Pedro Sánchez : il est temps pour l’Espagne d'abandonner son rôle « périphérique » en Europe
Il est grand temps que l’Espagne s’impose comme un pays européen de premier plan plutôt que de rester « en périphérie », a déclaré le Premier ministre Pedro Sánchez, alors que la présidence espagnole du Conseil de l’UE publiait un document sur l’« autonomie stratégique ouverte » de l’Union.
Il est grand temps que l’Espagne s’impose comme un pays européen de premier plan plutôt que de rester « en périphérie », a déclaré le Premier ministre Pedro Sánchez face à la première organisation patronale espagnole CEOE vendredi (15 septembre), alors que la présidence espagnole du Conseil de l’UE publiait un document sur l’« autonomie stratégique ouverte » de l’Union.
Lassé de sa position « périphérique » dans les débats européens, M. Sánchez a annoncé que Madrid était prêt à occuper le devant de la scène et à devenir un État membre de premier plan, à l’instar de la France, de l’Allemagne ou de l’Italie.
« Pendant de trop nombreuses décennies, nous nous sommes contentés d’être un pays périphérique, un acteur secondaire dans les négociations à Bruxelles, suivant les positions établies par d’autres États membres plus grands ou plus influents », a déclaré M. Sánchez face à un parterre d’entrepreneurs.
« Nous devons mettre un terme à cette dynamique et exercer un leadership en Europe depuis le sud, un leadership résolument inclusif, qui écoute et respecte les positions des 27 États membres ».
« Nous apprenions, nous nous adaptions [et] nous suivions le leadership des États membres plus importants. Nous pensons à présent que l’Espagne a la maturité […] pour jouer un rôle plus important dans l’avenir de l’UE », complète pour Euractiv une source proche du dossier.
Leadership inclusif
À cet effet, la présidence espagnole a publié un document officieux (« non paper ») vendredi intitulé « ResilientEU2030 » qui décrit les priorités de l’Union pour les sept prochaines années.
Le document, préparé en partenariat avec 80 organismes publics différents de tous les États membres, présente une « vision » pour les futures politiques européennes « afin de garantir la résilience économique et le leadership mondial de l’Union européenne au cours de cette décennie », a déclaré M. Sánchez.
En coulisses, on affirme que ce document marque la volonté de l’Espagne de s’imposer dans les débats européens, et prôner un leadership « inclusif » : « Nous avons créé ce projet dans lequel les 27 États membres ont été actifs […]. C’est un type de leadership que nous pensons devoir jouer ».
L’Espagne ne devrait plus être traitée comme un pays « inégal », a ajouté notre source, face notamment aux plus gros Etats membres que sont la France et l’Allemagne, mais devrait au contraire être « un leader parmi ses pairs ».
Une telle démarche a apparemment été accueillie favorablement par d’autres capitales européennes.
« De nombreux États membres étaient très heureux de cette initiative […] dans lequel même les plus petits États membres étaient présents et où nous les considérions comme tout aussi importants », a ajouté notre source.
Toutefois, au-delà de cette volonté de prendre les devants, le document de 81 pages ne contient pas de propositions politiques concrètes.
Il évoque les vulnérabilités actuelles et futures auxquelles l’UE pourrait être confrontée et reconnaît que l’UE doit « contrôler les secteurs stratégiques » et « lancer une nouvelle expansion commerciale », entre autres.
Tant de mots-clefs qui trahissent l’absence de toute proposition concrète à mettre en œuvre.
L’Espagne a choisi « de ne pas proposer de nouvelles mesures parce que nous pensons que 2024 ne sera pas une bonne année pour cela », étant donné que les élections européennes approchent, explique-t-on à Euractiv, sous couvert d’anonymat.
Il s’agit plutôt de définir une « vision stratégique », indépendante des efforts politiques concrets que l’Espagne pourrait entreprendre jusqu’à la fin de la rotation de sa présidence le 31 décembre.
L’Espagne prend de l’élan
L’influence de l’Espagne se fait déjà sentir au cœur des débats européens, ne serait-ce que par sa présidence du Conseil de l’UE, qui arrive à une période charnière avant que les travaux législatifs ne s’arrêtent pour laisser place aux élections européennes.
Au Parlement européen, le pays joue un rôle de premier plan au sein du plus grand groupe politique, le Parti populaire européen (PPE) conservateur, où il constitue la deuxième délégation nationale avec 13 sièges et où il occupe plusieurs présidences de commissions parlementaires.
Le deuxième groupe politique du Parlement, les Socialistes & Démocrates (S&D), est présidé par l’Espagnole Iratxe García, et le parti socialiste espagnol PSOE est le plus important au sein du groupe.
Enfin, la vice-Première ministre espagnole et ministre des finances Nadia Calvino est en lice pour devenir présidente de la Banque européenne d’investissement (BEI) – et pourrait potentiellement remporter la course face à sa concurrente danoise Margrethe Vestager.