Pollution aux PFAS : près de 200 habitants de la métropole de Lyon assignent en justice deux groupes industriels
L'affaire est présentée comme le plus grand recours collectif jamais intenté en Europe pour contamination par des polluants éternels.
Dans le cadre du « plus grand procès civil européen concernant les PFAS », 192 citoyens soutenus par quatre associations ont traduit en justice les géants industriels de la chimie Arkema et Daikin Chemicals.
Les plaignants, tous résidents d’un pôle industriel au sud de Lyon surnommé « Chemical Valley », réclament plus de 36 millions d’euros de dommages et intérêts, soit environ 190 000 euros chacun.
« Polluer ne doit plus être rentable ; nous devons changer l’équation », a dénoncé lundi après-midi Louise Tschanz, l’une des avocates représentant les plaignants, lors d’une conférence de presse dans la troisième plus grande ville de France.
« Cette action en justice marque une nouvelle étape historique dans la lutte contre les polluants persistants, afin que la santé puisse enfin primer sur les intérêts économiques », a déclaré Jérémie Suissa, directeur général de l’association environnementale à but non lucratif Notre Affaire à Tous.
Surnommés « produits chimiques éternels » en raison de leur persistance dans l’environnement et de leur tendance à s’accumuler dans les tissus vivants, les PFAS sont au centre d’avertissements croissants concernant leurs risques potentiels pour la santé humaine.
Depuis 2022, plusieurs rapports ont établi une pollution généralisée de l’air, du sol et de l’eau par les PFAS, ces produits chimiques toxiques ayant été détectés dans la faune, la flore et les produits alimentaires, ainsi que dans le sang des habitants d’une région qui compte 200 000 habitants.
Les producteurs de PFAS Arkema France et Daikin France, implantés dans la région depuis respectivement 1950 et 2003, ont déjà fait l’objet de poursuites pénales en 2022 après que la municipalité d’Oullins-Pierre-Bénite a déposé plainte pour mise en danger de la vie d’autrui.
Dans un rapport publié jeudi 29 janvier, Notre Affaire à tous a estimé le coût de la dépollution de la zone industrielle située sur les rives du Rhône, au sud de Lyon, à près de 2 milliards d’euros, dont 1,716 milliard pour la seule dépollution des sols contaminés.
Le pollueur paie
« Nous voulons que les pollueurs soient tenus responsables », a plaidé l’avocate Louise Tschanz. « Arkema et Daikin connaissaient depuis longtemps la toxicité des PFAS et la gravité de la situation, mais ils ont continué à polluer. »
Polluer l’environnement doit devenir « synonyme d’erreur financière », a-t-elle poursuivi.
Avant tout, l’action civile vise à « placer les victimes, les riverains, au centre de la procédure », explique Emma Feyeux, qui dirige un projet sur la discrimination environnementale chez Notre Affaire à Tous.
Tout au long de l’année 2025, les associations impliquées dans l’affaire ont organisé des réunions publiques dans toute la région afin de faciliter l’accès des citoyens à la justice et de leur permettre d’intenter une action. Les autres riverains ont jusqu’au 1er mars pour se joindre à la démarche.
Restriction des PFAS au niveau européen
« L’Union européenne ne doit plus tarder à agir : une interdiction totale des PFAS, sans exception, est nécessaire pour protéger la santé des citoyens plutôt que les profits de quelques industriels », a exhorté Marie Toussaint, députée européenne verte, cofondatrice du groupe vert soutenant les plaignants.
La Commission européenne a indiqué la semaine dernière que le fait de ne pas lutter contre la pollution par les PFAS dans l’UE pourrait coûter plus de 1 000 milliards d’euros dans le pire des cas, dont une grande partie sur le volet de la santé.
Une proposition d’interdiction universelle présentée il y a deux ans par l’Allemagne, le Danemark, les Pays-Bas, la Suède et la Norvège est toujours en cours d’évaluation par l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA). Une proposition législative concrète n’est pas attendue avant la fin de l’année au plus tôt.