Objectif climatique 2040 : le Parlement ne veut pas accélérer le dossier

Les eurodéputés ont rejeté une demande visant à accélérer l’adoption de l’objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre pour 2040, une tentative qui avait pour but de limiter l’influence du groupe d’extrême droite Patriotes pour l’Europe, qui a pris le contrôle du dossier.

EURACTIV.com
[UE/Parlement européen 2025]

La semaine dernière, la Commission européenne a proposé un objectif juridiquement contraignant de réduction de 90 % des émissions nettes d’ici 2040 par rapport aux niveaux de 1990, avec certaines flexibilités. Il s’agit d’une étape intermédiaire vers la neutralité climatique d’ici le milieu du siècle.

Le groupe d’extrême droite des Patriotes pour l’Europe a récemment obtenu le contrôle du dossier au Parlement. Une annonce qui a suscité de vives critiques au centre de l’hémicycle. Certains craignent que les Patriotes, qui comptent des partis notoirement climatosceptiques, ne retardent les discussions.

La procédure d’urgence avait été demandée pour accélérer les discussions, car le temps presse pour les négociations, un accord sur l’objectif de 2040 étant politiquement lié à la décision sur la contribution à l’effort mondial en faveur du climat que l’Europe doit s’engager à prendre avant l’ouverture de la COP30, la conférence des Nations unies sur le changement climatique, en novembre.

Mais lors du vote ce mercredi 9 juillet, la majorité des eurodéputés s’est opposée au recours à la procédure d’urgence pour les négociations sur la loi climat de l’UE, qui fixe l’objectif de réduction des gaz à effet de serre pour 2040. 379 eurodéputés ont rejeté la proposition d’accélération, 300 y étaient favorables et 8 se sont abstenus lors du vote.

Avant le vote, l’écologiste Lena Schilling avait exhorté ses collègues eurodéputés à « se racheter » après avoir « laissé l’extrême droite prendre les commandes de l’objectif climatique de l’UE pour 2040 ».

Le social-démocrate allemand Tiemo Wölken a rappelé au Parlement que la procédure d’urgence avait déjà été utilisée pour des dossiers concernant l’industrie automobile, la déforestation et la chasse au loup, et qu’elle devait donc être utilisée pour la « crise centrale » de notre époque : le réchauffement climatique.

Mais le Néerlandais Jeroen Lenaers, du Parti populaire européen (PPE), a appelé ses adversaires politiques à « être réalistes ». La proposition du commissaire à l’Environnement, Wopke Hoekstra, visant à réduire les émissions à un dixième de leur niveau de 1990 n’a été présentée que la semaine dernière et nécessite du temps pour être examinée, estime-t-il.

Si la demande d’urgence avait été acceptée, le projet de loi sur le climat aurait été inscrit à l’ordre du jour de la commission de l’Environnement du Parlement et soumis à un vote final précipité, avec moins de possibilités de débat et d’amendement.

« Je regrette profondément cette situation », a déclaré Pascal Canfin, membre du groupe libéral Renew Europe, après le vote, car il sera désormais beaucoup plus difficile pour le Parlement européen d’adopter une position officielle avant le début de la COP. « C’est encore possible, mais rien n’est garanti. »

Selon lui, la dernière option pour tenter de déclencher une procédure d’urgence en octobre serait d’élaborer un accord informel parallèle entre le Conseil et le Parlement.

Pascal Canfin a reproché au PPE d’avoir bloqué la tentative d’adoption rapide du projet de loi, soulignant un changement d’orientation du plus grand groupe parlementaire.

« Il devient toxique au sein du PPE de voter en faveur de la protection du climat », a déploré l’eurodéputé français.

« Nous n’avons pas pu soutenir la procédure d’urgence aujourd’hui car certaines de nos priorités n’ont pas été acceptées par d’autres groupes politiques », a pour sa part affirmé Peter Liese, coordinateur du PPE sur les questions environnementales.

« Nous insistons sur une implication appropriée des commissions, y compris les commissions consultatives », a-t-il ajouté, citant la commission de l’Énergie et de l’Industrie (ITRE) du Parlement.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]