Menacé d’exclusion du groupe CRE, un eurodéputé défend son voyage à Moscou
L’eurodéputé Fernand Kartheiser considère son récent voyage en Russie comme un « succès », alors que le groupe des Conservateurs et Réformistes européens (CRE) au Parlement européen s’apprête à voter sur son exclusion mercredi 4 juin.
Le voyage de l’eurodéputé Fernand Kartheiser en Russie la semaine dernière a agacé ses collègues au sein du groupe des Conservateurs et Réformistes européens (CRE) au Parlement européen, qui s’apprête à voter sur son exclusion mercredi 4 juin. De son côté, le Luxembourgeois considère son voyage comme un « succès ».
Alors que le dialogue entre l’Union européenne et la Russie est au point mort depuis le début de la guerre en Ukraine, l’eurodéputé luxembourgeois s’est rendu à Moscou la semaine dernière pour une visite de plusieurs jours. Il y a rencontré des proches du pouvoir russe, notamment Alexandre Grouchko, vice-ministre des Affaires étrangères, ainsi que le député Leonid Sloutski.
« Quelqu’un devait briser la glace, je pense, et ils ont apprécié cela », a-t-il expliqué à Euractiv dans son bureau de Bruxelles.
Ce déplacement, effectué sans mandat officiel européen ou luxembourgeois, est revendiqué par l’ancien diplomate comme une initiative personnelle « couronnée de succès ».
Il a précisé au quotidien L’Essentiel avoir entièrement financé le voyage sur ses fonds propres.
Un voyage controversé
Si Fernand Kartheiser qualifie l’invasion de l’Ukraine par la Russie d’« illégale », il reprend néanmoins plusieurs éléments de langage du Kremlin, de l’inefficacité des sanctions occidentales au prétendu désintérêt de Vladimir Poutine pour l’extension de la guerre à un pays membre de l’OTAN.
En se rendant à Moscou pour rencontrer des responsables politiques qu’il décrit comme « polis » et « extrêmement bien informés », l’eurodéputé a ignoré l’ultimatum lancé avant le voyage par le groupe CRE, dirigé par les Frères d’Italie de Giorgia Meloni et le parti polonais Droit et Justice (PiS).
Ce déplacement dans la capitale russe a en effet été perçu comme le dérapage de trop par le groupe CRE, après une série de prises de position jugées trop favorables au Kremlin. Depuis son élection au Parlement en juin dernier, Fernand Kartheiser a accordé des entretiens à un journal russe sanctionné, a défié la position pro-Ukraine de son groupe parlementaire et a rencontré des diplomates russes à Bruxelles.
Au Luxembourg, son parti, l’ADR, conteste fermement la décision d’exclusion imminente. Alexandra Schoos, présidente du parti, insiste toutefois sur l’absence d’irrégularité : « Un eurodéputé a voyagé dans un autre pays pour dialoguer. Ni plus, ni moins ».
De son côté, Fernand Kartheiser affirme qu’il ne quittera pas le groupe CRE de son plein gré. En cas d’exclusion, il siégera au Parlement européen comme non-inscrit ou rejoindra un autre groupe. Il affirme avoir déjà reçu une proposition, mais n’a pas souhaité dévoiler de quel groupe il s’agissait. Il se pourrait qu’il rejoigne le groupe des Patriotes pour l’Europe, dirigé par le Français Jordan Bardella.
Cette affaire pourrait également menacer l’adhésion de l’ensemble de l’ADR au sein du groupe CRE. Selon le média Luxtoday, plusieurs membres influents des CRE, notamment les Frères d’Italie et le PiS, qui président le groupe, souhaitent l’exclusion de la formation luxembourgeoise, en particulier après que sa présidente a publiquement défendu la visite de Fernand Kartheiser en Russie.
D’ancien espion à député européen
Fernand Kartheiser a confirmé que les services secrets russes (connus sous le nom de GRU) l’avaient approché alors qu’il étudiait la diplomatie à Vienne à la fin des années 1980, alors qu’il était jeune officier militaire.
Il a expliqué en avoir aussitôt informé ses supérieurs et, sur proposition de la CIA, être devenu agent double au service des États-Unis jusqu’à la fin de la Guerre froide.
« J’ai fait mon devoir […] afin de lutter à l’époque contre le GRU », a-t-il confié, précisant ne plus avoir de lien avec le service depuis « 30 ans ».
Interrogé sur la nature exacte de ses activités d’espionnage, il est resté évasif : « Je ne vais pas vous dire ce que j’ai fait dans les services secrets ».
[Édité par Anne-Sophie Gayet]