Olaf Scholz sous pression pour organiser des élections anticipées le plus rapidement possible
Suite à la chute du gouvernement allemand mercredi 6 novembre, l’Union chrétienne-démocrate (CDU), favorite des élections anticipées à venir, demande au chancelier d’anticiper le scrutin, car elle s’inquiète de la capacité du gouvernement à agir sur les questions de politique étrangère et au niveau de l’UE.
Suite à la chute du gouvernement allemand mercredi 6 novembre, l’Union chrétienne-démocrate (CDU), favorite des élections anticipées à venir, demande au chancelier Olaf Scholz d’anticiper le scrutin, car elle s’inquiète de la capacité du gouvernement à agir sur les questions de politique étrangère et au niveau de l’Union européenne (UE).
Mercredi 6 novembre, le gouvernement de coalition tripartite composé du Parti social-démocrate (SPD), des Verts et du Parti libéral-démocrate (FDP) a volé en éclat en raison de désaccords sur la politique économique qui avaient par ailleurs conduit Olaf Scholz à limoger lundi le ministre des Finances libéral, Christian Lindner.
À l’origine, les prochaines élections nationales étaient prévues pour le 28 septembre 2025. Mais alors qu’Olaf Scholz a l’intention de tenir un vote de confiance le 15 janvier, suivi d’élections anticipées en mars, son rival démocrate-chrétien Friedrich Merz a demandé au chancelier lors d’une brève réunion jeudi 7 novembre d’avancer cette date.
Plusieurs « engagements internationaux et décisions de l’UE exigent désormais un gouvernement allemand capable d’agir », a expliqué Friedrich Merz aux journalistes jeudi matin, ajoutant que le vote de confiance devait avoir lieu « au plus tard la semaine prochaine ».
Selon les médias allemands, la rencontre entre les deux hommes ne semble pas avoir fait changer le chancelier d’avis.
Friedrich Merz avait également l’intention de présenter ses arguments au président Frank-Walter Steinmeier lors d’une autre réunion le même jour.
Soutien aux élections anticipées
Alors qu’Olaf Scholz ne peut être contraint de convoquer un vote de confiance, Friedrich Merz peut tirer parti du fait que le gouvernement minoritaire du chancelier aurait besoin du soutien occasionnel de la CDU/CSU pour faire passer des lois.
Friedrich Merz, candidat de la CDU/CSU au poste de chancelier, aurait tout à gagner d’élections anticipées. En effet, son parti est en tête des sondages avec plus de 10 % d’avance sur le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD), qui arrive en deuxième position. L’AfD, ainsi que le FDP de l’ancien ministre Christian Lindner, a également rejoint l’appel de Friedrich Merz en faveur d’élections anticipées.
Les associations professionnelles allemandes ont également apporté leur soutien à la tenue d’élections anticipées.
L’association du Mittelstand allemand (BVMW), un terme désignant les petites et moyennes entreprises, a souligné qu’un vote de confiance en janvier arriverait bien trop tard. De même, l’association de l’industrie automobile allemande (VDA) a cité l’élection de Donald Trump, entre autres, comme une raison d’accélérer le processus.
La crise allemande, pas une si mauvaise nouvelle pour l’Europe ?
La perspective de nouvelles élections est plutôt saluée au sein de l’Union européenne où l’instabilité de la coalition d’Olaf Scholz était devenue un problème chronique.
Mise au défi par le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, ébranlée par la guerre en Ukraine, fragilisée économiquement… l’UE a plus que jamais besoin d’une Allemagne stable pour avancer.
« Il y a des questions très importantes sur la table. Nous avons besoin d’une Allemagne forte au sein de l’Union européenne », a souligné le Premier ministre finlandais, Petteri Orpo, à son arrivée à Budapest où les dirigeants européens se réunissent pendant deux jours.
