Paris « consterné » après les propos de l’ambassadeur de Chine en France sur les anciens pays soviétiques
Après avoir remis en question la souveraineté des pays anciennement soviétiques, l’ambassadeur chinois à Paris Lu Shaye a suscité de vives réactions dans l’Europe entière, de Paris à Kiev.
Après avoir remis en question la souveraineté des pays anciennement soviétiques, l’ambassadeur chinois à Paris Lu Shaye a suscité de vives réactions dans l’Europe entière, de Paris à Kiev.
Interviewé sur la chaîne française LCI vendredi soir (21 avril), l’ambassadeur de Chine en France a déclaré que les pays nés de la chute de l’Union soviétique « n’ont pas de statut effectif dans le droit international parce qu’il n’y a pas d’accord international pour concrétiser leur statut de pays souverains ».
Nombre de ces pays sont aujourd’hui des États membres de l’Union européenne. Le diplomate a également tenu des propos polémiques sur l’Ukraine, alors qu’il était interrogé sur le fait de savoir si la Crimée était ukrainienne. Il a alors répondu : « Ça dépend de comment on perçoit ce problème. Il y a l’Histoire. La Crimée était tout au début à la Russie ».
Relancé par le journaliste sur le fait de savoir si la question des frontières post-soviétiques était ou pas réglée, Lu Shaye a dit qu’il fallait cesser de « chicaner avec ce genre de problème ».
Réagissant à ces propos, le conseiller du président ukrainien Mykhaïlo Podoliak a riposté dimanche (23 avril) en assurant que le statut des pays post-soviétiques était bien « inscrit dans le droit international » et a contesté la position exprimée par le diplomate sur la Crimée, que la Russie occupe depuis 2014. En s’adressant à la chine, le conseiller de Volodymyr Zelensky a ajouté : « si vous voulez être un acteur politique majeur, ne répétez pas la propagande des Russes ».
Samedi soir, le ministère français des Affaires étrangères a réagi en indiquant avoir « appris avec consternation les déclarations de l’ambassadeur de Chine en France sur les frontières des pays devenus indépendants après la chute de l’Union soviétique ». Le ministère appelle la Chine à clarifier « si ces déclarations reflètent sa position, ce que nous espérons ne pas être le cas ».
Alors que le président français Emmanuel Macron a récemment voyagé en Chine, incitant Xi Jinping à « ramener la Russie à la raison », le ministre lituanien des Affaires étrangères, Gabrielius Landsbergis, a dénoncé les propos de l’ambassadeur chinois sur Twitter, « si quelqu’un se demande encore pourquoi les États baltes ne font pas confiance à la Chine pour “négocier la paix en Ukraine” ».
Dans une tribune publiée dans le Journal du Dimanche, le fondateur et directeur général de l’Institut Open Diplomacy Thomas Friang craint que les propos de l’ambassadeur chinois puissent déteindre sur la France. Pour lui, « ces propos doivent être corrigés, immédiatement, et nécessitent, impérativement, des excuses publiques », car « il en va de notre crédibilité diplomatique auprès de nos partenaires ». Cette crédibilité, conclut l’expert, « se joue lors de ces moments de tensions diplomatico-médiatiques. »
[Mise à jour : le Quai d’Orsay a convoqué l’ambassadeur de Chine en France, dans la journée de lundi, après la publication de cet article.]