Maroš Šef?ovi? a passé haut la main son audition au Parlement européen

Le Slovaque Maroš Šef?ovi?, le commissaire désigné pour l'Union de l'énergie, a défendu avec brio sa candidature pour le poste. Un article d’EURACTIV Slovaquie. 

Martina Dupáková
Maroš Šef?ovi? [Parlement européen]
Maroš Šef?ovi? [Parlement européen]

Le Slovaque Maroš Šef?ovi?, le commissaire désigné pour l’Union de l’énergie, a défendu avec brio sa candidature pour le poste. Un article d’EURACTIV Slovaquie. 

Maroš Šef?ovi? sera responsable de la coordination du travail de plusieurs commissaires à l’énergie, à l’action pour le climat et au transport au sein de la nouvelle Commission. Il sera de plus en charge de la mise en œuvre de l’Union de l’énergie entre les 28 États membres.

Le candidat slovaque a été auditionné par deux commissions parlementaires, celle de l’Industrie, de la recherche et de l’énergie (ITRE) et celle de l’environnement, de santé publique et de sécurité alimentaire (ENVI).

Actuel vice-président de la Commission responsable des affaires interinstitutionnelles, le Slovaque a su se construire une excellente réputation au sein du Parlement européen. Pendant son dernier mandat, il s’est concentré notamment sur l’accord-cadre, un document orchestrant les relations entre la Commission, le Parlement européen et le Conseil. Ancien diplomate, Maroš Šef?ovi? est affilié au Parti socialiste européen.

Redistribution des cartes 

Celui-ci était à l’origine nommé au portefeuille du Transport. Mais suite au rejet du Parlement européen de la candidate slovène Alenka Bratušek, Jean-Claude Juncker, le nouveau président de la Commission européenne, a été contraint de remanier son équipe. Ce sera la Slovène Violeta Bulc qui héritera finalement de ce portefeuille. À la place, Maroš Šef?ovi? a récupéré le portefeuille de l’Union de l’énergie.

Dans son discours d’ouverture, le Slovaque a décrit les missions qui lui ont été assignées en anglais, en slovaque et en français. Même s’il a eu seulement que quatre jours pour se préparer, le candidat a su présenter clairement une vision structurée autour de six piliers.

Le futur de l’Union de l’énergie, a-t-il avancé, devrait passer par une sécurisation de l’approvisionnement, par une solidarité entre les États membres, par l’intégration à des marchés nationaux de l’énergie, par la réduction de la demande énergétique européenne, par la décarbonisation du mix énergétique et enfin par l’augmentation des investissements dans la recherche et le développement.

>> Lire : Robert Durdilly : sécurité énergétique et compétitivité sont les nouveaux dogmes de la Commission

La politique énergétique devra aussi être un outil à la fois innovant et plus sûr dans le cadre des négociations avec les pays tiers, tels que la Russie, a continué le Slovaque.

Une position clarifiée face à la Russie de Poutine

Plusieurs eurodéputés ont exprimé leurs inquiétudes quant à la position plutôt timorée du Slovaque face à Moscou. Il est vrai que Maroš Šef?ovi? a étudié à l’Université de Moscou et a été nommé par le premier ministre slovaque Róbert Fico, qui s’oppose au durcissement des sanctions à l’encontre de la Russie dans le cadre de la crise ukrainienne.

Mais le futur commissaire a rassuré son audience. Celui-ci a ainsi annoncé qu’il concentrerait son action sur la réduction de la dépendance européenne vis-à-vis du gaz russe. Par ailleurs, il a confirmé son soutien au projet gazier qui relierait l’Europe à d’autres pays producteurs gaziers, tels que l’Azerbaïdjan, le Turkménistan et d’autres encore.

« Soutenir le projet South Stream aura pour conséquence d’augmenter notre dépendance vis-à-vis de la Russie. Nous devrions plutôt soutenir le projet du corridor gazier sud-européen, qui nous connecterait avec la mer Caspienne », a-t-il suggéré.

En vue d’assurer la sécurité d’approvisionnement, le candidat slovaque a indiqué qu’il comptait œuvrer à la diversification des sources d’approvisionnement, mais aussi à une densification de l’interconnexion des réseaux énergétiques européens.

Les énergies renouvelables à l’honneur

Dans ce contexte, Maroš Šef?ovi? considère les énergies renouvelables comme cruciales en vue de garantir la sécurité de l’approvisionnement énergétique en Europe.

« D’un point de vue technologique, nous sommes les meilleurs [dans le domaine des énergies renouvelables] et personne ne peut venir nous disputer cette position. Ceci étant dit, nous devons augmenter la part des renouvelables dans le mix énergétique », a-t-il souligné. Le futur commissaire slovaque a également reconnu qu’il s’agissait là d’une compétence des États membres.

Maroš Šef?ovi? a par ailleurs admis que l’objectif relatif à la part des renouvelables fixé à 27 % du paquet climat-énergie 2030 était indicatif. Selon lui, les États membres pourraient aller au-delà de cette limite. Il a simplement précisé que de l’avis de la Commission, le chiffre de 27 % est le niveau le meilleur d’un point de vue rapport coût-efficacité.

Les politiques et les industries vertes devraient se compléter et non s’exclure mutuellement, a-t-il insisté.

>> Lire : Quelle intégration des énergies renouvelables dans le mix énergétique ?

Efficacité énergétique et écoconception

Jusqu’à 46 % de l’intégralité de l’énergie est consommée annuellement dans le chauffage et la climatisation des bâtiments en Europe. Dans ce contexte, Maroš Šef?ovi? a également mis en avant l’importance de l’efficacité énergétique, qui est fixé à 30 % dans le cadre du nouveau paquet climat-énergie 2030. Or la plupart des États membres ne sont pas favorables à un objectif contraignant dans le cadre de l’efficacité énergétique.

>> Lire : Les députés adoptent la transition énergétique à la française

En plus de l’efficacité énergétique dans les bâtiments, Maroš Šef?ovi? veut également concentrer son action sur l’écoconception des appareils. Mais là aussi, de nombreuses voix se sont élevées contre de telles mesures qui sont vues par certains comme par trop bureaucratiques et inefficaces.

>> Lire : L’UE veut recycler 70 % des déchets à l’horizon 2030

Les négociations internationales sur le climat

Maroš Šef?ovi? veut jouer un rôle de premier plan lors des négociations qui se tiendront dans le cadre de l’accord mondial sur le climat.

Les chefs d’État et de gouvernement européens arrêteront cette semaine leur décision quant au paquet climat-énergie 2030. L’accord-cadre déterminera la position de l’UE pour les négociations qui auront lieu à Lima cette année et à Paris en 2015.

Le nouvel accord, qui prendra le relais du protocole de Kyoto, est possible, selon le futur commissaire slovaque.

Lutter contre la précarité énergétique

Plusieurs eurodéputés ont abordé les enjeux sociaux liés à l’explosion des prix de l’énergie. Bien que le niveau du prix de gros en Europe soit presque similaire à celui américain, la structure tarifaire de l’énergie pour les ménages ne reflète pas le coût de la production et de plus en plus de citoyens basculent dans la « précarité énergétique ».

En vue de combattre ce fléau, Maroš Šef?ovi? a proposé dans un premier temps de finaliser le marché intérieur de l’énergie, qui devrait contribuer à tirer les prix vers le bas, et dans un deuxième temps, de fournir une aide aux États membres afin de trouver les mécanismes les plus adaptés pour soutenir les classes sociales vulnérables. Pour ce faire, le Slovaque envisage le recours à des subventions directes, au plafonnement des prix ou encore au Fonds social européen.