Merkel et Sarkozy pour une interdiction des ventes à découvert à nu et des CDS

Lançant le signal le plus clair qui soit aux spéculateurs financiers, les dirigeants français et allemand Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont mis la pression sur la Commission européenne pour qu'elle réfléchisse à une interdiction à l'échelle de l'UE des ventes à découvert à nu et des couvertures de défaillance (CDS)sur les obligations souveraines.

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Lançant le signal le plus clair qui soit aux spéculateurs financiers, les dirigeants français et allemand Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont mis la pression sur la Commission européenne pour qu'elle réfléchisse à une interdiction à l'échelle de l'UE des ventes à découvert à nu et des couvertures de défaillance (CDS)sur les obligations souveraines.

Dans une lettre commune, Mme Merkel et M. Sarkozy ont encouragé la Commission européenne à prohiber les ventes à découvert à nu pour toutes ou certaines actions, ainsi que les obligations souveraines de même que toutes ou certaines CDS souveraines.

Le retour d'une forte instabilité des marchés fait naître des questions légitimes, surtout en ce qui concerne certaines techniques financières et l'utilisation de certains produits dérivés comme, par exemple, les ventes à découvert et les CDS, ont dit les dirigeants dans la lettre adressée à José Manuel Barroso, président de la Commission européenne.

Les deux dirigeants ont accentué la pression pour lutter contre la spéculation sur les marchés, surtout sur les obligations souveraines, en amont du prochain rassemblement du G20 fin juin et en amont des discussions de juillet entre les ministres des finances à Bruxelles.

Dans les ventes à découvert à nu, le trader (opérateur en bourse) vend des actions ou des  obligations – en pariant qu'elles vont chuter – sans pour autant les détenir ou assurer qu'elles puissent être empruntées, comme il serait nécessaire de le faire dans une vente à découvert conventionnelle.

La Commission européenne a salué la lettre dans une déclaration en date d'aujourd'hui, affirmant qu'elle renforçait la pression pour l'adoption rapide d'une réforme des marchés financiers.

Nous pensons que la dynamique politique exprimée dans la lettre traduit un soutien plein et entier pour une adoption rapide de nos propositions dans le processus législatif, a ajouté Pia Ahrenkilde Hansen, une porte-parole de la Commission.

Un contrat CDS à nu est typiquement un pari pris par les entreprises d'investissement comme les hedge funds selon lequel l'émetteur de l'obligation va finir par être en difficulté.

Les deux instruments financiers ont fait l'objet de critiques pour avoir créé des risques systémiques dans l'économie et pour donner aux spéculateurs un moyen de profiter des dévalorisations des dettes souveraines dans l'UE.

Les ministres ont réitéré leur appel de mars, à côté de la Grèce et le Luxembourg, pour limiter voire interdire les contrats de CDS à nu (EURACTIV 02/03/10).

La lettre d'aujourd'hui arrive un mois après que l'Allemagne soit devenue le premier pays européen à interdire les ventes à découvert à nu dans en action des dix plus grandes institutions financières du pays, une initiative considérée comme une façon de céder aux exigences des tensions internes dans la course aux élections.

A  l'époque, la ministre des finances française Christine Lagarde avait reconnu ne pas savoir que l'Allemagne prévoyait une interdiction absolue et a plus tard dénoncé l'action unilatérale de l'Allemagne.

Michel Barnier, commissaire au marché intérieur, semblait également avoir été pris au dépourvu, et a appelé à une plus forte unité dans la réforme financière.

Il est important que les Etats membres agissent ensemble et que nous mettions en place un régime européen afin d'éviter l'arbitrage règlementaire et la fragmentation à la fois dans l'UE et dans le monde, a affirmé M. Barnier, en réaction à l'interdiction allemande.

M. Barnier a dit que des propositions de l'UE séparées pour réduire les ventes à découvert et les CDS étaient prévues et devraient être prêtes à être débattues par les législateurs de l'UE avant fin 2010.