lucas Papademos. Ce dernier doit assumer la tâche herculéenne de maintenir sa coalition unie pour mettre en place les réformes nécessaires dans le cadre du plan de sauvetage de 130 milliards d'euros destiné à éviter un défaut de paiement au pays.

Les regards se tournent vers l'Espagne et la France

Dans le même temps, la France et l'Espagne, dont les coûts d'emprunt ont atteint leur plus haut niveau depuis 1997, sont dans la ligne de mire des investisseurs.

L'Espagne a émis près de 3,6 milliards d'euros d'obligations à 10 ans hier, mais elle a dû accepter un taux de 6,9 %, bien supérieur aux rendement de 5,4 % de l'émission d'octobre dernier.

Les rendements supérieurs à 6 % étant considérés comme insoutenables, l'euro a réagi en conséquence et a chuté. La France a été traitée un peu moins sévèrement, avec un taux de 2,8 % pour des obligations arrivant à échéance en juillet 2016, une augmentation par rapport au taux précédent de 2,3 %. Le spread entre les rendements obligataires à 10 ans français et allemand, utilisé comme un indicateur de la confiance des marchés, a augmenté de plus de 2 points de pourcentage. Il s'agit de plus grand écart depuis la création de l'euro il y a plus de 10 ans.

L'intervention de la Banque centrale européenne a apaisé la situation, mais les marchés craignent de plus en plus de voir la deuxième économie de la zone euro entrer à son tour dans une période de troubles.

M. Monti s'est entretenu hier avec le président français, Nicolas Sarkozy, et la chancelière allemande, Angela Merkel. Dans une déclaration commune, les trois leaders ont fait part de leur volonté d'accélérer les réformes.

Les coûts d'emprunt de l'Italie ayant atteint un niveau insoutenable, Mario Monti devra agir rapidement pour calmer les marchés financiers, dans la mesure où l'Italie doit refinancer 200 milliards d'euros d'obligations d'ici fin avril.

L'Irlande, qui a été renflouée et a été félicitée pour son plan d'austérité, devra également mettre les bouchées doubles. Selon des documents consultés par Reuters, Dublin devrait augmenter son taux maximum de taxe sur les ventes de 2 points de pourcentage dans son prochain budget mensuel.

Une plus grande intervention de la BCE est nécessaire

L'ampleur des plans d'austérité en Grèce, en Italie, en Espagne, en Irlande et en France n'aura probablement pas d'effet positif sur les marchés s'ils ne sont pas accompagnés de mesures substantielles à court terme, notamment via une intervention de la Banque centrale européenne.

Nombreux sont les analystes qui pensent que le seul moyen d'éviter la contagion, pour le moment, serait l'achat de grandes quantités d'obligations par la BCE, la forme d'« assouplissement quantitatif » adoptée par les banques centrales américaine et britannique.

La France et l'Allemagne ont débattu de l'éventualité d'une intervention plus marquée de la BCE pour contenir la crise de la zone euro, dans la mesure où les achats d'obligations limités ne sont pas parvenus à apaiser les marchés.