Parlement européen : la coopération avec le PPE n’est plus possible, selon la présidente des Socialistes et Démocrates

Lors d’un entretien avec EURACTIV, Iratxe García Pérez, présidente du groupe des socialistes et démocrates, a confié que le rapprochement du PPE de centre droit avec l’extrême droite dépasse la « ligne rouge pro-européenne ».

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S&D leader Iratxe Garcia Perez presser in Brussels
« Si cette alliance est menacée, c’est parce que certaines personnes prennent une direction très dangereuse : vers l’extrême droite et les forces politiques qui ne sont pas en faveur de l’intégration européenne », a confié Iratxe García Pérez, présidente du groupe S&D au Parlement européen, à EURACTIV. [EPA-EFE/STEPHANIE LECOCQ]

Les socialistes et démocrates (S&D) ont toujours été en mesure de coopérer avec toutes les forces pro-européennes au Parlement européen, mais le récent rapprochement du Parti populaire européen (PPE) de centre droit avec l’extrême droite dépasse la « ligne rouge pro-européenne » et risque de perturber l’équilibre délicat au sein de l’Assemblée. C’est ce qu’a confié Iratxe García Pérez, présidente du groupe S&D au Parlement européen, à EURACTIV Pologne lors d’un entretien.

Alors que la collaboration « traditionnelle » entre les démocrates-chrétiens, les socialistes et démocrates et les libéraux s’est bien déroulée ces dernières années, il est peu probable qu’elle puisse se poursuivre après les élections du printemps 2024, a déclaré Mme García, rejetant la faute sur le PPE.

Interrogée sur les raisons de sa récente critique de l’actuel président du PPE, Manfred Weber, qui s’est mis en quête de partenariats avec la droite de l’échiquier politique, elle a répondu :

« Si cette alliance est menacée, c’est parce que certaines personnes prennent une direction très dangereuse : vers l’extrême droite et les forces politiques qui ne sont pas en faveur de l’intégration européenne », a confié Mme García à EURACTIV.

L’eurodéputée espagnole a souligné la capacité du PPE et du groupe S&D à toujours coopérer malgré les différences politiques.

Toutefois, elle a ajouté que, pour son groupe, la seule ligne rouge résidait dans la coopération avec l’extrême droite, une limite que le PPE « a malheureusement dépassée ».

Récemment, M. Weber a tenté de jeter des ponts avec les Frères d’Italie (Fratelli d’Italia) de Giorgia Meloni, affiliés au groupe des Conservateurs et réformistes européens (CRE).

Ce groupe parlementaire conservateur est actuellement la sixième force du Parlement européen, mais il est en passe de devenir le troisième groupe le plus important avec 85 sièges, selon des projections récentes pour les prochaines élections européennes de 2024.

S’exprimant par vidéo lors de la convention du parti italien Forza Italia de Silvio Berlusconi à Milan le week-end dernier, M. Weber a réitéré son souhait et a confirmé que la coalition italienne composée de Forza Italia (PPE), des Frères d’Italie (CRE) et de la Ligue (groupe Identité et Démocratie, ID) de Matteo Salvini constitue un modèle « intéressant » pour le PPE.

« Le modèle italien est particulièrement intéressant pour le PPE […] Je pense que nous pouvons apprendre beaucoup de votre expérience, compte tenu des prochaines élections européennes. Gagner, pour nous, c’est une responsabilité. Qui d’autre pourrait diriger l’Europe en ces temps difficiles », a-t-il ajouté.

Zdzisław Krasnodębski, vice-président du Parlement européen et membre du parti Droit et Justice (PiS, CRE) au pouvoir en Pologne, a expliqué à EURACTIV Pologne que les membres du parti de Mme Meloni n’avaient pas signalé à leurs collègues du CRE qu’ils pourraient être prêts à changer leur affiliation européenne.

En revanche, il a déclaré avoir entendu de la part des eurodéputés allemands du PPE que les chrétiens-démocrates d’Allemagne (CDU) étaient intéressés par l’approfondissement de la coopération avec le groupe CRE. En effet, les deux groupes partagent des positions similaires sur de nombreuses questions et votent souvent de la même manière au Parlement européen.

Cependant, officiellement, les conservateurs allemands à Berlin — les chrétiens-démocrates (CDU) et l’Union chrétienne sociale en Bavière (CSU) — ont fermement rejeté un tel scénario.

