Le vote sur l’accord UE-Mercosur offre au Parlement européen l’occasion de rallier les agriculteurs

À Strasbourg, l’accord UE-Mercosur fait tomber les barrières politiques : écologistes et élus d’extrême droite ont uni leurs voix aux côtés de milliers d’agriculteurs pour tenter de freiner un texte jugé menaçant pour le secteur agricole européen.

EURACTIV.com
Farmers stage protest against the EU-Mercosur trade deal in Strasbourg
STRASBOURG, France, 20 Janvier. [Getty Images/Elyxandro Cegarra_Anadolu]

Les eurodéputés d’extrême droite et les élus écologistes se retrouvent rarement sur la même ligne. Pourtant, sur les conséquences de l’accord commercial entre l’Union européenne et le Mercosur pour le monde agricole, leurs discours ont brièvement convergé lundi 19 janvier à Strasbourg.

Alors que les températures frôlaient le zéro degré aux abords du Parlement européen, plusieurs milliers d’agriculteurs venus de toute l’Europe se sont rassemblés devant l’institution. À la tribune, des élus de presque tous les groupes politiques ont rivalisé de déclarations pour se présenter comme les véritables défenseurs du secteur agricole.

La mobilisation s’est tenue à la veille d’un vote du Parlement européen sur la saisine de la Cour de justice de l’UE (CJUE) afin d’obtenir un avis juridique sur l’accord UE-Mercosur. Si cette initiative est adoptée, elle pourrait retarder la ratification du texte de plusieurs mois.

En cas de feu vert, la procédure suspendrait l’approbation de l’accord jusqu’au prononcé de la Cour et pourrait conduire à des ajustements si celui-ci était jugé incompatible avec les traités européens.

« Ni gauche ni droite »

Prenant la parole devant les manifestants, l’eurodéputé écologiste autrichien Thomas Waitz, lui-même agriculteur et chef de file de son groupe sur les questions agricoles, a appelé à dépasser les clivages idéologiques pour soutenir la résolution.

« [Le Mercosur] n’est pas une question de gauche ou de droite, c’est une question de respect envers les agriculteurs », a affirmé Thomas Waitz. « Trouvons une majorité et battons-nous ensemble pour cela », a-t-il ajouté, appelant à soutenir la résolution avant le vote.

Le discours de l’eurodéputée écologiste belge Saskia Bricmont, coautrice de la résolution visant à bloquer l’accord aux côtés de la Française Majdouline Sbaï, a été largement applaudi par les agriculteurs, même si quelques huées ont accompagné la mention de son appartenance politique.

Plus offensive, Saskia Bricmont a cherché à se démarquer des élus d’extrême droite présents sur la même estrade. « Meloni et l’extrême droite vous ont trahis », a-t-elle insisté, en référence au rôle joué par l’Italie dans la conclusion politique de l’accord lors d’un récent Conseil.

Malgré cette tentative de démarcation, la tribune a été largement occupée par des représentants de l’extrême droite européenne : élus polonais du groupe des Conservateurs et réformistes européens (CRE), membres français et espagnols des Patriotes pour l’Europe, ainsi que des représentants du groupe Europe des nations souveraines, dont certains issus de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD).

Le socialiste français Éric Sargiacomo était l’un des rares orateurs de centre-gauche, tandis que le Parti populaire européen (PPE), qui se présente souvent comme « le parti des agriculteurs », était parmi les moins représentés, à l’exception de quelques membres français et polonais.

Une tonalité très française

Bien que la mobilisation se veuille européenne, l’atmosphère était fortement marquée par des références à la politique intérieure française.

Le député européen français Gilles Pennelle, membre des Patriotes pour l’Europe, a souligné que c’était son parti, dirigé par Jordan Bardella, qui avait déposé une motion de censure contre la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, au sujet de l’accord avec les pays du Mercosur.

Marion Maréchal, nièce de Marine Le Pen et leader de son propre parti d’extrême droite, Identité-Libertés, aligné sur le groupe CRE, est également montée sur scène, commençant par raconter l’histoire d’un céréalier français de La Drôme qui a demandé à son père retraité de reprendre le travail parce qu’il n’avait pas les moyens d’embaucher un employé.

« Nous voterons en faveur de la motion de censure contre von der Leyen », a-t-elle assuré, ajoutant qu’ils soutiendraient également la résolution visant à contester le Mercosur devant la plus haute juridiction de l’UE.

L’écologiste italienne Cristina Guarda a tenté de faire la lumière sur les alliances de Marion Maréchal. Elle a souligné que le parti italien Fratelli d’Italia — le parti de Giorgia Meloni, qui fait partie du même groupe parlementaire que Maréchal au Parlement européen — avait été le « faiseur de rois » de l’accord avec le Mercosur.

Alors que Marion Maréchal quittait la scène et que les Verts continuaient à s’exprimer, des dizaines de manifestants se sont rassemblés autour de l’élue d’extrême droite pour prendre des selfies et discuter avec elle.

Plusieurs centaines d’agriculteurs, accompagnés d’environ 400 tracteurs, pour la plupart français, ont choisi de passer la nuit à Strasbourg, déterminés à voir si les promesses faites mardi survivraient au vote parlementaire de ce mercredi 21 janvier.