Piebalgs : "Nous devons stabiliser nos niveaux de consommation et développer les énergies renouvelab
Dans un entretien exclusif accordé à EURACTIV, le Commissaire à l'énergie Andris Piebalgs offre un aperçu des futures orientations de la politique énergétique de l'UE, laquelle devra prendre en compte la raréfaction des ressources pétrolières et mettre davantage l'accent sur les énergies renouvelables.
Dans un entretien exclusif accordé à EURACTIV, le Commissaire à l’énergie Andris Piebalgs offre un aperçu des futures orientations de la politique énergétique de l’UE, laquelle devra prendre en compte la raréfaction des ressources pétrolières et mettre davantage l’accent sur les énergies renouvelables.
Bien qu’Andris Piebalgs se défende de poursuivre une stratégie distincte de celle de sa prédécesseure Loyola de Palacio, le nouveau Commissaire à l’énergie entend clairement donner une orientation nouvelle à son action.
Evoquant la situation de l’Union dans le domaine énergétique, le Commissaire letton admet que des progrès insuffisants ont été effectués en vue de la réalisation des objectifs fixés dans le Livre vert sur la sécurité de l’approvisionnement énergétique (publié en 2000) : « Nous n’avons pas fait preuve d’une très grande détermination,et n’avons pris que des mesures partielles en matière d’efficacité énergétique ».
Face aux défis auxquels se trouve confrontée la politique énergétique de l’Union (notamment la hausse des prix du pétrole, liée à la diminution des ressources disponibles et à l’instabilité géopolitique des régions de production), M. Piebalgs estime qu’il est plus que jamais nécessaire de mettre en oeuvre « des actions coordonnées au niveau de l’UE. »
Interrogé sur la modestie des fonds alloués à la recherche énergétique dans les propositions budgétaires de la Commissaire pour le 7ème programme -cadre (2,9 milliards d’euros, contre 12 milliards aux technologies de l’information et de la communication), le Commissaire Piebalgs renvoie au problème de la capacité du secteur à « consommer » ces fonds – en d’autres termes, le nombre de projets de recherche en matière énergétique est sans doute trop faible pour absorber une enveloppe plus importante. Quoi qu’il en soit, M. Piebalgs se satisfait de l’augmentation des fonds alloués à l’énergie dans le cadre du 7ème PC : « une hausse de 60% pour la recherche dans le domaine de l’énergie […] est un résultat plutôt correct. » Le Commissaire souligne également que le secteur privé doit fournir davantage d’efforts en matière de financement de la recherche : « Tant que nous continuerons à penser que les 3% de PIB alloués à la recherche doivent sortir de la poche des contribuables, nous serons en situation d’échec. Nous devons nous appuyer sur une contribution considérable des industriels », souligne-t-il.
M. Piebalgs reconnaît également que trop peu d’efforts sont actuellement consentis pour permettre à l’UE de couvrir 12% de ses besoins énergétiques par le recours aux énergies renouvelables – objectif fixé pour l’horizon 2010 ; il s’engage à étudier les facteurs expliquant ces retards, et à prendre les mesures nécessaires pour accélérer le rythme des progrès requis.
Concernant le futur Livre vert sur l’efficacité énergétique, M. Piebalgs indique que ses services envisagent la possibilité d’introduire des objectifs de consommation d’énergie par habitant : « Nous pouvons nous fixer pour objectif une stabilisation de la consommation par habitant au sein de l’UE. Le volume de consommation énergétique croît actuellement au rythme de 0,6% par an. Il faudrait même que nous soyons en mesure de réduire les niveaux actuels. »
Le Commmissaire Piebalgs justifie par ailleurs son intention de rouvrir le dossier du suivi du Livre vert sur la sécurité de l’approvisionnement énergétique en soulignant que le contexte a beaucoup changé depuis 2000 : d’une part, « il existe à présent des risques réels pesant sur l’approvisionnement énergétique » ; d’autre part, « les efforts actuellement réalisés dans les domaines des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique sont insuffisants » ; enfin, le Commissaire estime que, compte tenu de l’instabilité géopolitique régnant dans certaines régions, l’UE aurait tout intérêt à « élargir ses sources d’approvisionnement ».
Le Commissaire Piebalgs ne cache pas son inquiétude face au problème du niveau des réserves de pétrole. Rappelant que plusieurs grandes compagnies pétrolières ont été contraintes de revoir à la baisse le chiffre de leurs réserves disponibles, il souligne que « l’UE doit investir dans le développement de solutions adaptées à une époque où le pétrole s’avère être une ressource rare, en quantité insuffisante pour répondre à la demande. » M. Piebalgs se prononce notamment en faveur de la mise en place d’un système de contrôle plus fiable au niveau européen.
Interrogé sur l’avenir de l’énergie nucléaire en Europe, le Commissaire Piebalgs affirme que les Etats membres doivent être laissés libres de leurs choix en la matière. Il ne voit d’ailleurs pas la nécessité d’ouvrir un débat à l’échelle de l’Union sur un tel sujet : « Ouvrir un débat officiel ne sera d’aucune utilité. Les pays susceptibles d’avoir besoin [de ce type d’énergie] étudieront toutes les options s’offrant à eux et prendront leur propre décision. Je persiste à penser qu’il s’agit là d’un sujet relevant de la compétence des Etats membres, dans la mesure où les sensibilités dans ce domaine sont très fortes. » Pleinement souverains en matière nucléaire, les Etats doivent également être pleinement responsables : « Les pays qui produisent des déchets nucléaires doivent en assurer eux-mêmes la gestion. »
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