Pour échapper à Trump, le Mexique jette un œil vers l’Europe

Plus de 84 % des exportations du Mexique se dirigent vers les États-Unis, mais avec la guerre commerciale menée par Donald Trump, le pays pourrait être tenté de trouver de nouveaux débouchés au sein de l’Union européenne.

EURACTIV.com
Mexican President Claudia Sheinbaum – Press Conference
La présidente du Mexique, Claudia Sheinbaum. [Getty Images/Daniel Cardenas_Anadolu]

Emmanuel Macron fait une courte escale au Mexique ce vendredi 7 novembe pour réaffirmer avec la présidente Claudia Sheinbaum l’importance du « multilatéralisme » et des « règles fondant l’ordre international », mais aussi pour conclure de nouveaux partenariats économiques, selon l’Élysée.

La visite du président français intervient alors que Washington serait en train de réfléchir à mener des interventions militaires sur le territoire mexicain pour y combattre les cartels de la drogue, expliquent les médias américains.

Claudia Sheinbaum a ces derniers jours rejeté ces rumeurs. Mais elle ne dispose que d’une étroite marge de manœuvre face au président Donald Trump.

Plus de 84 % des exportations mexicaines sont dirigées vers les États-Unis et Washington impose depuis le 1er novembre de nouveaux droits de douane de 25 % sur les camions et de 10 % sur les autobus fabriqués au Mexique.

Pour Brenda Estefan, professeur de géopolitique à l’école de commerce IPADE de Mexico, les autorités mexicaines doivent donc de toute urgence trouver de nouveaux partenaires commerciaux.

« Le Mexique ne peut se permettre de rester seul dans une pièce sombre avec Trump », affirme-t-elle.

L’option européenne

Les échanges de biens entre les pays de l’Union européenne et le Mexique ont atteint 82 milliards d’euros en 2024, bien loin des 662 milliards d’euros échangés avec les États-Unis.

Il existe donc une marge de progression, alors que Bruxelles devrait prochainement lancer la ratification de la modernisation de son accord commercial avec les autorités mexicaines, achevée au début de l’année 2025.

Cet accord permettra la suppression des droits de douane élevés sur les exportations de produits alimentaires et agricoles de l’UE. Il comprend également un chapitre sur le commerce et la durabilité qui définit une série d’engagements contraignants en matière de droits du travail, de protection de l’environnement, de changement climatique et de produits commerciaux responsables.

Pour le consultant en commerce international Jorge Molina, cette révision de l’accord de fait est « bien meilleure » que sa version initiale, qui était entrée en vigueur en 2000. Mais la structure de l’économie mexicaine, pleinement intégrée à celle de son voisin américain, est un frein puissant à la diversification.

« Les entreprises du nord industrialisé du pays n’ont jamais imaginé autre chose qu’exporter aux États-Unis et l’État mexicain n’a jamais rien fait pour trouver d’autres débouchés commerciaux », dit-il.

Négocier avec les États-Unis

Élue il y a tout juste un an, Claudia Sheinbaum s’est depuis attachée à éviter les droits de douane que Donald Trump veut imposer au Mexique, acceptant en échange de militariser la frontière avec les États-Unis pour empêcher le passage des migrants, ou encore d’extrader plusieurs dizaines de narcotrafiquants sur le sol américain.

Car plus que le traité commercial avec l’UE, c’est bien la renégociation de l’accord commercial entre les États-Unis, le Mexique et le Canada (USMCA) qui mobilise « tous les efforts et toutes les énergies » des autorités mexicaines, estime David Recondo, chercheur au centre de recherches internationales de Science Po (CERI).

Entré en vigueur en 2020, ce dernier doit théoriquement être révisé en 2026 mais les autorités américaines menacent depuis plusieurs mois de le supprimer pour le remplacer par des traités bilatéraux distincts signés avec le Canada et le Mexique. « L’objectif de Trump est de rapatrier les chaînes de production installées au Mexique sur le sol américain », note David Recondo.

Une hypothèse qui serait catastrophique pour l’économie mexicaine, alors que les exportations mexicaines vers les États-Unis ont déjà diminué de 6 % durant les huit premiers mois de l’année 2025, explique Jorge Molina.

« Si un bon accord n’est pas trouvé sur l’USMCA, les entreprises mexicaines commenceront donc à se tourner vers le marché européen », conclut le consultant.