Motion de censure contre Ursula von der Leyen : le débat parlementaire vire en attaque contre Manfred Weber

Un débat parlementaire sur une motion de censure déposée contre Ursula von der Leyen s’est mué en une attaque contre Manfred Weber, chef de file du Parti populaire européen (PPE) accusé de dérive droitière par plusieurs groupes pro-européens.

/ AFP / EURACTIV.com
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Lundi 7 juillet, ce qui devait être un débat sur la motion de censure visant la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s’est transformé en une séance de critiques contre Manfred Weber, chef de file du Parti populaire européen (PPE) auquel appartient la présidente de la Commission.

À Strasbourg, les Socialistes et Démocrates (S&D), les Verts et Renew Europe (libéraux) ont profité de l’occasion pour dénoncer l’orientation prise par le PPE sous la direction de Manfred Weber, notamment ses alliances avec l’extrême droite.

Ces derniers mois, Manfred Weber n’a pas hésité à s’associer au groupe des Conservateurs et Réformistes européens (CRE) pour démanteler des législations du Pacte vert pour l’Europe (Green Deal) et saboter les réformes éthiques de l’Union, entre autres.

Plus récemment, le groupe de Manfred Weber a confié au groupe CRE le contrôle d’un dossier clé sur les migrations au sein de la commission des Libertés civiles, de la Justice et des Affaires intérieures (LIBE) du Parlement, faisant fi du cordon sanitaire parlementaire. Cette décision a écarté les voix pro-UE et suscité l’indignation de leurs députés européens.

Pour Iratxe García Pérez, présidente du groupe S&D, la responsabilité de la crise politique actuelle incombe à la stratégie du PPE. « Cette motion est le résultat de votre stratégie totalement erronée au Parlement européen », a-t-elle lancé. Le problème n’est pas la Commission, mais bien les alliances « toxiques » du PPE, a poursuivi la législatrice espagnole.

« Chaque fois qu’il [Manfred Weber] parle de cette motion, il vous cause plus de problèmes », a-t-elle affirmé.

Iratxe García Pérez a critiqué les rapports du PPE avec les partis d’extrême droite, en particulier dans le contexte de l’affaiblissement de lois environnementales.

« Voulez-vous gouverner avec ceux qui veulent détruire l’Europe, ou avec ceux qui se battent chaque jour pour la construire ? », a-t-elle demandé.

« Vous avez demandé aux partis pro-européens d’être responsables pendant que vous négociez avec l’extrême droite », a encore fustigé Iratxe García Pérez, énumérant une longue liste de griefs pour « alimenter la réflexion ». Elle a notamment cité le démantèlement de l’organe d’éthique de l’UE, l’affaiblissement des initiatives en faveur du bien-être des enfants et une guerre menée contre les ONG.

Le président des Verts, Bas Eickhout, a pour sa part qualifié la motion de « grand spectacle politique de l’extrême droite », tandis que la dirigeante de Renew, Valérie Hayer, a averti que la stratégie de Manfred Weber visant à poursuivre des « alliances opportunistes » avec des extrémistes avait conduit le PPE dans une « impasse ».

« Qui sont vos alliés dans ce Parlement ? », a questionné l’eurodéputée française. « L’agenda européen patine », « la Commission est trop centralisée et sclérosée », a-t-elle continué.

Face à ces attaques, Manfred Weber a cherché à minimiser les accusations de coopération avec l’extrême droite, affirmant que son parti s’était aligné sur les forces pro-européennes dans 90 % des votes par appel nominal l’année dernière.

Ursula von der Leyen se défend

Ursula von der Leyen, elle, est restée calme face aux critiques émises dans le cadre de la motion de censure, dénonçant une « tentative grossière de semer la discorde » entre les institutions démocratiques et déplorant les « vieilles recettes des extrémistes ».

Devant un hémicycle parfois agité — la présidente du Parlement Roberta Metsola ayant dû intervenir —, l’Allemande s’est défendue et a lancé un appel à l’unité des forces pro-européennes et pro-démocratiques, leur demandant de rejeter la motion lors du vote jeudi 10 juillet.

Elle a attaqué les élus derrière la motion, les qualifiant d’« antivaccins » et de personnes « qui font l’apologie de [Vladimir] Poutine ».

La motion de censure, déposée par l’eurodéputé CRE Gheorghe Piperea (Alliance pour l’Unité de la Roumanie, AUR) et soutenue par 77 députés, n’a pratiquement aucune chance d’être adoptée. Pour qu’elle soit effectivement adoptée, elle doit obtenir les deux tiers des suffrages exprimés, représentant la majorité des 720 eurodéputés.

Gheorge Piperea a qualifié cette initiative de « signal d’alarme », accusant la Commission d’« éroder le pouvoir du Parlement » et invitant les citoyens européens à « entamer une période de réflexion ».

Dans sa motion, il cite notamment le manque de transparence de la présidente de l’exécutif européen dans le cadre du Pfizergate, une ingérence dans les dernières élections en Allemagne et en Roumanie ainsi que le contournement du Parlement sur le programme de prêts de défense conjoints, SAFE.

Fissures au sein du groupe CRE

Des fissures sont visibles au sein de la direction du groupe CRE. Bien que l’un des leurs ait déposé la motion, le groupe avait rapidement pris ses distances avec l’initiative.

Deux tiers de ses membres ont refusé de la soutenir, selon Nicola Procaccini, co-président du groupe.

Nicola Procaccini, membre de Fratelli d’Italia — le parti de la Première ministre italienne Giorgia Meloni et du commissaire européen Raffaele Fitto — s’est clairement opposé à cette initiative. « Je voterai contre cette motion, en tant que conservateur européen et en tant qu’Italien », a-t-il affirmé.

« Les socialistes et les Verts en profiteront pour plaider un retour à la “majorité Ursula” », estime-t-il, en référence à la majorité pro-européenne qui a aidé à la reconduction de la cheffe de l’exécutif fin de l’année dernière.

À l’inverse, Patryk Jaki, autre co-président du groupe et représentant du parti ultraconservateur polonais Droit et Justice (PiS), l’a signée.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]