Mpox : l’OMS met en garde contre un « nouveau cycle de panique et de négligence »
Le directeur régional de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) pour l’Europe, Hans Kluge, est convaincu que l’Europe peut lutter contre la variole du singe (mpox), mais il appelle à un soutien et à une solidarité accru envers l’Afrique.
Le directeur régional de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) pour l’Europe, Hans Kluge, est convaincu que l’Europe peut lutter contre la variole du singe (mpox), mais il appelle à un soutien et à une solidarité accrus envers l’Afrique.
À la mi-août, l’OMS a déclaré une situation d’urgence de santé publique après la propagation d’une nouvelle souche du virus en Afrique, le clade 1, dont plus de 17 000 cas ont été recensés dans la région. Un cas a également été détecté en Suède.
Lors d’une conférence de presse à Genève, Hans Kluge a insisté sur le fait que le risque pour la population générale était « faible » et que le mpox n’était pas « la nouvelle Covid ».
« Nous savons comment contrôler le mpox et, dans la région européenne, nous savons quelles sont les mesures nécessaires pour éliminer complètement sa transmission », a affirmé le directeur régional, faisant référence à l’épidémie de clade 2 de 2022 en Europe. Celle-ci avait été facilement endiguée par « un changement de comportement, une action de santé publique non discriminatoire et la vaccination contre le mpox ».
Il a toutefois ajouté que la maladie n’avait pas été complètement éradiquée de la région européenne à l’époque et qu’elle enregistrait actuellement une centaine de nouveaux cas de clade 2 par mois.
Le Comité de sécurité sanitaire de l’Union européenne s’est réuni lundi 19 août et a convenu que, bien que le variant de clade Ib du virus mpox, qui semble être plus contagieux et plus mortel, représente une menace, il ne doit pas être considéré comme une urgence de santé publique en Europe.
La Commission s’est référée à l’évaluation des risques du Centre européen de contrôle des maladies (ECDC), selon laquelle le risque global de transmission durable en Europe est très faible.
Néanmoins, compte tenu des liens étroits entre le continent européen et l’Afrique, il existe un risque d’importation de cas par les personnes se trouvant dans les zones touchées, et des précautions doivent être mises en place pour les voyages.
Panique et négligence
Hans Kluge a appelé à une action mondiale pour éliminer la variole du singe et éviter que ne se répète un nouveau « cycle de panique et de négligence ».
Il a mis l’accent sur l’importance de l’accès aux vaccins pour les pays africains, qui sont confrontés au plus gros défi de la lutte contre la maladie. « La façon dont nous réagissons aujourd’hui et dans les années à venir constituera un test critique pour l’Europe et pour le monde », a-t-il souligné.
L’OMS a recommandé l’utilisation de plusieurs vaccins, dont le MWA-BN (Bavarian Nordic), le LC16 et, au cas où d’autres ne seraient pas disponibles, l’ACAM2000.
Le Japon dispose de stocks décrits comme « considérables » du vaccin LC16.
L’UE s’est également engagée, par l’intermédiaire de son Autorité de préparation et de réaction en cas d’urgence sanitaire (HERA), à faire don de 175 420 doses de vaccin MVA-BN® au Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (CDC) en guise de réponse immédiate.
Par ailleurs, le fabricant du vaccin a fait don de 40 000 doses à l’HERA. Le CDC africain distribuera les vaccins en fonction des besoins régionaux, les premières livraisons étant attendues début septembre, et des discussions sont en cours concernant les dispositions logistiques.
L’un des points problématiques est que les vaccins ne peuvent être livrés qu’aux pays où l’utilisation en cas d’urgence est autorisée. Actuellement, cela s’applique à la République démocratique du Congo et au Nigeria.
La Commission européenne a confié à Euractiv qu’elle suivait de près l’évolution de l’épidémie avec l’HERA et l’Agence européenne des médicaments (EMA), qui évaluent la disponibilité des contre-mesures médicales.
La Commission se tient prête à soutenir l’extension de la production de vaccins, de produits thérapeutiques ou de toute autre contre-mesure médicale pertinente si nécessaire. L’EMA a déjà pris des mesures pour accélérer l’approbation d’un site de production supplémentaire situé au Danemark.
Nadia Adjoa Sam-Agudu, professeure en pédiatrie et directrice du Programme de pédiatrie mondiale à la faculté de médecine de l’Université du Minnesota, a écrit dans le journal en libre accès PLOS que « la (ré-)émergence de la transmission du virus mpox en Afrique est une démonstration du manque de “coordination globale” sur le volet de la santé mondiale. Après plusieurs épidémies, deux urgences de santé publique de portée internationale (USPPI) et une urgence sanitaire de sécurité continentale (PHECS), la réponse au virus mpox en Afrique devrait être faite différemment : équitablement, durablement et conformément aux principes de la santé mondiale ».
Pour la professeure, les 215 000 doses proposées par l’UE sont tout à fait insuffisantes ; elles ne permettront de vacciner complètement que 108 000 personnes et ne sont pas encore préconisées pour les moins de 18 ans, qui représentent 67 % des cas présumés et 78 % des décès présumés dans l’épidémie actuelle.
Bavarian Nordic cherche à obtenir l’autorisation d’utiliser son vaccin pour les personnes plus jeunes et a soumis à l’EMA une demande d’utilisation de son vaccin chez les adolescents. La société s’apprête également à lancer un essai clinique pour évaluer l’innocuité du MVA-BN chez les enfants de deux à douze ans, avec le soutien de la Coalition pour les innovations en matière de préparation aux épidémies (CEPI).
La société BN a informé le CDC africain qu’elle pouvait fournir jusqu’à deux millions de doses cette année et fabriquer 10 millions de doses d’ici la fin de 2025.
Nadia Adjoa Sam-Agudu soutient que l’Afrique doit faire preuve de leadership dans le cadre d’un partenariat équitable avec des associés investis, en citant le Consortium de recherche sur le mpox (MpoxReC), dirigé par l’Afrique. Cette structure a été créée pour répondre au besoin d’outils de diagnostic locaux durables, d’infrastructures et de capacités de recherche dans les pays d’Afrique où le mpox est une maladie endémique.
[Édité par Anne-Sophie Gayet et Sarah N’tsia]