Olli Rehn : Les baisses de notations de crédit sont « incohérentes »
La France et l’Autriche ont perdu leur notation triple-A vendredi dernier. Sept autres pays membres de la zone euros ont également vu leurs notes dégradées par l’agence américaine Standard & Poor's (S&P).
La France et l’Autriche ont perdu leur notation triple-A vendredi dernier. Sept autres pays membres de la zone euros ont également vu leurs notes dégradées par l’agence américaine Standard & Poor's (S&P).
Cette dégradation a été qualifiée par les dirigeants européens de « politique et incohérente » et la Chine a affirmé que cette initiative remettait en question la crédibilité des agences de notation de crédit.
Les notes de la France et de l'Autriche ont été dégradées à AA+ par S&P, bien que les deux autres grandes agences, Moody's et Fitch, aient décidé de ne pas suivre la même voie.
Les notes de plusieurs autres pays ont été abaissées de deux crans : l’Italie (à BBB+), l’Espagne (à A), Chypre (à BB+) et le Portugal (à BB). L'Allemagne a quant à elle conservé son triple A et ses perspectives stables. Les notes de Malte (A-), de la Slovaquie (A) et de la Slovénie (A+) ont elles aussi été dégradées, mais d'un cran.
Les rumeurs sur l'initiative prise par S&P's ont entraîné une certaine volatilité sur les marchés vendredi, mais ils se sont stabilisés avant la clôture.
Une question de politique
S&P a justifié sa décision de dégrader l'Autriche en citant les risques liés à son exposition à l'Italie endettée et à l'exposition de son secteur bancaire à une Hongrie en péril.
Le président de la Banque centrale autrichienne, Ewald Nowotny, a quant à lui qualifié la décision de dégrader simultanément autant de pays de la zone euro de « clairement politique », un sentiment partagé par la ministre des finances du pays, Maria Fekter.
« Les décisions prises aujourd'hui sont motivées par une analyse selon laquelle les initiatives politiques prises par les décideurs européens ces dernières semaines pourraient se révéler insuffisantes pour gérer les tensions systémiques actuelles dans la zone euro », a déclaré S&P dans un communiqué.
L'agence a expliqué que les propositions actuellement en débat au sein de la zone euro pour limiter les emprunts contractés par les gouvernements étaient fondées sur une erreur de diagnostic sur la cause de la crise financière. Elle a affirmé que la crise prenait davantage sa source dans les déficits commerciaux et le manque de compétitivité des économies « périphériques » de la zone euro (comme l'Italie et l'Espagne), plutôt que dans des emprunts excessifs de la part des gouvernements.
Pas une catastrophe pour la France
Le commissaire aux affaires économiques et monétaires, Olli Rehn, a quant à lui déploré la « décision incohérente » de S&P's alors que la zone euro prend des mesures décisives sur tous les fronts pour répondre à la crise.
Michael Fuchs, le vice-président du groupe parlementaire chrétien-démocrate allemand au pouvoir, a déclaré : « Cette démarche est incompréhensible. Standard & Poor's doit arrêter de jouer au politicien. Pourquoi n'intervient-elle pas pour les Etats-Unis ou la Grande-Bretagne, deux pays surendettés ? »
« Si l'agence dégrade la France, elle doit également dégrader la Grande-Bretagne pour rester cohérente », a-t-il ajouté.
« Ce n'est pas une bonne nouvelle, mais ce n'est pas une catastrophe », a déclaré le ministre français des finances, François Baroin, suite à une réunion d'urgence organisée par le président, Nicolas Sarkozy, avec le premier ministre, entre autres.
Il a affirmé que le gouvernement français ne changerait pas de politique en conséquence : « Ce ne sont pas les agences de notation qui font la politique de la France. »
La Chine se joint au tollé général
La Chine a elle aussi condamné la décision de S&P. L'agence de presse Xinhua, qui véhicule souvent la position officielle du gouvernement, a écrit dans un commentaire : « La dégradation de Standard and Poor's (S&P), bien que reflétant des inquiétudes légitimes, jette également le doute sur la crédibilité des agences de notation. »
« Alors que la crise commence à montrer des signes de recul, la dégradation collective de S&P a à nouveau fait flancher les marchés et miné la confiance des investisseurs », a déclaré Xinhua.
Ces dégradations, surtout en Autriche et en France, mettront la pression sur le Fonds européen de stabilité financière (FESF) qui a déjà été mis à contribution pour sauver le Portugal et l'Irlande. Le FESF est garanti par les gouvernements de la zone euro et dépend donc de leur solvabilité.