Jeudi (sommet de la Communauté politique européenne) et vendredi (sommet européen informel), les dirigeants doivent notamment discuter des réformes économiques proposées par l’ancien chef du gouvernement italien Mario Draghi dans son rapport sur la compétitivité de l’UE pour sortir de l’ornière une économie européenne en plein décrochage face aux États-Unis et à la Chine.
Les pistes discutées touchent à des sujets sensibles : nouveaux financements européens, durcissement de la politique commerciale, revue des règles de concurrence… Or il faudrait attendre fin mars si le chancelier allemand convoquait des législatives anticipées et peut-être jusqu’à l’été pour un nouveau gouvernement.
« Nous sommes pleinement capables d’agir dans les conseils européens et le gouvernement peut naturellement continuer à bien faire son travail », affirme de son côté le vice-chancelier écologiste Robert Habeck.
Mais le doute est permis. Olaf Scholz était notamment absent du sommet de la Communauté politique européenne ce jeudi. Le chancelier a également annulé sa participation à la COP29 à Bakou la semaine prochaine, une information rapportée par Bloomberg et confirmée à Euractiv par un porte-parole de l’exécutif allemand.
« Moteur franco-allemand en panne »
Traditionnelle force motrice de l’UE, « le moteur franco-allemand est en panne, ce n’est pas du tout une bonne nouvelle pour l’Europe », s’inquiète un diplomate européen.
En France, le gouvernement issu des élections de juillet est fragile et le président Emmanuel Macron considérablement affaibli.
La réunion de Budapest « devait donner une impulsion » aux propositions de Mario Draghi « mais Olaf Scholz ne pourra engager un futur gouvernement sur des questions sensibles comme des financements communs », souligne le diplomate.
Pour autant, la coalition tripartite entre sociaux-démocrates, écologistes et libéraux ne sera pas regrettée à Bruxelles.
Volte-face multiples, absence d’orientation sur de nombreux dossiers à cause de divisions internes, fébrilité dans l’engagement européen, l’Allemagne a souvent désorienté voire agacé ses partenaires des deux dernières années.
Le ministre des Finances Christian Lindner, démis de ses fonctions mercredi par Olaf Scholz, faisait même figure de bête noire.
« Honnêtement, son départ peut être positif », estime un autre diplomate s’exprimant sous le couvert de l’anonymat. « Avec Lindner, il était impossible d’engager une discussion sur un cadre financier pluriannuel ambitieux ou sur un renforcement du financement de la défense au niveau de l’UE. Même sur les aides en cas d’inondation, l’Allemagne était toujours réticente à dépenser », déplore-t-il.
« Ce gouvernement était complètement indécis sur les questions européennes. Nous avions donc une Allemagne affaiblie, même avec un gouvernement stable. Plus vite cette situation se terminera, mieux ce sera », assure-t-il.
Cet avis est largement partagé. « À court terme », la fin de la coalition au pouvoir à Berlin est quelque chose d’« indésirable, à un moment où l’Europe aurait bien besoin d’un regain d’unité et de détermination », juge un troisième diplomate.
Mais, « à moyen et long termes, cela pourrait être une bénédiction : Scholz n’a jamais été très tourné vers l’UE. Un nouveau chancelier pourrait changer cela et permettre de relancer l’axe franco-allemand », avec un probable retour aux affaires de la CDU, parti de l’ancienne chancelière Angela Merkel.
Alors, bonne ou mauvaise nouvelle ? « Peut-être les deux. La crise affaiblit mais si elle conduit à des élections anticipées, c’est plutôt une bonne nouvelle pour l’Europe car cela peut conduire au pouvoir une coalition plus cohérente et donc enfin capable d’avoir des positions plus tranchées sur les initiatives européennes », estime Sylvie Matelly, la directrice de l’Institut Jacques Delors.
« À Bruxelles, on doit se satisfaire de la décision en pensant qu’on peut difficilement faire pire » que ce gouvernement, relève-t-elle. Mais elle met en garde sur le risque d’un bon score du parti d’extrême droite AfD et sur « l’incertitude » quant à son influence après les élections.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]