Parlement européen : les libéraux de Renew ouvrent la porte à une collaboration avec certains membres des CRE

Au Parlement européen, les eurodéputés de Renew Europe pourraient collaborer avec certains partis du groupe d’extrême droite des Conservateurs et Réformistes européens (CRE), a laissé entendre la présidente des libéraux Valérie Hayer.

EURACTIV.com
EU Parliament plenary session in Brussels
L'eurodéputée française et présidente du groupe Renew Europe, Valerie Hayer, assiste à une session plénière du Parlement européen à Bruxelles, en Belgique, le 14 novembre 2024. [EPA-EFE/OLIVIER HOSLET]

Au Parlement européen, les eurodéputés de Renew Europe pourraient collaborer avec certains partis du groupe d’extrême droite des Conservateurs et Réformistes européens (CRE), a laissé entendre la présidente des libéraux Valérie Hayer.

Plus tôt cette semaine, Valérie Hayer, présidente du groupe Renew au Parlement européen, s’était dite opposée à toute « coopération structurelle » avec les CRE.

Elle avait toutefois affirmé être prête à travailler avec certains partis de ce groupe. Et des discussions se tiennent actuellement pour savoir avec quels mouvements les libéraux pourraient s’entendre, a-t-elle confirmé à Euractiv, mercredi 27 novembre.

Depuis les élections européennes de juin dernier, les eurodéputés du Parti populaire européen (PPE) de centre-droit, le plus grand groupe au sein de l’hémicycle, tentent régulièrement de construire des majorités avec l’extrême droite, ce que ses partenaires de coalition historiques, Renew et les Socialistes et Démocrates européens (S&D), ne manquent pas de dénoncer.

De fait, le PPE est en position de force, pouvant choisir de construire des majorités à sa gauche ou à sa droite, avec les CRE, les Patriotes pour l’Europe et l’Europe des nations souveraines (ENS) — des groupes d’extrême droite renforcés par le scrutin de juin.

Renew est de son côté en perte de vitesse. Au lendemain des élections européennes de 2019, le groupe libéral était le troisième plus important du Parlement européen. Il est désormais cinquième sur huit, derrière le PPE, le S&D, les Patriotes et les CRE.

Cordon sanitaire : à qui s’applique-t-il ?

Cette nouvelle réalité met à rude épreuve le « cordon sanitaire » établi au Parlement par les groupes traditionnels, dont le PPE, et qui vise habituellement à empêcher les forces d’extrême droite d’influencer le processus décisionnel de l’Union.

Cependant, pour que cet accord fonctionne, ces groupes doivent être plus ou moins d’accord sur ce qui est considéré comme étant d’extrême droite et ce qui ne l’est pas, ainsi que sur ce qui constitue une rupture du cordon sanitaire.

Avec l’affaiblissement de Renew et le renforcement significatif du PPE, l’application du cordon sanitaire repose désormais largement sur ce dernier parti. Renew, même appuyé des S&D, ne peut plus le maintenir efficacement sans le soutien du PPE.

Renew souhaite tout de même définir sa propre stratégie sur cette question.

Plusieurs sources ont indiqué à Euractiv que le groupe libéral travaille sur une série de lignes directrices à destination de ses eurodéputés, qui établiront un code de conduite à respecter, en fonction des résolutions déposées par les différents groupes, en prenant en compte la personne qui est derrière la motion, et pas seulement ce que ce le texte dit.

Valérie Hayer maintient néanmoins que son groupe n’a pas changé sa position sur le cordon sanitaire. « Ce n’est pas une politique nouvelle », insiste-t-elle. « [Nous sommes] en début de mandat et c’est normal d’avoir ces discussions simplement pour reconfirmer ce qu’on a toujours fait, à savoir la pratique du cordon sanitaire. »

« Pas grand-chose qui unit » les CRE

S’accorder sur des critères clairs pour catégoriser ce qui est d’extrême droite ou non est une tâche controversée, quelles que soient les circonstances. Cela devient encore plus complexe lorsqu’il s’agit des groupes politiques au Parlement européen, chacun d’entre eux rassemblant des sensibilités politiques très différentes.

