Vladimir Poutine à Vladivostok : la Russie n’a rien perdu suite à ses actions en Ukraine

Le président russe Vladimir Poutine a déclaré mercredi (7 septembre) que la Russie n’avait rien perdu à la suite de sa campagne militaire en Ukraine.

EURACTIV.com avec agences
Le président russe Vladimir Poutine en marge du Forum économique oriental 2022 à Vladivostok, en Russie, le 7 septembre 2022. [Handout photo/EPA/EFE]

Le président russe Vladimir Poutine a déclaré mercredi (7 septembre) que la Russie n’avait rien perdu à la suite de sa campagne militaire en Ukraine.

S’exprimant lors d’un forum économique dans la ville de Vladivostok, située à l’extrême est de la Russie, il a déclaré que toutes les actions de la Russie étaient destinées à renforcer la souveraineté du pays et visaient à « aider les personnes » vivant dans la région de Donbass, dans l’est de l’Ukraine.

« Nous n’avons rien perdu et ne perdrons rien », a déclaré Vladimir Poutine. « En termes de ce que nous avons gagné, je peux dire que le principal gain a été le renforcement de notre souveraineté. »

M. Poutine a toutefois concédé que la décision de Moscou d’envoyer des troupes en Ukraine avait créé une « certaine polarisation, tant dans le monde qu’à l’intérieur du pays ».

La Russie a envoyé des dizaines de milliers de soldats en Ukraine le 24 février dans ce qu’elle a appelé une opération spéciale visant à dégrader les capacités militaires de son voisin du sud et à éradiquer les personnes qu’elle qualifie de dangereux nationalistes.

Les pays occidentaux ont rejeté les revendications de la Russie comme étant une tentative de justifier un accaparement de terres.

Les services de renseignement américains estiment que quelque 15 000 soldats russes ont été tués jusqu’à présent en Ukraine et trois fois plus ont été blessés ce qui équivaut au nombre total de morts soviétiques pendant l’occupation de l’Afghanistan par Moscou entre 1979 et 1989.

L’intervention militaire de Moscou a provoqué une rafale de sanctions de la part de l’Occident, faisant grimper en flèche les prix de la nourriture et de l’énergie.

« Toutes nos actions visent à aider les personnes qui vivent à Donbass », a déclaré M. Poutine. « C’est notre devoir et nous l’accomplirons jusqu’au bout. Cela finira par renforcer notre pays de l’intérieur, ainsi que ses positions en matière de politique étrangère. »

La turbine du Nord Stream 1

Selon M. Poutine, l’Occident n’est pas en mesure de dicter ses conditions à la Russie dans le cadre de la crise énergétique actuelle.

« Donnez-nous la turbine et demain nous lancerons Nord Stream 1. Mais ils ne nous donneront rien », a déclaré M. Poutine.

La position de l’UE est que la Russie utilise les sanctions comme une excuse pour arrêter les livraisons via Nord Stream 1 et faire pression sur le lancement de Nord Stream 2, qui est terminé, mais mis en attente suite à l’agression russe contre l’Ukraine.

« Il y a une issue en Allemagne désormais, comme nous le voyons, il y a des manifestations pour demander le lancement de Nord Stream 2. Nous partageons ces demandes des usagers en Allemagne, nous sommes prêts à le faire demain, il suffit d’appuyer sur le bouton. »

M. Poutine a présenté la logique des actions de la Russie dans le Donbass selon sa compréhension du droit international.

« La situation en Irak est-elle la même ? Ils l’ont bombardé là-bas, le pays a été écrasé c’est la même chose avec la Libye. Où est ce droit international ? Non, tout le monde comprend que ce n’est pas conforme au droit international, alors ils parlent de certaines règles inventées… Laissez-les vivre avec ».

Les céréales de l’Ukraine ne parviennent pas aux nécessiteux ?

M. Poutine a déclaré qu’il envisageait de limiter les exportations de céréales à partir des ports ukrainiens parce que sur les 87 navires chargés dans le cadre de l’effort coordonné par l’ONU, seuls deux, selon lui, ont atteint jusqu’à présent des pays en développement.

« Nous avons fait tout ce qui était possible pour que les céréales ukrainiennes soient exportées. () Nous l’avons fait avec la Turquie. Si nous excluons la Turquie en tant que pays intermédiaire, la quasi-totalité des céréales exportées d’Ukraine ne vont pas vers les pays en voie de développement les plus pauvres, mais vers les pays de l’Union européenne », a déclaré M. Poutine.

« De la même manière que de nombreux pays européens ont agi comme des colonisateurs au cours des dernières décennies et siècles, ils continuent à agir ainsi aujourd’hui. Une fois de plus, les pays en développement ont été dupés et continuent d’être dupés », a précisé M. Poutine.

Il a ajouté qu’avec une telle approche, les problèmes alimentaires dans les pays en développement ne feront qu’augmenter, ce qui pourrait conduire à une « catastrophe humanitaire sans précédent ».

Il a promis de discuter avec le président turc Recep Tayyip Erdogan afin de « restreindre la direction de l’exportation de céréales et de denrées alimentaires commerciales le long de cette route », à savoir vers l’UE.

Avant la guerre, le grain ukrainien représentait environ 10 % des exportations mondiales, et l’ONU a averti que sa disparition complète des chaînes commerciales internationales pourrait entraîner des famines dans les pays pauvres. La Moldavie, le Liban, le Qatar, la Tunisie et le Pakistan sont les plus dépendants du blé ukrainien.

Fin juillet, la Russie et l’Ukraine ont convenu, avec la médiation de l’ONU et de la Turquie, de lever le blocus des ports de la mer Noire afin de permettre à l’Ukraine d’y exporter des céréales et d’autres produits.