Pour la Belgique, les eurobonds impliquent plus de contrôle budgétaire

En visite à Paris, le ministre des Affaires étrangères belge Didier Reynders a déclaré que la mutualisation de la dette des États européens nécessiterait de renforcer le contrôle de l’Europe sur les budgets nationaux.

EURACTIV.fr
4c56b72e6a5e28bbcc0c5c18bf40d922.jpg
4c56b72e6a5e28bbcc0c5c18bf40d922.jpg

En visite à Paris, le ministre des Affaires étrangères belge Didier Reynders a déclaré que la mutualisation de la dette des États européens nécessiterait de renforcer le contrôle de l’Europe sur les budgets nationaux.

Dans l’UE, l’Allemagne, le Danemark et la Suède sont opposés aux « eurobonds », ces titres de dettes émis en commun par les États de la zone euro. 

Favorable à ce projet porté, entre autres, par la France, l’Espagne et l’Italie, la Belgique estime cependant nécessaire d’y assortir certaines conditions, a souligné le ministre des Affaires étrangères du pays, de passage à Paris vendredi 25 mai. 

Pour Didier Reynders, la mutualisation de la dette des États au sein de la zone euro doit aller de pair avec un contrôle accru des budgets par l’Union européenne. 

Bruxelles contrôlera

« Croire que l’Allemagne – et d’autres pays – vont accepter de payer pour l’endettement d’autres États sans avoir rien à dire sur les budgets, ça n’a pas de sens », a estimé le ministre.

Chaque État doit prendre des engagements en matière de politique budgétaire. Si l’un d’entre eux affiche un déficit ou une dette excessive, la Commission européenne et le Conseil devraient avoir « une capacité d’intervention dans les budgets nationaux », a réclamé M. Reynders qui s’interroge sur le silence de François Hollande sur ce sujet.  

« Est-ce que le nouveau gouvernement et l’actuel Président français sont prêts à dire ’on veut des euro-obligations’, et ’si nous ne respectons pas nos engagements budgétaires l’Europe pourra corriger nos budgets’? »

Plus de discipline

Le ministre belge soutient l’idée du Président français de renégocier le traité budgétaire pour y insérer un pacte de croissance, mais aussi pour renforcer le contrôle exercé par l’ensemble des gouvernements sur le budget de chaque État.

« On ne fera pas de la croissance en atténuant le volet budgétaire », a mis en garde le vice-premier ministre belge.

Mais le partage de la souveraineté budgétaire n’est pas le seul préalable à une mutualisation de la dette.

Pour M. Reynders, l’Europe devrait également s’accorder sur « la manière dont on va mettre en œuvre les réformes structurelles ». Le ministre a évoqué « un socle commun » pour les retraites et le marché du travail. Ce qui implique, pour la plupart des gouvernements européens, l’augmentation de l’âge de départ à la retraite et l’assouplissement du droit du travail.

Mélenchon répand un mirage

Interrogé sur la situation de la Grèce, Didier Reynders s’en est pris au dirigeant d’extrême-gauche Alexis Tsipras.

>>> Lire « Alexis Tsipras (Syriza) prêt à jouer au poker menteur avec l’Europe« 

« On ne peut pas le laisser uniquement dire aux Grecs qu’ils pourront à la fois rester dans la zone euro, et ne rien faire. Le beurre et l’argent du beurre, c’est déjà difficile. Si on y ajoute le sourire de la crémière, cela devient impossible », a-t-il déclaré.

Il en a également appelé à la responsabilité de certains dirigeants européens. M. Mélenchon et ses homologues allemands et français devraient arrêter « de répandre ce mirage qui consiste à dire que la Grèce va s’en sortir en restant dans l’euro et sans devoir faire des efforts ».

« Grexit »

Didier Reynders juge pourtant nécessaire de donner plus de temps à la Grèce pour mettre de l’ordre dans ses finances publiques. Pendant une phase de 10 à 15 ans, l’Europe devrait prendre en charge le financement du pays, tout en veillant à la mise en œuvre des réformes prévues dans les plans européens.

Interrogé sur les rumeurs d’une stratégie de sortie de la Grèce de la zone euro, le ministre a nié l’existence d’un « plan européen organisé » et rappelé le silence des traités sur une telle éventualité. Toutefois, les banques doivent mener une réflexion sur les conséquences d’une sortie, a-t-il nuancé.

« Si dans les banques centrales, les services de la Commission comme d’ailleurs dans des banques privées on ne réfléchissait pas aux conséquences d’une sortie, je pense que ca serait une faute professionnelle grave. »