Martin Schulz veut « relancer la démocratie européenne »
Martin Schulz, le président du Parlement européen, estime que la démocratie européenne est menacée. Lors d’un discours à Berlin la semaine dernière, il a fustigé les sommets de l’UE et présenté sa propre vision de l’avenir de l’Europe.
Martin Schulz, le président du Parlement européen, estime que la démocratie européenne est menacée. Lors d’un discours à Berlin la semaine dernière, il a fustigé les sommets de l’UE et présenté sa propre vision de l’avenir de l’Europe.
Alors que la presse se concentre sur une éventuelle sortie de la Grèce de la zone euro, Martin Schulz parle quant à lui d'une crise démocratique au sein de l'Union.
Lors d'un discours prononcé à l'université Humboldt à Berlin jeudi dernier (24 mai), il a affirmé que la démocratie européenne était confrontée à différents défis.
Tandis que les marchés financiers ébranlent l'Europe, il a vivement critiqué les dirigeants européens qui s'attachent à trouver des réponses à court terme, sommet après sommet, en passant outre les assemblées élues.
« Lorsque la crise a éclaté en Europe en 2008, les autorités exécutives ont tiré une conclusion qu'il est important de noter : les marchés avaient besoin d'un signal rapide et déterminé, les parlements n'avaient qu'à rester en retrait », a-t-il déclaré.
Pour contrer l'affaiblissement des autorités législatives, M. Schulz a appelé à un « renouveau de la démocratie européenne » dans le cadre des traités existants. De plus en plus de compétences sont transférées à Bruxelles et, selon M. Schulz, il est crucial que les institutions de l'Union européenne reflètent la distribution des pouvoirs dans les Etats membres.
« Il s'agit d'un réel déficit démocratique ! Avec une véritable compétence d'initiative du Parlement européen, nous pourrions corriger cela », a-t-il affirmé, faisant référence au droit des eurodéputés de directement proposer des lois, ce qu'ils ne peuvent pour l'instant pas faire.
D'après lui, il n'est pas nécessaire de modifier les traités et la Commission européenne devrait simplement s'engager à agir sur l'initiative du Parlement.
Selon EURACTIV Allemagne, l'Union doit rendre le processus de prise de décision plus transparent, afin qu'une véritable sphère publique européenne puisse émerger. Il a mentionné l'Accord commercial anti-contrefaçon (ACAC) qui a donné lieu à une pétition européenne signée par 2,5 millions de personnes réclamant le rejet du texte. M. Schulz a insisté sur le fait que ce type d'initiative stimulait un débat public ouvert et que le Parlement européen pouvait ainsi prendre la décision qui s'imposait.
Il a plaidé pour une culture renforcée des débats contradictoires au niveau européen. Il souhaite que le Parlement européen, largement considéré comme la « machine du consensus » devienne l'endroit où l'on se dispute pour garantir plus de visibilité aux politiques abordées.
Le président du Parlement a également appelé à plus de « clarté institutionnelle » à moyen terme : la Commission comme un gouvernement européen, le Parlement européen comme la première chambre et le Conseil comme la seconde chambre.
Il a précisé que sa vision ne ferait pas de l'UE des « Etats-Unis d'Europe ». Il a plutôt parlé de « souveraineté supranationale », l'accumulation des souverainetés nationales afin de trouver des options politiques pour des actions futures. Le ministre allemand des finances, Wolfgang Schäuble, a été encore plus loin lors de son discours de remerciement pour le prix Charlemagne, quand il s'est exprimé en faveur d'un président de la Commission européenne directement élu.
M. Schulz s'est exprimé au lendemain du sommet informel des dirigeants européens à Bruxelles. Le président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, a lui aussi participé à la réunion, mais M. Schulz a dû partir après l'entrée : « M. Draghi est invité, je ne le suis pas. Je ne pense donc pas que la représentation du peuple européen sera renforcée à long terme », a-t-il déclaré à la presse.
Peu après sa nomination au début de cette année, M. Schulz avait annoncé qu'il n'accepterait pas de jouer un rôle de figuration. Il souhaitait au contraire participer aux réunions des dirigeants européens, même s'il n'y était pas invité. Les chefs d'Etat et de gouvernement devraient discuter de différentes options pour renforcer l'intégration économique lors de leur sommet officiel fin juin.