Jürgen Hardt, porte-parole de la politique étrangère du groupe CDU/CSU au Bundestag, a expliqué à EURACTIV en janvier 2023 que bien que le gouvernement de coalition italien comprenne également le parti frère du PPE, Forza Italia, les positions des autres partis de la coalition italienne « sont largement incompatibles avec celles du PPE ».

« Il n’y a aucune raison de poursuivre la coopération avec les autres partis du gouvernement italien au Parlement européen, tant qu’ils coopèrent avec des forces ouvertement anti-européennes telles que l’AfD allemande [Alternative pour l’Allemagne, groupe ID] », a déclaré M. Hardt.

Début février, EURACTIV a également rapporté que plusieurs membres du PPE avaient réagi négativement au « rapprochement » entre M. Weber et Mme Meloni, se plaignant notamment du manque de consultation préalable sur la question.

Les élections grecques

Les prochaines élections espagnoles et grecques constituent un élément clé des futures collaborations du PPE. Dans ces deux pays, les partis de centre droit ont adopté une ligne de communication similaire concernant les partenariats avec l’extrême droite.

La Grèce tiendra des élections nationales le 21 mai. L’actuel Premier ministre Kyriákos Mitsotákis (Nouvelle Démocratie, PPE) est considéré comme le plus proche allié de M. Weber au sein du PPE.

En vertu de la nouvelle loi électorale qui sera appliquée pour la première fois, pour former un gouvernement, une coalition sera nécessaire.

Les socialistes grecs (PASOK) devraient jouer le rôle de faiseurs de rois dans ces élections, car ils se classent en troisième position dans les sondages, derrière le principal parti d’opposition de gauche (Syriza, GUE/NGL) et le parti conservateur Nouvelle Démocratie.

D’après Syriza, une coalition progressiste avec les socialistes devrait être formée pour chasser les conservateurs du pouvoir. Le PASOK garde quant à lui ses intentions secrètes, mais son programme est proche de celui du Syriza.

Un partenariat entre le PASOK et le parti Nouvelle Démocratie serait difficile à la lumière du scandale des écoutes téléphoniques qui a secoué la Grèce à la veille des élections. En effet, le téléphone de l’actuel dirigeant du PASOK, Níkos Androulákis, a été mis sur écoute par les services secrets grecs, sous le contrôle personnel de Kyriákos Mitsotákis.

Officiellement, le parti Nouvelle Démocratie a déclaré que son objectif était de diriger un gouvernement à parti unique.

Cependant, plusieurs médias antigouvernementaux ont rapporté ce week-end à Athènes des « preuves » suggérant que de hauts responsables de la Nouvelle Démocratie ont été en contact avec des responsables politiques d’extrême droite afin de créer un « barrage d’extrême droite », au cas où d’autres personnes seraient nécessaires à la formation d’un gouvernement.

« Alors que M. Mitsotákis tente d’apparaître comme un prétendu opposant à l’extrême droite […] ses accords secrets avec celle-ci, qui sont révélés quotidiennement, montrent son objectif de former un gouvernement de droite et d’extrême droite s’il remporte les élections », a déclaré le parti Syriza dans un communiqué.

Les élections espagnoles

En décembre prochain, un scrutin important aura par ailleurs lieu en Espagne, où, selon les sondages, le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE, S&D) de Mme García arrive en deuxième position derrière le Partido Popular (PP, PPE).

Selon les analystes, le PP aura besoin d’un partenaire pour former un gouvernement et le parti d’extrême droite VOX (CRE) pourrait constituer une possibilité puisqu’il arrive en troisième position dans les sondages.

Publiquement, le PP a déclaré qu’il préférait gouverner seul, mais le parti n’a pas fermement exclu un partenariat avec Vox s’il s’avérait nécessaire. Le PP et VOX ont déjà forgé une alliance dans la communauté autonome de Castille-et-León.

Pour sa part, le PSOE tente de forger des alliances avec la gauche, qui demeure pour l’instant fragmentée.

Plusieurs sources du PPE ont indiqué à EURACTIV que les élections grecques et espagnoles seront déterminantes pour l’avenir politique personnel de M. Weber et du PPE en général.

EURACTIV a été informé que les partis traditionnels de centre droit pro-européens ne voient pas ces partenariats d’un bon œil. Selon eux, si cette « expérience » italienne échoue, les répercussions seront considérables.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]