Présidence du Conseil européen : pour le PPE, António Costa manque de fermeté sur les questions migratoires
Les discussions en coulisses sur les top jobs de l’UE se poursuivent après qu’un sommet informel en début de semaine n’a pas permis de conclure un accord préliminaire, le centre droit soulevant de nouvelles questions sur le choix des Socialistes.
Les discussions en coulisses sur l’attribution des postes à responsabilité, ou top jobs, au sein des institutions de l’Union européenne se poursuivent après qu’un sommet informel en début de semaine n’a pas permis de conclure un accord préliminaire, le centre droit soulevant de nouvelles questions sur le choix des Socialistes.
Parmi les noms apparemment approuvés par les dirigeants de l’UE figure l’ancien Premier ministre socialiste portugais António Costa, qui devrait être élu président du Conseil européen.
« [António Costa] a été trop léger sur la migration », a toutefois confié à Euractiv une source du Parti populaire européen (PPE) proche des discussions, expliquant les raisons pour lesquelles le groupe peine à approuver la candidature des Socialistes et Démocrates (S&D) pour le poste de président du Conseil européen.
Les Socialistes ont adopté des positions différentes sur l’immigration, en particulier quant à l’externalisation de celle-ci, qui, pour une majorité des dirigeants, doit désormais être un aspect intégrant de la politique migratoire.
Alors que les gouvernements socialistes espagnol et danois ont réclamé à cor et à cri des solutions, António Costa a été plus discret dans les discussions, ce qui pousse le PPE à se demander s’il soutiendrait leur position plus ferme à l’égard des flux migratoires irréguliers.
Les dirigeants du PPE ont également émis des réserves concernant l’enquête pour corruption impliquant d’anciens fonctionnaires du gouvernement Costa.
Tradition ou traités ?
Selon les traités de l’UE, le président du Conseil européen est élu pour un mandat de deux ans et demi, renouvelable une fois. Jusqu’à présent, il y a toujours eu un accord informel entre les partis et les dirigeants pour renouveler le mandat du titulaire sans grand débat, comme cela a été le cas pour Charles Michel.
Cependant, le groupe de centre droit PPE, vainqueur des élections européennes, souhaite que la deuxième partie des mandats du Parlement européen et du Conseil européen reste ouverte à des discussions ultérieures, comme demandé lundi lors du sommet informel de l’UE.
« Nous ne voulons pas nous engager maintenant, car nous ne savons pas à quoi ressembleront les futurs équilibres politiques. Le PPE pourrait diriger l’Allemagne avec la CDU et l’Espagne avec le Partido Popular », a affirmé la source du PPE.
« Nous voulons nous en tenir aux traités. »
La source du PPE a toutefois évoqué une atmosphère « positive et créative » avec les autres forces politiques pro-UE, les Socialistes et les libéraux de Renew.
« Nos rivaux politiques peuvent être assurés que les principaux négociateurs du PPE [le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis et son homologue polonais Donald Tusk] gèrent les discussions en ayant à l’esprit un accord final équitable pour tous et solide », a ajouté la source.
Pour leur part, les Socialistes et Démocrates (S&D) souhaitent maintenir la tradition et disposer d’un mandat complet pour António Costa à la tête du Conseil européen.
Le Parlement européen, le « point faible » du PPE
Sur la base des résultats des élections européennes, le PPE aura besoin des votes de S&D et des libéraux de Renew pour former une majorité pro-UE et faire réélire la présidente sortante de la Commission, Ursula von der Leyen.
Cependant, selon une source de S&D contactée par Euractiv, même si le PPE obtient la majorité auprès des dirigeants de l’UE, la candidature d’Ursula von der Leyen devra également passer par le Parlement européen, que la source décrit comme « la dernière arme des Socialistes de l’UE ».
« Le Parlement européen est le point faible [du PPE] », a indiqué la source, précisant que le groupe de centre droit a encore besoin des votes des Socialistes de S&D pour l’élection de son candidat.
En référence aux réticences apparentes du PPE concernant la candidature d’António Costa, la source socialiste a déclaré : « le PPE sait parfaitement qu’il peut pousser jusqu’à un certain point, et il ne veut pas franchir la ligne rouge ».
Une autre source du Parti socialiste européen (PSE) a partagé le même point de vue : « personne ne peut prendre le risque de voir son candidat à [présidence de] la Commission européenne rejeté par le Parlement ».
Les futurs dirigeants du PPE et des Verts
Dans le même temps, le PPE élira mercredi (19 juin) son nouveau président et ses vice-présidents. Le président sortant, l’Allemand Manfred Weber, devrait renouveler son mandat sans opposition.
Par ailleurs, le groupe des Verts/ALE élira également ses nouveaux co-présidents, et ces deux postes devraient revenir à leurs deux têtes de liste aux élections européennes.
Alors que l’eurodéputée allemande sortante Terry Reintke (Bündnis 90/Die Grünen) est la leader du plus grand parti national au sein du groupe, son homologue Bas Eickhout est le leader de GroenLinks, parti néerlandais qui, en alliance avec les socialistes (PvdA), a réussi à battre le Parti pour la liberté (PVV) d’extrême droite lors des élections européennes, remportant huit sièges au total, contre six pour le PVV.
[Édité par Anna Martino]