La rupture de la coalition allemande plonge l'Europe dans l'incertitude

Alors que l'Europe est confrontée au retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, la coalition au pouvoir est tombée en l'Allemagne suite au limogeage du ministre des Finances et représentant des libéraux. Le pays s'apprête à entrer dans une phase d'élections anticipées.

EURACTIV.com
NATO Holds 2023 Summit In Vilnius
VILNIUS, LITHUANIA - JULY 11: German Chancellor Olaf Scholz (R) and French President Emmanuel Macron attend the opening high-level session of the 2023 NATO Summit on July 11, 2023 in Vilnius, Lithuania. The summit is bringing together NATO members and partner countries heads of state from July 11-12 to chart the alliance's future, with Sweden's application for membership and Russia's ongoing war in Ukraine as major topics on the summit agenda. (Photo by Sean Gallup/Getty Images) [Sean Gallup/Getty Images]

Alors que l’Europe est confrontée au retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, la coalition au pouvoir est tombée en l’Allemagne suite au limogeage du ministre des Finances et représentant des libéraux. Le pays s’apprête à entrer dans une phase d’élections anticipées.  

Mercredi 6 novembre en fin de journée, le chancelier allemand Olaf Scholz a déclaré aux journalistes que les discussions sur la politique économique de sa coalition tripartite avaient échoué et qu’il allait limoger le ministre des Finances, Christian Lindner, issu des rangs du Parti libéral-démocrate (FDP).

La démission subséquente de tous les ministres du FDP a officiellement mis fin à la coalition tricolore au pouvoir — socialistes, écologistes et libéraux —, sujette à des querelles intestines, à un an de l’expiration de son premier mandat.

« Que se passe-t-il maintenant ? », a soufflé lui-même le chancelier aux journalistes après l’annonce du départ et du limogeage des libéraux.

D’abord, Olaf Scholz va continuer à diriger le gouvernement, bien qu’il leur manque 42 sièges pour atteindre la majorité, une première en 40 ans. Les ministres remplaçants devraient être nommés jeudi après-midi 7 novembre.

Des élections anticipées ne s’ensuivent pas automatiquement, mais Olaf Scholz prévoit d’organiser un vote de confiance le 15 janvier. Il pourrait alors demander au président allemand, Frank-Walter Steinmeier, de dissoudre le Bundestag, ce qui lui permettrait de programmer des élections anticipées « d’ici la fin du mois de mars », comme il l’a déclaré.

Mauvais signe pour l’Europe

Cette situation a soulevé des questions sur les perspectives de la nouvelle dynamique européenne qui a suivi la victoire de l’isolationniste Donald Trump lors des élections présidentielles américaines.

Le président français Emmanuel Macron a révélé mercredi qu’il s’était coordonné avec Olaf Scholz. Tous deux ont convenu de « travailler à une Europe plus unie, plus forte et plus souveraine dans ce nouveau contexte », a déclaré le président français, une priorité reprise par la coalition allemande.

Les ministres de la Défense des deux pays ont également tenu une réunion impromptue à Paris, s’engageant à convoquer leurs homologues britanniques, polonais et italiens dans deux semaines pour discuter du renforcement de la souveraineté européenne.

Alors que les porte-parole du gouvernement ont d’abord évité de confirmer une initiative franco-allemande en faveur de la coopération européenne, Olaf Scholz a laissé entrevoir de nouvelles mesures lors d’une réunion avec les dirigeants européens à l’occasion du sommet de la Communauté politique européenne (CPE) qui se tiendra jeudi à Budapest.

Ce qui pourra notamment être sur la table et un soutien plus massif encore à l’Ukraine.

Faible marge de manœuvre de la coalition

Des médias ont rapporté qu’un fonds de 15 milliards d’euros était sur la table. Christian Linder a déclaré que les discussions de mercredi avaient échoué parce que le chancelier l’avait pressé de suspendre la stricte limite constitutionnelle d’emprunt de l’Allemagne, le « frein à l’endettement », à cette fin.

Une telle suspension est toutefois impossible sans majorité, ce qui laisse le gouvernement minoritaire sans marge de manœuvre pour les dépenses, quelques mois après le début du mandat de Donald Trump.

L’échec de l’augmentation du soutien à l’Ukraine « n’est pas un bon jour pour l’Allemagne, ni pour l’Europe », a renchéri mercredi la ministre des Affaires étrangères, Annalena Baerbock, ajoutant que l’Allemagne devait toujours assumer ses responsabilités internationales.

Quoi qu’il en soit, le gouvernement peut difficilement prendre des engagements à long terme, étant donné que les sondages indiquent pour le moment que le SPD et les Verts perdront le pouvoir.

Leur principal concurrent et actuel favori des sondages, le chef de file des conservateurs (CDU/CSU) Friedrich Merz, a laissé entendre mercredi qu’il serait également ouvert à une réforme dans de bonnes conditions du « frein à l’endettement » allemand.

Interrogé sur sa vision des choses après la victoire de Trump, il a déclaré qu’à long terme, on pouvait parler de « presque tout ».

D’ici là, la coopération européenne pourrait également être difficile à organiser en raison des distractions internes. En raison des retombées, le chancelier manquera le sommet du CPE et n’arrivera à Budapest que pour une réunion informelle de l’UE.