Nucléaire : la catastrophe japonaise inquiète l’Europe

L’Allemagne a fixé un moratoire sur le prolongement de la durée de vie de ses centrales. En France, des ONG et des parlementaires demandent un référendum.

EURACTIV.fr
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L’Allemagne a fixé un moratoire sur le prolongement de la durée de vie de ses centrales. En France, des ONG et des parlementaires demandent un référendum.

Alors que le Japon va peut-être devoir affronter une catastrophe nucléaire, les réactions sont vives en Europe. Gouvernements, ONG, personnalités politiques, nombreux sont ceux qui s’inquiètent qu’un tel accident puisse intervenir sur le continent. 

Le commissaire à l’Energie, l’Allemand Günther Oettinger, a convoqué une réunion des représentants des autorités nationales de sûreté nucléaire et des industriels du secteur mardi 15 mars, pour faire le point sur la situation du Japon. 

En Allemagne, la catastrophe survenue au Japon pourrait bien avoir des conséquences sur la politique énergétique du gouvernement. Notoirement opposé au nucléaire, le pays avait décidé de prolonger la durée de vie de ses centrales pour 12 ans en moyenne. 

Rien ne pourra être comme avant

Mais Angela Merkel et son ministre des Affaires étrangères Guido Westerwelle ont annoncé, lundi 14 mars, la mise en place d’un moratoire sur le nucléaire pour trois mois. Après un incident comme celui survenu dans un pays comme le Japon, l’Europe et l’Allemagne ne pourront pas agir comme avant, a-t-elle ajouté. 

La chancelière a également indiqué que la Commission européenne devrait travailler à un modèle de standard unique sur la sûreté nucléaire en Europe.

Au sein de l’UE, la sûreté des centrales est une prérogative nationale. Mais, une directive adoptée en 2009 a introduit l’obligation pour les États membres de « mettre en place et d’améliorer continûment des cadres nationaux dans le domaine de la sûreté nucléaire ».

Le texte renforce le rôle et l’indépendance des autorités réglementaires nationales et confirme la responsabilité première des titulaires de licences en matière de sûreté nucléaire. Les États membres ont l’obligation d’encourager un haut niveau de transparence dans les actions de réglementation et de garantir que des évaluations indépendantes de la sûreté sont régulièrement effectuées.

Il doit être mis en place par les États membres d’ici le 22 juillet 2011. 

« Tests de résistance »

Outre l’Allemagne, l’Autriche, notoirement opposée au nucléaire, a également fait entendre sa voix à la suite de la catastrophe japonaise. En marge d’une réunion des ministres de l’Environnement à Bruxelles, l’Autrichien Nikolaus Berlakovich a fait savoir qu’il demanderait “aujourd’hui, l’organisation de tests de résistance pour les centrales nucléaires en Europe. Ca doit avoir lieu vite”a-t-il ajouté. 

Mais, la Hongrie, qui dirige actuellement l’UE a refusé d’organiser une discussion sur le sujet lors de cette réunion. 

En Belgique, la ministre de l’Intérieur Annemie Turtelboom a estimé le 14 mars que le pays “tirerait les leçons” de la catastrophe qui a lieu au Japon. Il faudra “réevaluer la sécurité dans nos installations nucléaires car c’est trop important pour les gens”, a-t-elle ajouté. Le pays est censé sortir du nucléaire à l’horizon 2025. Mais 60% de l’énergie produite dans le pays est encore d’origine nucléaire. 

Référendums

En France, des appels à un référendum sur l’énergie nucléaire ont fleuri tout au long du week-end dans les médias. L’écologiste Nicolas Hulot a déclaré dimanche 13 mars que le nucléaire devait “faire l’objet, a minima, d’un débat national, d’un référendum”, en France. “On ne peut pas remettre le sort de l’humanité dans une vulgaire et tragique roulette russe”.
 
La députée européenne Corinne Lepage (ADLE) lui a emboité le pas. Tout comme l’eurodéputé Daniel Cohn-Bendit, co-président du groupe des Verts/ALE au Parlement européen. « N’est-il pas temps de tirer la sonnette d’alarme et de concevoir une sortie du nucléaire?”, a-t-il aussi interrogé. 

De son côté, la commission de recherche et d’information indépendante sur la sûreté nucléaire (Criirad), une association anti-nucléaire s’inquiète de “la sous-évaluation de la gravité des accidents survenus au Japon et du manque d’information. L’ONG les Amis de la terre, s’inquiète des risques pour la France. 

Rendez-vous en 2012

En France, 80% de l’énergie produite, et 20% de l’énergie finale consommée est d’origine nucléaire.

Sur la question du référendum, le ministre de l’Energie, Eric Besson a été clair. Interrogé sur France Inter, lundi 14 mars, il a déclaré :”Ceux qui sont partisans de la sortie du nucléaire auront tout le loisir d’exprimer leur position l’année prochaine” à l’occasion de la campagne pour l’élection présidentielle. Fermez le ban.

Quant à la question de la sécurité, le ministre a admis que le risque zéro n’existait pas. Il a malgré tout déclaré qu’il était “grave de parler de roulette russe”. “On ne joue pas avec la vie de nos concitoyens”, a-t-il ajouté. Eric Besson a également précisé qu’en France, le risque était, “pour l’heure, bien maîtrisé”. 

Lundi 14 mars, le président Nicolas Sarkozy a affirmé, devant quelques conseillers et responsables de l’UMP réunis à l’Elysée, qu’il n’était «évidemment pas question de sortir du nucléaire», ont rapporté l’AFP et Europe 1.