C’est particulièrement vrai pour le groupe des Conservateurs et Réformistes européens, qui rassemble des partis aux orientations plus ou moins eurosceptiques.

C’est pourquoi Renew adopte une approche plus nuancée à l’égard des CRE, établissant des distinctions entre les partis du groupe avec lesquels il est prêt à travailler, et ceux avec lesquels il juge toute collaboration inacceptable.

Pour Valérie Hayer, CRE est un groupe « très hétérogène » et « technique ». Il n’y a selon elle « pas grand-chose qui les unit ».

La présidente de Renew a notamment souligné que le droit à l’avortement, que la plupart des partis de Renew soutiennent, divise les délégations des CRE. La Nouvelle Alliance flamande (N-VA) belge, un groupe conservateur et séparatiste flamand, accepte par exemple la légalité de l’avortement, alors que le parti polonais Droit et Justice (PiS) a durci la législation sur l’avortement lorsqu’il était au pouvoir.

« Nous travaillons très bien avec la N-VA [belge] et l’ODS [Parti démocratique civique tchèque]», a indiqué Valérie Hayer.

Si elle n’a pas exclu la possibilité qu’il y ait d’autres partis avec lesquels son groupe pourrait coopérer, elle a toutefois insisté sur le fait que Renew ne travaillerait pas avec certains membres des CRE, comme Fratelli d’Italia, le parti de la Première ministre italienne Giorgia Meloni, le PiS polonais, le parti français Reconquête ! ou encore les Démocrates de Suède. Ces mouvements doivent selon elle rester derrière le cordon sanitaire.

Le problème auquel Valérie Hayer est confrontée est que le PPE et même la Commission européenne ne semblent pas voir les choses de cette manière. Et Renew ne peut pas y faire grand-chose.

Ainsi, Ursula von der Leyen a ainsi choisi Raffaele Fitto, un membre de Fratelli d’Italia désigné commissaire par Giorgia Meloni, pour occuper un poste de vice-présidence exécutive de la Commission.

Une décision qualifiée d’« erreur politique » par Valérie Hayer. « Nous avons bataillé jusqu’au bout pour demander [à Ursula von der Leyen] qu’elle retire [à Raffaele Fitto] son titre de vice-président. Elle a refusé parce que c’est sa prérogative », explique la Française.

La majorité des députés du Parlement européen, y compris ceux de Renew, ont cependant approuvé mercredi l’ensemble du Collège des commissaires, y compris Raffaele Fitto. La nouvelle Commission d’Ursula von der Leyen entrera donc en fonction début décembre.

La « majorité Venezuela »

La nouvelle majorité de droite que le PPE a désormais le loisir de former a été surnommée la coalition « Venezuela », après que le parti de centre-droit a voté en faveur d’une motion du groupe ENS sur les élections contestées au Venezuela. La motion a pu être adoptée sans le soutien des libéraux ou de la gauche, grâce à une alliance entre le PPE, les CRE, ENS et les Patriotes.

La motion reconnaît Edmundo González comme « le président légitime et démocratiquement élu du Venezuela » et accuse le régime de Nicolás Maduro d’avoir truqué les élections.

Renew n’a pas voté en faveur de la résolution et a critiqué le PPE pour l’avoir soutenue. « Ce qui a motivé notre décision, ça n’est pas le contenu du texte », a expliqué Valérie Hayer, soulignant que Renew « est aux côtés du peuple vénézuélien ».

L’opposition au texte était plutôt un signe de rejet de l’alliance « entre une force démocratique pro-européenne et d’autres forces antidémocratiques et qui portent des valeurs opposées à notre projet ».

« On ne peut pas travailler avec des gens qui veulent tous les jours détruire l’Europe », a affirmé Valérie Hayer.

Pour leur part, les législateurs du PPE ont nié que de tels votes constituent une « coopération structurelle » avec l’extrême droite.

« Nous n’avons que partiellement, dans un nombre très limité de cas, soutenu [les amendements de l’extrême droite] », assurait l’eurodéputé allemand Andreas Schwab le mois dernier.

[Édité par Anne-Sophie Gayet et Laurent Geslin]