Portugal : la démission du Premier ministre António Costa pourrait conduire à de nouvelles élections
Le Premier ministre portugais António Costa, qui fait l’objet d’une enquête pour corruption liée à des concessions minières et énergétiques, a annoncé sa démission ce mardi (7 novembre) — une situation qui pourrait conduire à des élections anticipées.
Le Premier ministre socialiste portugais António Costa, qui fait l’objet d’une enquête pour corruption liée à des concessions minières et énergétiques, a annoncé sa démission ce mardi (7 novembre). Des perquisitions ont eu lieu dans sa résidence officielle ainsi que dans deux ministères, et plusieurs personnalités importantes ont été placées en détention dans le cadre de l’affaire. Cette situation pourrait conduire à des élections anticipées.
La procédure d’enquête contre M. Costa, qui est Premier ministre depuis novembre 2015, a d’abord été annoncée par les médias, avant d’être confirmée par le Bureau du procureur général du pays.
« Au cours de l’enquête, il s’est avéré que les suspects avaient connaissance du nom et de l’autorité du Premier ministre et de son intervention pour débloquer certaines procédures. Ces références seront analysées de manière indépendante dans le cadre d’une enquête ouverte auprès de la Haute Cour de justice, étant donné qu’il s’agit de l’instance compétente en la matière », peut-on lire dans le communiqué du procureur général.
M. Costa a déclaré que le président Marcelo Rebelo de Sousa avait accepté sa démission.
« Je veux dire, les yeux dans les yeux, au peuple portugais que je ne suis coupable d’aucune faute ni même d’aucun acte répréhensible. Comme toujours, j’ai une confiance totale en la justice et en son fonctionnement. Cette justice que j’ai servie tout au long de ma vie et dont j’ai toujours défendu l’indépendance », a déclaré M. Costa lors d’une conférence de presse.
« Cependant, j’estime que la dignité de la fonction de Premier ministre n’est pas compatible avec des soupçons entourant son intégrité ou sa bonne conduite, et encore moins avec le soupçon qu’il ait commis un acte criminel. C’est pourquoi, dans ces circonstances, j’ai évidemment présenté ma démission au président de la République », a-t-il affirmé.
António Costa avait été mentionné comme l’un des candidats sérieux pour remplacer Charles Michel à la présidence du Conseil européen à l’issue des élections européennes de juin prochain, un poste généralement attribué à un Premier ministre en fonction de l’un des 27 États membres.
La démission de M. Costa pourrait plonger le Portugal dans l’incertitude politique : le président Marcelo Rebelo de Sousa doit décider s’il autorise le Parti socialiste de M. Costa à former un nouveau cabinet ou s’il déclenche des élections anticipées. Il devrait communiquer sa décision après s’être entretenu avec tous les partis politiques dans le courant de la semaine.
Bien que les socialistes détiennent actuellement une majorité confortable, de récents sondages placent le parti d’opposition Parti social-démocrate (PSD, Parti populaire européen) à seulement trois points des socialistes avec 28,9 %. Le parti d’extrême droite CHEGA (Identité et Démocratie) le suit de près, avec 13,7 %.
Perquisitions et arrestations
La police a effectué une quarantaine de perquisitions mardi, notamment dans le Palais São Bento, résidence officielle du Premier ministre, au sein du ministère de l’Infrastructure ainsi que du ministère de l’Environnement et de l’Action pour le Climat.
Le chef de cabinet du Premier ministre, Vítor Escária, et l’homme d’affaires Diogo Lacerda Machado, un ami proche de M. Costa chargé de la nationalisation de la compagnie aérienne TAP, ont tous les deux été placés en détention. Outre ces arrestations, le ministre de l’Environnement, Duarte Cordeiro, et le ministre des Infrastructures, João Galamba, ainsi que l’ancien ministre de l’Environnement, João Pedro Matos Fernandes, seront considérés comme des suspects dans le cadre de l’enquête.
L’enquête pour corruption porte sur les concessions de prospection de lithium dans les mines de Montalegre et de Boticas, ainsi que sur la concession d’un projet d’usine de production d’hydrogène vert.
L’enquête porte également sur le traitement de faveur dont auraient bénéficié les entreprises portugaises EDP, Galp et REN pour exploiter une filière d’hydrogène vert à Sines, le grand pôle industriel créé autour du port qui est en train de faire la transition des usines polluantes du passé vers des usines décarbonées, rapporte El País.
Le maire de Sines, le socialiste Nuno Mascarenhas, a également été placé en détention, ainsi que deux dirigeants d’entreprise.
L’usine d’hydrogène de la ville est considérée comme un projet important d’intérêt européen commun (PIIEC), bénéficiant donc de fonds de l’UE.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]